Le vin comme « liquide politique » au Salon Rue89 des vins

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La quatrième édition du Salon Rue89 des vins s’est tenue à Paris début mai. Dédié aux vins « actuels et naturels » il jouit de l’intérêt croissant pour les vins natures. Un salon qui revendique également un certain militantisme pour une consommation responsable.

Antonin Iommi-Amunategui est le fondateur et l’organisateur de ce salon qui existe depuis 3 ans déjà. Auteur du blog No wine is innoncent hébergé par Rue89, il milite pour une approche politique de la consommation de vin : « Il y a une mouvance du vin naturel qui jusqu’ici n’a pas été reconnue, qui est en marge du vignoble plus traditionnel. Aujourd’hui, le vin naturel a les projecteurs braqués sur lui, il fait beaucoup parler et est très médiatisé, alors qu’en volume il ne représente peut être que 1% de la production mondiale.

Le vin nature, c’est tout un cercle vertueux. Il y a en premier lieu la vigne, cultivée en bio, puis la vinification où il y a très pas du tout d’additifs, puis la vente chez des cavistes indépendants (qui font leurs sélections eux mêmes) et finalement ce vin est bu par des francs-buveurs. Les consommateurs finaux ont conscience de tout ce travail en amont. Il y a une forme de liquide politique à travers le vin naturel qui intéresse à ce titre, un média comme Rue89. » 

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« Ces vignerons ont souvent des parcours très intéressants et leurs vins sont différents de ce que l’on a l’habitude de voir. Ce sont des vins à l’opposé du vin standardisé et formatés. » explique Antonin. C’est un salon dédié aux vins bio et naturels. donc les vins que je sélectionne sont des vins qui sont faits le plus naturellement possible, qui sont les plus vivants possibles. Il ne faut pas que ce soit des vins formatés surtout, il faut des vins différents. Comme je connais tous les exposants, je fais attention lors de la sélection des vins à ce que les vins ne se ressemblent pas. »

Parmi ces exposants, il y a Valentin Morel, vigneron dans le Jura, à Poligny précisément. Il a fait des études de droit et était auparavant fonctionnaire comme attaché de préfecture.  » Je fais partie de ces jeunes qui n’ont pas trouvé d’intérêt dans ces métiers soit-disant intellectuels. J’ai trouvé bien plus d’intérêt à retourner sur le domaine familial dans le Jura et reprendre les vignes que mon père avait travaillé depuis 30 ans pour faire des vins sans intrants. J’exploite avec mon père un domaine de 5ha. On a des terroirs typiquement jurassiens : des marnes argilo-calcaires et un coteaux sur éboulis calcaires. On cultive tous les cépages jurassiens (chardonnay, savagnin, poulsard, trousseau).

Je travaille de manière naturelle, j’ajoute éventuellement un peu de soufre à la mise en bouteille. Mon père avait arrêté tout désherbage chimique en 1999. Quand je suis arrivé en 2013, j’ai achevé de convertir le domaine en bio et biodynamie. J’essaye beaucoup les techniques culturales simplifiées : j’implante de la végétation dans les rangs de vignes pour corriger les propriétés du sol. On dit qu’on préfère le vert au fer : on préfère les plantes à la charrue. J’estime que les plantes et leur système racinaire peut davantage corriger les propriétés du sol qu’une intervention humaine. »

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C’est la première fois qu’il participe à ce salon. Sur la cinquantaine de domaine présent à chaque édition, Antonin sélectionne une vingtaine de nouveaux domaines qui changent à chaque salon. Valentin à saisit l’occasion : « D’une part j’ai accepté parce que j’ai besoin de me faire connaître parce que je suis jeune, mais aussi parce que je revendique une vision militante de mon métier de vigneron et j’ai le sentiment que dans ce salon il y a une vision un peu résistante et revendicative.

On revendique une vision du goût qui n’est pas formatée, qui est libérée. Parfois il y a des petits travers, il peut y avoir des vins un peu déviants. Mais je me retrouve dans cette résistance naturelle, dans ce combat agricole.  J’ai décliné ce combat là à l’échelle de mon exploitation : quand on défend cette vision là du vin, on vendange manuellement, on ne levure pas, on mets moins de sulfites et surtout on prend conscience que l’on fait un vin unique. Il n’est pas meilleur que les autres mais il est unique et singulier, et on défend cette singularité. »

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Organisé à la Bellevilloise, autour du vin nature très en vogue, le salon souffre d’une image de salon parisien pour bobos… « On a un public assez varié, autant au niveau des âges qu’au niveau de l’intérêt pour le vin : on a des gens qui ne connaissent pas du tout le vin naturel, ce n’est pas un public d’habitués. Il y a aussi des professionnels. L’idée, et c’est aussi la force d’un salon qui est adossé à un média généraliste, c’est que l’on peut toucher le grand public. On a Rue89 derrière nous, mais on a aussi L’Obs (propriétaire de Rue89 ndlr) et Télérama avec qui on organise la soirée de clôture, une projection du film Saint Amour commentée en direct par le réalisateur …… On a un panel de médias généralistes qui couvrent cet événement qui nous permet d’attirer autant de clients potentiels pour nos vignerons.

Autre nouveauté de cette quatrième édition, un espace dédié aux exposants « food ». Cela va des huitres au parmesan, en passant par des sardines… Et on peut toujours trouver des auteurs en dédicaces, des livres, et même un stand pour une application dédiée au vins natures qui s’appelle « Raisin »

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Au détour d’une allée, Patrick Böttcher, également blogueur (vins libres) et organisateur du salon Vini Birre Ribelli dont il arbore fièrement les couleurs sur son polo. « Comme Antonin, j’organise un salon à Bruxelles, et je pense qu’il faut être solidaires. Ces salons ce sont des moments de rencontres.

Notre philosophie, ce n’est pas le vin pour la bouteille, mais ce sont les humains qui sont derrière, c’est plus important. On veut faire comprendre aux gens que ce n’est pas comme en grande surface, c’est autre chose. Tout ces vins sont différents, les producteurs sont différents. » Également engagé dans le mouvement Slow Food, également présent au salon, il constate un changement dans les modes de consommation de nourriture et de vins comme un effet de génération : « les gens de 30 ans ont envie de changer leur manière de consommer, de se sentir responsables et veulent connaître les vignerons. »

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manifeste viPour aller plus loin : 

 

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Après le gel en Bourgogne, les vignerons sont dans l’expectative

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Deux semaines après l’épisode climatique qui a gelé une grande partie du vignoble bourguignon, les vignerons font leurs comptes dans les vignes. Entre résignation et fatalisme,  ils attendent que la nature soit plus clémente, faute de mieux. On fait le point avec deux jeunes vignerons de Côte de Beaune : Armand Heitz (Domaine Heitz-Lochardet à Chassagne-Montrachet) et Thibault Clerget (Domaine Yves Clerget à Pommard).

Cela faisait des années que la Bourgogne n’avait pas connu d’épisode de gel, et encore plus de cette ampleur. Une hydrométrie élevée et des températures négatives trois nuits d’affilées ont eu raison d’une bonne partie des jeunes feuilles et embryons de grappes qui avaient commencé à poindre sous les soleils printaniers. Même les anciens n’ont jamais vu cela : que certaines parcelles soient sensibles au gel, c’est bien connu, mais là, même des parcelles de premiers et grands crus en coteaux ont été décimées (alors que des endroits dits « gélifs » s’en sortent bien »). 


Au premier rang des appellations touchées, on trouve les Hautes Côtes de Beaune, Chassagne-Montrachet et Meursault. Sur sa parcelle de Meursault en la Barre, Amand Heitz n’a aucun mal à estimer les dégâts : on ne perçoit que quelques pousses vertes au milieu d’un océan de pousses grises et sèches, grillées par le gel. « Cette parcelle est touchée à 80%, donc d’une part le travail pour essayer de remettre cette vigne en état pour l’année prochaine va être énorme, d’autre part le potentiel de récolte est réduit de 80%. Les anciens racontent que sur des vignes gelées comme ça, on ne récolte parfois qu’un seau de raisin par rang… » Au hasard il désigne un pied de vigne :

 » Voilà un bon exemple, il y a une pousse qui a été épargnée, tout le reste est gelé et ne donnera rien. Les bourgeons secondaires sur lesquels on fondait beaucoup d’espoir ont pour une bonne partie été gelé aussi. On sait que ces bourgeons ont par nature une piètre fertilité, donc même s’ils venaient à se développer, le rendement de la récolte 2016 est considérablement amoindri… ». En quittant Meursault pour Pommard, le constat est sensiblement le même, sur l’ensemble de son domaine, Thibault Clerget estime une moyenne de 70% de pertes. « J’ai une parcelle de Meursault Santenots qui est touchée à 100%. C’est le seul vin blanc du domaine, donc je n’aurais pas de vin blanc, ou quasiment pas, pour le millésime 2016 ». 

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Que faire ? Pas grand chose. « Le mot d’ordre aujourd’hui c’est d’attendre » explique Armand Heitz. « Il faut voir ce qui va repousser et laisser la vigne reprendre son cycle de croissance. Par la suite, tout au long de la saison, il va falloir aider la vigne en la protégeant contre les cryptogammes, en lui faisant des apports sous forme de complément foliaire si besoin. Une importance particulière sera à apporter aux travaux en verts pour permettre la taille de l’année prochaine. » Un des problèmes auquel les vignerons vont devoir faire face dans un premier temps c’est le timing justement. Car les parcelles gelées sont « en retard » sur celles qui n’ont pas été touchées, ce qui pose des problèmes pour élaborer les calendriers de traitements liés au stade de développement de la plante. Mais ce décalage pourra également se constater au sein d’une parcelle gelée : « le travail que l’on appelle le relevage va être particulièrement compliqué » explique Thibault Clerget.  » Les pampres qui auront été peu touchés par le gel vont pousser normalement, alors que les autres ne seront pas assez grands. »

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Le problème majeur, c’est que ce gel arrive dans un contexte plus que tendu en Bourgogne. Les caves sont vides, il n’y a pas de stock après des épisodes grêleux successifs et un millésime 2015 certes qualitatif mais trop peu quantitatif. « Cela va faire deux ans que j’ai repris le domaine » raconte Thibault Clerget. » Mon père est officiellement en retraite mais j’espère qu’il va me donner un coup de main ! J’ai commencé avec le millésime 2015, c’est un très beau millésime mais qui en quantité n’est pas énorme. On fait environ 30% de moins que sur un millésime normal. On avait prévu d’embaucher deux saisonniers, on ne pourra pas les prendre. Cela fait trois ans que certaines de nos vignes souffrent de la grêle, c’est déjà pour ça que la récolte de 2015 était moindre, alors le stress du gel en plus on va voir quel impact celà aura. Il y a eu un fort épisode en gel en 1981, je n’étais pas né, mais d’après mon père ça a été très compliqué, même si en 1982 ils ont fait une belle récolte. On va espérer que ça sera le cas en 2017! »

Les vignerons bourguignons jouissent souvent d’une image de nantis mais très peu d’entre eux sont propriétaires de la totalité de leur parcellaire de vignes et le prix des fermages est indexé sur le cours du vrac qui a déjà atteint des sommes astonomiques. Beaucoup ont du mal à se relever après plusieurs années de vache maigre et espèrent une « bonne année » qui ne vient pas. Armand Heitz s’est installé en 2012 en Bourgogne : « Après plusieurs épisodes de grêles et une petite récolte 2015, je subis ça depuis que je suis arrivé donc j’ai appris à faire avec ces aléas depuis mon installation. Mais ce que j’espère avec un événement d’une telle ampleur, c’est que quelque chose bouge, du côté des paiements des cotisations patronales MSA, ou sur les règlementations VCI et VSI. »

Une campagne 2016 qui vient seulement de commencer mais qui s’annonce déjà comme celle d’un millésime hors norme en Bourgogne, entre grêle précoce dans le Macônnais et gelée tardives en Côte d’Or, des phénomènes jamais vu de mémoire d’ anciens à cette ampleur là. 

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Voir également l’article de Bourgogne Aujourd’hui  et de Laurent Gotti

Voir mon reportage sur la grêle dans le Macônais au domaine Robert Denogent 

Une journée avec … Athénaïs de Béru

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Athénaïs, c’est une sorte de chainon manquant entre Fifi Brindacier et Lalou Bize-Leroy. C’est la malice, le pétillement, l’étonnement associée à une expérience, un amour de la nature et une passion pour la vigne et le vin. Il lui a fallu une bonne dose d’audace pour quitter l’univers de la finance et sa vie parisienne et venir vivre à Béru en 2004, dans ce microscopique village de l’Yonne (une centaine d’âmes). De l’audace, mais pas d’inconscience. De la perspicacité aussi, et de la ténacité, pour imposer une viticulture biologique et biodynamique. Elle détonne dans l’univers du chablisien.

Béru c’est tout d’abord une magnifique propriété articulée autour d’un chateau, monument classé de style renaissance érigé sur des fondations du XIIIe siècle. Il appartient à la famille depuis plus de 400 ans. Dévasté par la crise phylloxérique, c’est le père d’Athénaïs qui a replanté l’ensemble du domaine dans les années 80. Le domaine compte actuellement 13 hectares, entièrement cultivé en bio et biodynamie…

Elle marche d’un pas décidé. Derrière le chateau, on découvre un clos ceint de murs : le Clos Béru, une parcelle d’un seul tenant que jouxte une petite parcelle, l’Orangerie. C’est un peu son jardin, alors elle les bichonne particulièrement. Malgré le travail de gestion du domaine, de commercialisation du vin et de suivi des élevages, elle met un point d’honneur à passer le plus de temps possible aux vignes avec son équipe, surtout lorsque les travaux sont rudes ou que le temps est maussade : quand il y a un coup de mou dans l’équipe, elle s’arrange toujours pour être là. Les journées sont parfois longues, des préparations biodynamiques aux aurores jusqu’à la gestion du domaine tard le soir. Mais la bonne humeur d’Athénaïs n’est que très rarement ternie. 

 

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Ce dimanche maussade d’avril, la vigne pleure, signe de la reprise de l’activité de la plante après la dormance hivernale, sorte d’hibernation végétale. Les branches ne sont pas encore « baissées », c’est à dire attachées au fil pour domestiquer sa pousse. La densité de plantation est de 6500 pieds par hectare. Les vignes ont en moyenne 30 ans et sont taillées en guyot double.  

Athénaïs attache une grande importance à la taille et s’attache à préserver un flux de sève optimum pour chaque cep. Les sols sont travaillés au cheval. Elle a également fait l’essai de mettre des moutons pour désherber les rangs du Clos Béru et espère bien essayer également avec des poules. En s’éloignant du Chateau, le paysage vallonné se dessine. Les coteaux voisins abritent les autres parcelles du domaine, notamment la Cote aux Prêtres qui offre une vue d’ensemble sur le Chateau et son Clos. 

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La cave est située dans une des ailes du chateau de Béru. Athénaïs privilégie des élevages plutôt long et y apporte un soin particulier. De 14 à 16 mois pour les Chablis, environ 18 mois pour le Chablis ORangerie et le Clos Béru (les deux parcelles adjacentes au château) et plus de 18 mois pour le Chablis Vaucoupin 1er Cru. Les vins ne sont ni collés ni filtrés, et les doses en soufre sont calculées au minimum. 

Trônant au milieu de la cave, un fût Stockinger de 600L, la haute couture de la tonnellerie qui prouve l’attachement d’Athénaïs au soin de l’élevage. Mais ce qui attire l’oeil c’est surtout une énorme amphore en terre cuite. Une amphore qui vient de Géorgie et dans laquelle elle effectue des macérations pelliculaires de raisins blancs pour produire des vins dits « oranges », une méthode ancestrale dans les pays méditerranéens tels que l’Italie ou la Géorgie justement. Au lieu d’être pressés directement après les vendanges, les raisins sont mis entiers dans cette amphore et n’en sortiront qu’une fois après que le vin aura été mis en bouteille. Les tanins (principalement contenus dans les peaux des raisins rouges mais qui existent aussi dans celles des raisins blancs) apportent une structure plus complexe à ces vins car la pellicule de la peau reste en contact avec le jus, une caractéristique qui plait beaucoup à Athénaïs.

A côté de ses cuvées « traditionnelles » de Chablis du domaine de Béru, Athénaïs s’est effectivement lancé un défi supplémentaire en créant un négoce. Ce négoce lui permet de travailler d’autres cépages comme le sauvignon de Saint Bris mais surtout de faire des vins rouges, car le domaine de Béru ne produit que des vins blancs. Elle a également fait un essai de pétillant naturel, un vin effervescent.  En cave comme à la vigne, il y a beaucoup d’énergie déployée et beaucoup d’émulation. 

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Les portes du Chateau franchies en passant sous un imposant porche où un cadran solaire et lunaire du 16e siècle nous renseigne, direction Chablis, où c’est jour de marché et où Athénaïs a ses habitudes, notamment chez son fromager, Sylvain. Un remède anti déprime tant par la qualité de ses fromages que par la jovialité de son accueil. Chablis est presque exclusivement dédiée à l’oenotourisme, on y trouve beaucoup de commerces de bouche et de caveau de dégustation. 

Mais quel meilleur endroit que le Chateau de Béru pour boire un verre de Clos Béru… Et comme Athénaïs aime faire partager sa passion pour ses vins, elle a créé un bar à vin éphémère dans les anciennes écuries du château qui ouvre exclusivement l’été. On peut y déguster les vins du domaine et du négoce associés à quelques tapas et petits plats faits maison et avec les produits du marché ou des producteurs locaux. Une initiative chronophage mais qui permet une dégustation unique. Pour prolonger un peu plus encore le séjour, la maman d’Athénaïs tient également des chambres d’hôtes au domaine. A Béru, on a le sens du partage en héritage et une joie de vivre furieusement contagieuse !

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Pour vous rendre au domaine :

Château de Béru, 32, Grande Rue , 89700 Béru – Tel : (33) 03 86 75 90 43

 

 

 

 

La grêle a ravagé les vignes dans le Mâconnais

« C’est du jamais vu », voilà le cri choral du coeur des vignerons du Mâconnais. Des grêlons gros comme des balles de ping pong, pendant trente minutes. Un millésime dévasté alors que les bourgeons venaient tout juste de sortir de leur coton.

Sur les pentes abruptes de Pouilly, 24h après l’orage, on compte les quelques pointes vertes rescapées le long des baguettes nues. Le coeur gros, les vignerons ont du mal à réaliser. « On s’attendait à un bel orage, à de la pluie, mais pas à ça. C’est arrivé de nulle part. » Antoine et Nicolas Robert (domaine Robert Denogent) essayent de garder le sourire, mais sont terriblement démunis face à leurs vignes ravagées. « Il y avait vraiment 10cm de grêlons sur la route. ce matin à 9h j’ai visité une vigne, il y avait encore des grêlons au sol. C’est incroyable. »

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Face à la roche de Solutré, une de leurs parcelles de Mâcon, les sols sont travaillés, les baguettes soigneusement attachées, mais les bourgeons sont quasiment tous tombés, et ceux qui restent accrochés commencent déjà à noircir, signe qu’ils ne vont pas résister longtemps. « La grêle a tout arraché, les bourgeons sont tous tombés, il y a très peu de contre bourgeons et c’est comme ça sur tous les pieds. Est ce que cela va repousser? Est ce qu’il y aura des raisins, on ne sait pas comment ça va évoluer, il faut attendre quelques jours. On ne sait surtout pas comment on va tailler l’année prochaine. On a une trentaine de parcelles pour un total de 7,5 hectares et c’est partout le même constat ».

« Depuis mes parents on a toujours été assurés contre la grêle. On espère être indemniser correctement. C’est vital pour au moins pouvoir payer les frais de production. Mais la perte de rentabilité reste énorme. Et puis nous on fait du vin avant tout, et c’est cela qui nous inquiète le plus, on ne sait pas du tout ce que l’on va pouvoir faire cette année. Les experts des assurances vont venir dans les jours qui viennent pour estimer la perte, même si elle est vraiment facile à voir là. C’est arrivé il y a un jour et personne n’en a parlé alors que cela a touché vraiment tout le Mâconnais. C’est une vraie catastrophe pour la plupart des vignerons. » En creux, ils s’inquiètent également de la hausse des prix de vente au négoce, des prix des fermages, des risques de contrefaçons …

« On peut partir en vacances, pas besoin d’ébourgeonner cette année », dans le village, on tente de garder le sourire mais le coeur n’y est pas vraiement. Les Brets Brother (domaine de la Soufrandière), leurs voisins, sont passé dans leurs vignes avec des tisanes et des décoctions cicatrisantes. Mais ils ne savent pas non plus ce que cela va donner. Ils ont fait des rangs témoins, avec et sans traitements, pour voir ce que cela va donner. Pendant que nous discutons, sur une parcelle voisine, une petite équipe d’ouvriers viticoles arrive et passe au bidon à dos une pulvérisation qu’Antoine et Nicolas pensent être du soufre. On sent bien que tous sont démunis face à l’ampleur des dégâts.

Même constat au domaine des Héritiers du Comte Lafon. Dominique Lafon est formel, il n’a jamais vu cela. A cette époque, une telle grêle, c’est inédit. Il espère malgré tout une reprise de la végétation, le développement des contre-bourre qui pourraient donner au mieux de la récolte ou tout au moins produire du bois sur lequel tailler l’année prochaine. Mais encore faut il que le climat soit favorable… Lui aussi attend le passage des experts.

Capture d’écran 2016-04-15 à 01.39.21Domaine Gonon

Du coté de la chambre d’agriculture, on tente de minimiser l’étendue des dégâts en invoquant un épisode grêleux très précoce et en disant qu’il est trop tôt pour se prononcer sur des effets sur le millésime 2016, « on a tendance à dramatiser, mais à ce stade, rien n’est joué pour le millésime » tente de rassurer Didier Sauvage. De leur coté les frères Robert eux n’arrivent pas vraiment à relativiser.

Selon Bourgogne Aujourd’hui, ce sont plus de 2000 hectares de vignes qui seraient touchés : « on peut même estimer que près de 2 500 hectares de vignes ont été plus ou moins touchés sur une distance nord-sud de 7-8 kilomètres entre Prissé au nord et Chânes au sud pour le Mâconnais, voire Juliénas encore plus au sud dans le vignoble du Beaujolais. ». De son coté Vitisphère évoque les villages beaujolais de Juliénas et Saint Amour également touchés. 

Les photos de grêle sont issues des comptes facebook des domaines Gonon  et Vincent Girard 

 

 

 

 

L’héritage de Jules Chauvet célébré pour Bien Boire en Beaujolais

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A la veille de la dégustation Bien Boire en Beaujolais, une journée de conférences et de débats s’est tenue au Chateau de Pizay à l’occasion du #gamayday. Parmi ces conférences, il y avait un hommage à l’héritage de Jules Chauvet, négociant beaujolais et précurseur des vins « natures ». Jules Chauvet est un personnage emblématique de l’histoire de la viticulture et est un enfant du Beaujolais. C’est à ce titre que la manifestation du Gamay Day lui a consacré ce dimanche une conférence sous forme d’hommage en présence de plusieurs vignerons.

 

Qui était Jules Chauvet ? 

Quelques éléments de biographie sont nécessaires pour saisir la personnalité de Jules Chauvet. Enfant de la Chapelle de Guinchay, un village du Beaujolais, il est né en 1907 dans une famille de négociants en vins. Dès 1934, il consacre un jour par semaine à des études de chimie et de biologie sur mycoderma vini, un champignon qui forme un voile à la surface des boissons fermentées et des jus sucrés sans provoquer la fermentation alcoolique. Jusqu’en 1939, année de sa mobilisation sous les drapeaux, il poursuit des études scientifiques très poussées.

Il reprend l’activité de négoce familiale Chauvet Frères après les décès de son père et de son oncle dans les années 1942-1943. En parallèle, il poursuit ses travaux sur les vinifications en rouge et les fermentations alcooliques à hautes températures. En 1954 il fait des recherches sur les macérations carboniques. C’est également dans les années 1950′ qu’il met en place une technique inédite et rigoureuse de dégustation descriptive. En collaboration avec Paul Bréchot, il effectue des recherches sur les levures indigènes et sur les effets des différentes souches de levures sur les arômes dans le vin. Ces recherches occuperont la dernière partie de sa vie, de 1960 à 1989.

Jules Chauvet

Jules Chauvet dégustation

Son oeuvre scientifique porte donc sur la recherche fondamentale en biochimie et en biologie. Elle s’intéresse aussi à la biologie appliquée à l’oenologie. Il a également utilisé sa rigueur scientifique pour déterminer une dégustation olfactive et organoleptique détaillée. Il a forgé avec 50 ans d’avance le concept de « vin nature » avec pour philosophie de « faire des vins peu alcoolisés, avec de jolis parfums ».

« La vigne, moins on la touche, mieux elle se porte » : à la vigne aussi il applique une approche novatrice. Une pensée basée sur le respect de la vie microbiologique des sols, l’utilisation d’engrais organiques, le développement des biocontroles, la recherche de variétés résistantes, une vendange à maturité optimale et le respect de la récolte avec le moins de trituration du raisin.

Philippe Pacalet, stagiaire de Jules Chauvet et vigneron bourguignon

Philippe Pacalet, a eu l’opportunité d’apprendre aux côtés de Jules Chauvet par l’intermédiaire de son oncle Marcel Lapierre, autre grand nom de la viticulture beaujolaise. Il l’a rencontré en 1983 et garde surtout de lui le souvenir d’un conseiller bienveillant. Marcel Lapierre lui même venait prendre conseil auprès de Jules Chauvet au sujet des vinifications sans soufre sur lesquelles il travaillait. Entre 1987 et 1988 Philippe Pacalet a fait un stage de formation chez Jules Chauvet. « C’était un maître perspicace, il ne faisait pas de cadeau mais était toujours bienveillant. C’était un visionnaire. Il s’intéressait à des sujet dont pas grand monde se préoccupait et que très peu de gens appliquait : les levures indigènes, vinifier avec le moins d’intervention possible, respecter le raisin et le sol » se souvient-il.

« Il avait un pied dans la profession comme il était négociant, mais il avait une passion pour la science et la recherche. Il se posait les questions pratiques et essayait d’y trouver des réponses scientifiques. Il avait les moyens de faire de la recherche fondamentale et de l’appliquer. Il amenait toujours des tonnes de livres, c’était un érudit qui mettait toujours une touche de spirituel et de poésie dans le travail. »

Philippe Pacalet est désormais vigneron en Bourgogne à Beaune. « J’applique beaucoup son modèle, sa vision. Il faut toujours chercher à progresser, à s’adapter, ne jamais être satisfait mais adapter son modèle à chaque vinification. Il faut avoir la vision pour aller au delà, je crois que c’était ça son message.C’est ce qui me permet d’être qui je suis aujourd’hui et certainement d’être là où je suis et d’avoir toujours l’esprit scientifique. Les dégustations chez lui étaient toujours de grands moments, elles commençaient à 11h précises. Le mot « nature » n’est pas un mot féérique, car la nature ne fait pas de cadeau, il faut prendre soin de la biomasse car un sol aussi fermente ».

« J’applique beaucoup son modèle, sa vision. Il faut toujours chercher à progresser, à s’adapter, ne jamais être satisfait mais adapter son modèle à chaque vinification. Il faut avoir la vision pour aller au delà, je crois que c’était ça son message. »

Jules Chauvet Pacalet Robert Denogent

Jules Chauvet Pacalet Robert Denogent

La cuvée « Jules Chauvet » du domaine Robert Denogent

Après le décès de Jules Chauvet, le domaine viticole de 6,5 hectares a été entretenu de manière conventionnel. Une source d’insatisfaction pour la petite nièce de Jules Chauvet, Bénédicte Chauvet qui a donc fait appel à plusieurs vignerons pour reprendre chacun une partie du domaine et l’entretenir de manière plus respectueuses de la nature. Parmi ces vignerons, Marie Lapierre, Jean Claude Chanudet, Yvon et Jules Métras, Christophe Pacalet, Marcel Joubert et Jean Jacques Robert . 

Le domaine Robert-Denogent situé à Pouilly Fuissé est un domaine qui ne vinifie que des vins blancs, c’est donc sa seule cuvée de vin rouge mais à laquelle Jean Jacques Robert, grand amateur de Beaujolais tient particulièrement. Depuis 2012, avec ses fils Antoine et Nicolas, il vinifie ainsi une cuvée Jules Chauvet sur 1,14 hectares de vignes. Son fils Antoine explique « à la vigne nous n’utilisons aucun insecticide et aucun désherbant, uniquement un labour mécanique assez léger, en surface, et à la cave il n’y aucun intrant dans les vins. Pour cette cuvée, nous faisons une sorte de macération carbonique en levures indigènes, sans soufre à la vinification (même si il y a eu 1g de SO2 à la mise en bouteille pour le millésime 2014 car 99% de ce vin part à l’export).

« Jules Chauvet prônait les vins de faible degré, en essayant de faire des vins le plus naturellement possible (avec ou sans soufre, ce n’est pas la question) mais essayer de laisser le vin se faire tout seul avec le temps grâce aux levures. C’est le travail des levures indigènes qui est essentiel ce sont elles la colonne vertébrale du vin qui permettent l’expression du terroir. C’est Jules Chauvet qui a mis au point la macération carbonique, ce qui permet un développement levurien dans un espace clos sans oxygène saturé en gaz carbonique.  Comme nous n’avons pas les moyens matériels de faire une macération carbonique de ce type, nous déposons une partie de la vendange triée et saine en grappe entière dans les cuves par gravité et nous pressons une partie de la vendange (environ 5%) que l’on incorpore tout de suite dans la cuve. Ce jus nous permet de faire des remontages. Nous ne contrôlons pas encore les températures mais pour l’instant on s’en est bien sortis, on n’a jamais dépassé des températures de 25° sur des vinifs de 10 à 15 jours. On garde un coté très floral dans ce vin, avec une extraction très légère. »

« Sur nos blancs, on fait très peu d’intervention sur les vins. Il n’y a aucun intrant, aucun levurage, aucun batonage, aucune manipulation. Ce sont les lies qui font tout, qui vont être la structure et la colonne vertébrale du vin. La durée d’élevage est importante, il faut laisser du temps. »

 

Pour en savoir plus :

Jules Chauvet a écrit plusieurs livres qui sont malheureusement très difficiles à trouver car ils ne sont plus réédités

Relire Jules Chauvet par Vincent Pousson

Contactez l’Amicale Jules Chauvet : amicalejuleschauvet@gmail.com

Domaine Philippe Pacalet 12, rue de Chaumergy 21200 Beaune. Teléphone : 03 80 25 91 00

Domaine Robert Denogent Le Plan, 71960 Fuissé. Téléphone : 03 85 35 65 39

 

 

 

 

 

 

Des fûts de Beaujolais enterrés au Mont Brouilly

Des fûts de Beaujolais enterrés au Mont Brouilly

Ce dimanche, les vignerons beaujolais de Brouilly ont enterré trois fût de vins au sommet du Mont Brouilly. Une initiative inédite dans le monde du vin contemporain inspirée de pratiques ancestrales.

Des peuples nomades d’Asie Mineure et de Géorgie, le berceau de la culture de la vigne enterraient des jarres ou des amphores de vins pour le préserver pendant leurs voyages. C’est de cette coutume que se sont inspirés ces viticulteurs beaujolais. Ils ont choisi trois fûts, deux de l’appellation Cru Brouilly et un de l’appellation Côte de Brouilly. Ils sont simplement fermés avec une bonde protégée par une tuile de terre avant d’être recouvert de terre et laissés ainsi pendant 18 mois.

Des fûts de Beaujolais enterrés au Mont Brouilly Des fûts de Beaujolais enterrés au Mont Brouilly Des fûts de Beaujolais enterrés au Mont Brouilly Des fûts de Beaujolais enterrés au Mont Brouilly

La géologie du Mont Brouilly est riche en minéraux ferro-magnésiens et très pauvre en quartz. Elle est composée en majorité de diorite (appelée corne-verte) la plus vieille du Beaujolais et de méta-diorite (granit rose). Les vignerons espèrent que cette force tellurique active aura une action bénéfique sur le vieillissement des vins. 

Les trois fûts de vin vont rester ainsi enterrés pendant 18 mois. Le « réveil » de cette dormance aura donc lieu en octobre 2017. Une dégustation comparative avec des magnum témoins élevés de manière traditionnelle en cave sera alors réalisée afin de constater les effets de ce procédé sur la qualité des vin. Mis en bouteille dans la foulée, une vente caritative au bénéfice du Rotary Club de Belleville en Beaujolais sera alors réalisée.

Reportage vidéo réalisé à cette occasion avec Michel Trichard, président des crus Brouilly et Côte de Brouilly :

Pour en savoir plus :

Espace des Brouilly : www.espace-des-brouilly.com

Les vieux millésimes à l’honneur à la fête des crus du Beaujolais

 

 

Vendanges 2014 : un millésime prometteur en Bourgogne

Grêle, été maussade, pourriture acide … on attendait la récolte 2014 avec une certaine inquiétude en Bourgogne. Maintenant que les vendanges sont finies, premier bilan de Puligny-Montrachet à Nuits Saint Georges de ce millésime qui s’annonce finalement très prometteur. 

Petit pincement au coeur ce samedi après midi pour Nicolas Faure, c’est la première fois qu’il vendange la vigne qu’il vient d’acquérir, lui le jeune néo vigneron, bourguignon d’adoption. Une première fois qui a failli être ternie par un phénomène nouveau en Bourgogne et particulièrement préoccupant en Côte de Nuit : une pourriture acide qui donne au raisin un goût de vinaigre. Elle est transmise par un insecte.

« Le fameux drosophile Suzuki… tous les vignerons avaient ce mot là sur les lèvres en septembre! C’est un moucheron qui vient piquer, altérer la baie de raisin et qui favorise le développement de la pourriture acide » explique le jeune vigneron. Cette pourriture, contrairement au botrytis par exemple ne présente que des inconvénients pour la qualité du futur vin. « J’en ai eu un peu, mais je suis passé dans mes vignes de Nuits Saint Georges deux semaine avant vendanges, j’ai enlevé toutes les grappes touchées pour que ça n’impacte pas la vendange. Il restait encore quelques foyers mais les vendangeurs les ont très bien triés donc je suis assez satisfait du résultat . On verra ce que cela va donner en cuve mais pour le moment je suis agréablement surpris ».

Vendanges Bourgogne 2014 - Copyright Marthe Henry / L'actu du vinVendanges Bourgogne 2014 - Copyright Marthe Henry / L'actu du vin

Une stratégie préventive payante également au domaine de Chassorney à Saint Romain : « nous trions tous les raisins sur pied. On part du principe que toute grappe pourrie contamine directement tous les raisins qui sont dans la caisse, donc le tri se fait directement à la vigne. On encuve ensuite directement en vendange entière dans nos cuves bois tronconiques.

On est très satisfaits, les analyses sortent et il y a de très beau degrés alcoliques naturels, de très bons pH, de belles acidités totales. On rentre de la belle vendange, ça fermente bien sans dépasser 22-23 degrés. Il n’y a pas besoin d’avoir beaucoup d’action physique sur les raisin, les couleurs sortent très bien. C’est un millésime qui est facile à vinifier et c’est ce qui fait les grands millésimes. On a le profil d’un beau millésime qui ressemble un peu à 2010 je trouve. Après des millésime comme 2012 et 2013, cela fait du bien … »

Vendanges Bourgogne 2014 - Copyright Marthe Henry / L'actu du vinVendanges Bourgogne 2014 - Copyright Marthe Henry / L'actu du vin

Malgré la grêle du 28 juin qui a ravagé le domaine en grande partie (quasiment 50%), on est très content du résultat au domaine Rougeot à Meursault. « On a eu de grosses surprises à la vendange ! Les raisins étaient magnifiques. Même les raisins grêlés sont tombés et ne nous ont pas gêné durant la récolte. Elle est arrivée en très bon état sanitaire à la cuverie. Pour l’instant on a un très bon a priori pour ce millésime …

Les moûts (jus de raisin en fermentation) sont très équilibrés, avec de belles acidités tartriques quelle que soit la couleur des raisin, et qu’ils aient été impacté pat la grêle ou non, ce qui est surprenant. Les parcelles atteintes par la grêle ont des taux de sucre un peu plus bas. Hormis une petite chaptalisation sur ce qui a été grêlé, où il manque aux alentours de 0,5 degré, on ne va toucher absolument à rien que ce soit pour les acidités ou les sucres »

Vendanges Bourgogne 2014 - Copyright Marthe Henry / L'actu du vinVendanges Bourgogne 2014 - Copyright Marthe Henry / L'actu du vin

Cette qualité de récolte était plutôt inespérée après une campagne 2014 en dents de scie. « En juillet et aout, on a vraiment eu une mauvaise météo. » explique Jean Michel Chartron du domaine Chartron à Puligny Montrachet. « Mais on est vraiment bénis des dieux parce que du 15 aout au 11 septembre, date à laquelle on a commencé à vendanger, on a eu un temps radieux, avec un vent du nord qui a permis de sécher les raisins, ce qui a empêché le développement d’une certaine forme de pourriture et a concentré le jus des raisins. On arrive maintenant à des moûts parfaitement équilibrés, avec pas mal de sucres donc de très jolis alcools potentiels, pas mal d’acidités…

Analytiquement, on a tout ce qu’il faut pour réussir un grand millésime. Le seul problème c’est que ce vent du nord, en séchant et en concentrant les raisins a fait baissé leur volume de jus. On a donc des rendements moins importants que ceux auxquels on s’attendait. Il y avait une belle sortie de raisin, avec pas mal de grappe, mais peu de jus. D’habitude pour faire un fût (tonneau bourguignon de 228 litre de contenance), on estime qu’il faut 310 à 320 kg de raisins. Cette année il fallait compter aux alentours de 350kg, cela fait quand même une différence de 10% ».

Vendanges Bourgogne 2014 - Copyright Marthe Henry / L'actu du vinVendanges Bourgogne 2014 - Copyright Marthe Henry / L'actu du vin

2014 s’annonce donc comme une bonne surprise autant pour les blancs que pour les rouges. Avec pour seul bémol des rendements assez faibles, surtout pour les blancs, grevé bien évidemment par la grêle du 28 juin dans les appellations de Beaune, Pommard, Volnay et Meursault notamment. « C’est très bon, mais il n’y a pas beaucoup de jus », voilà ce qui se disait autour des pressoirs… Pas beaucoup de jus, mais toujours plus qu’en 2012 et 2013, à en croire par la pénurie de fûts d’un ou deux vins constatées chez certains vignerons au moment d’entonner leurs vins !

Pour en savoir plus :

– Domaine Nicolas Faure, 6 r Gabriel Bachot 21700 Meuilley

Domaine de Chassorney, Fréderic Cossard, 21190 Saint Romain 

Domaine Rougeot, 6 Rue André Ropiteau, 21190 Meursault

Domaine Jean Chartron, Grande rue, 21190 Puligny Montrachet 

 

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