20 déjeuners autour du vin : rencontres viticoles et gustatives en Bourgogne

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Objet livresque non identifié, « 20 déjeuners autour du vin » n’est pas uniquement un livre de recettes, mais pas non plus une galerie de portraits. C’est une promenade gourmande. Un fil tendu entre la cuisine et la cave où Sébastien Chambru répond en cuisine aux confidences de vignerons bourguignons. Une balade appétissante et poétique grâce aux magnifiques photos de Matthieu Cellard.

Sébastien Chambru, à l’origine du projet, est un cuisinier. Un chef même, formé chez Paul Bocuse. Et meilleur ouvrier de France de surcroît. En 2013, il est revenu sur ses terres natales près de Fuissé et a ouvert son premier restaurant « L’Ô des vignes ». Le choix de ce nom déjà annonçait la couleur.

« Combien de fois, autour d’un diner, j’ai parcouru avec mes compagnons de gueule, les routes du Mâconnais, de la Côte chalonnaise, les chemins de Nuits, de Beaune, … (…) Tant de fois, qu’un jour, l’idée de faire grandeur nature ce tour de la Bourgogne, de partir de L’O des vignes et d’aller sonner à leurs portes s’est imposée comme une évidence : j’irai diner chez mes vignerons fétiches, ceux qui depuis des années me confient leurs vins comme on envoie ses enfants se confronter au monde. Ils serviraient les plats familiaux, ceux qu’ils aiment marier avec les vins de leurs domaines. Nous allions vivre de beaux moments… » Voilà comme Sébastien Chambru explique son idée.

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Ce livre est donc composé en vingt rencontres, chez vingt vignerons, depuis le Domaine Robert Denogent dans le Maconnais jusqu’au domaine Sylvain Pataille à Marsannay. L’idée originale de ce cuisinier : à l’issu de chaque rencontre, de chaque déjeuner, il a créé comme une « dédicace » une recette inédite réalisée avec les mêmes ingrédients que ceux du plat familial « comme un trait d’union entre la cuisine familiale et la cuisine des chefs, poignée de main entre le vigneron et le cuisinier ».

On peut piocher dans ce livre de rencontres des recettes du chef, mais aussi celles proposées par les vignerons. On peut découvrir le travail de ces vingt artisans vignerons dans des portraits sensibles et attachants, riches d’anecdotes qui donnent à voir le métier différemment.

Les vingt domaines à l’honneur sont : domaine Robert Denogent, domaine de la Sarazinière, domaine Nicolas Maillet, domaine Guillemot Michel, domaine Guillot Broux, domaine Stéphane Aladame, domaine François Lumpp, domaine de la Framboisière, domaine Paul et Marie Jacqueson, domaine de Villaine, domaine Arnaud Ente, château de Monthelie, maison Sarnin Berrux, maison Philippe Pacalet, domaine Emmanuel Giboulot, domaine Danièle Bonnardot, domaine de Bellène, domaine Cécile Tremblay, domaine Anne Gros, domaine Sylvain Pataille.

Une part très importante de cet ouvrage est faite à l’illustration et les photos de Matthieu Cellard achèvent de régaler cette lecture. Des mosaïques de détails. Des portraits jamais posés. On passe de la contemplation admirative d’un paysage ou d’un plat à une scène spontanée de dégustation ou de préparation culinaire. Il y a du travail et il y a de la vie qui passent. On touche au plus près les sensations. A la fin de chaque chapitre, on a l’impression d’avoir soi même rencontré le vigneron.

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Infos 

20 déjeuners autour du vin – Bamboo éditions – 40€ – parution le 2 novembre 2016

Disponible déjà à l‘Athenaeum à Beaune ici

Restaurant L’O des vignes, Rue du Bourg,71960 FUISSÉ – Tel. 03 85 38 33 40 – chambru@me.com

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Vendanges 2016 : le gamay, caviar du Beaujolais pour Thibault Liger Belair

Regard gourmand et oeil qui pétille, Thibault Liger Belair inspecte les dernières caisses de gamay qui viennent d’être vendangées : « c’est du caviar non? ». Les grappes sont petites, compactes et dans un état sanitaire impeccable. Au domaine des Roches Roses comme dans beaucoup d’autres domaines du Beaujolais, la récolte sera maigre mais très qualitative. Rencontre sur ses terres vallonnées de Moulin à Vent avec Thibault Liger Belair, vigneron à Nuits Saint Georges et en Beaujolais 

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En ce dimanche ensoleillé, une petite équipe s’affaire à la réception de la vendange. Le procédé est le même à Moulin à Vent qu’à Nuits Saint Georges. Les raisins arrivent en caisses, pour ne pas écraser la récolte. Il y a peu de travail cette année à la table de tri, la qualité des raisins est impeccable. Un résultat qui n’était pas évident vu les conditions climatiques chaotiques du millésime : « le millésime 2016 n’est pas un millésime facile. C’est un millésime difficile à plusieurs niveaux.

Au niveau phytosanitaire, on a eu une campagne compliquée avec un printemps très humide qui a nécessité beaucoup de traitements. Ce contexte nous a demandé une veille constante et précise. » Le domaine des Roches Roses est entièrement en culture biologique, même si vous ne trouverez pas de logo sur les étiquettes. « On a un avantage à Moulin à Vent par rapport à la Bourgogne : les sols sont sableux donc plus drainants. L’humidité latente est moins importante. S’il tombe 20 mm de pluie, ici on peut passer en tracteur le lendemain, contrairement à Nuits Saint Georges. »

De la fraicheur et un très bel équilibre 

La pluie donc, mais surtout la grêle. Elle est tombée ici le 25 juin : « une heure de grêle avec des grêlons qui faisaient à peu près 3cm de diamètre et qui a tout ravagé et mot est faible : sur les 14 hectares que compte le domaine, il y en a 7 que l’on n’a même pas vendangé. Ce que l’on retient du millésime 2016, si on veut voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide, c’est un très beau millésime. » Si la quantité ne sera évidemment pas au rendez vous, c’est un millésime d’une grande qualité qui se profile néanmoins.

« Les raisins sont très mûrs, on est dans des potentiels alcooliques dans ce que l’on a récolté cette semaine autour de 13,5° et 14° ce qui est magnifique. Et surtout il y a un goût, il y a une odeur. On met les raisins en cuve, et ça sent le cassis, la framboise. On a déjà ces arômes là avant même la fermentation des raisins. Il y a donc de la fraicheur et un très bel équilibre des acides. »

« On a eu un stress hydrique assez important et aussi beaucoup de chaleur avec des effets un peu caniculaires, des effets d’échaudage sur les vignes. On a quand même cumulé pas mal de problèmes mais au final le peu de récolte que l’on a devrait être de grande qualité. On va faire en moyenne 20% de ce que l’on a l’habitude de produire sur le domaine qui produit déjà très peu puisque nous avons de très vieilles vignes (peu productives). On n’a pas rempli beaucoup de cuves mais ça devrait être joli. »

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Thibault Liger Belair n’est pas arrivé par hasard à Moulin à Vent. Ayant fait son BTS au lycée viticole de Belleville, il a un lien particulier avec ce cru du Beaujolais: Moulin à Vent a a été un peu une révélation pour moi. Je venais de finir mes études à Belleville, au lycée viticole où je faisais mon BTS . Je louais une maison dans les vignes à peu près à 5km d’ici et tous les matins j’ouvrais mes volets sur cette vue. Et j’ai un principe qui est que si la vue est belle, en général les vins qui sont produits doivent être aussi des jolis vins. » En 2001 il crée le domaine Thibault Liger Belair à Nuits Saint Georges mais ne tarde pas à revenir arpenter les vignes de Moulin à vent.

« J’ai acheté des vignes petit à petit. Je n’ai pas acheté un domaine en tant que tel, j’ai acheté des parcelles une par une. Le domaine a commencé en 2008 avec un premier millésime en 2009 sur une surface de 3,5 ha. Pour les 3,5 premiers hectares, j’ai signé huit actes de vente ! Il y avait vraiment un objectif qui était de choisir des parcelles bien spécifiques sur des endroits précis. Pendant deux ans, avant de m’installer, je venais régulièrement pour marcher dans les vignes de Moulin à Vent et essayer de comprendre les différences de sols.

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Des roches qui ressemblent à du lard

« Je ne comprenais pas la différence qu’il y avait entre la qualité des sols que je pouvais voir et la qualité des vins. Il y avait quelque chose d’un peu antinomique. Et j’ai eu l’occasion de goûter des très vieux Moulin à vent, souvent à l’aveugle. Je pensais boire des grands crus bourguignons type Échezeaux ou Musigny des années 1940′ – 1950′. Même de grands dégustateurs se trompaient fréquemment. Je me suis dit qu’il y avait vraiment quelque chose à faire dans cette appellation ! C’est pour cela qu’en 2008, j’ai commencé à chercher des vignes, spécifiquement sur Moulin à Vent. »

La qualité de ces sols vient principalement du sous sol. « Sur les 600 hectares de l’appellation Moulin à Vent, on a huit à dix sols différents. Il y a des granits roses, des granits blancs, des manganèses, des zones plus argilo-calcaires au sud de l’appellation. Le terroir de Moulin à Vent ce sont vraiment ces roches granitiques qui sont intéressantes et qui ressemblent un peu à du lard. Il y a des roches plus roses qui sont très ferreuses. Le terroir des crus du Beaujolais en fait c’est une avancée du Massif Central. Les volcans d’Auvergne ont avancé et ont fait une multitude de petites collines. On retrouve ces roches qui étaient métamorphiques donc sédimentées qui ont fusionné avec la chaleur volcanique. On a des roches de type ferreux, mais aussi des quartz, avec un veinage un peu rose. Mais il y a aussi des roches qui sont plus bleues, qui sont des roches composées d’aluminium et de manganèse. On retrouve ces types de roches vers Morgon. En résumé les roches de Moulin à Vent sont des roches roses, blanches et bleues. »

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« Moulin à Vent, je trouvais que c’était une appellation particulièrement intéressante en terme de positionnement parce qu’elle est  au nord. On est à une heure de Nuits Saint Georges donc c’est assez facile. Et on dit souvent des vins de Moulin à vent que ce sont des vins qui « pinotent »*. Ce sont les vins les plus denses, les plus riches, qui nécessitent un élevage et qui demandent à être gardés. Tout cela m’intéressait parce qu’il y avait un lien entre ces vins de Moulin à Vent et les vins que je peux produire à Nuits Saint George. C’est pour cela que j’ai voulu positionner le domaine à Moulin à Vent et aujourd’hui le domaine fait 14 hectares. » Mais l’histoire ne s’arrête pas là, Thibault Liger Belair a un autre projet qui lui tient à coeur et qu’il réalisera également dans le Beaujolais.

*on dit que parfois certains vins issus de cépages autres que le pinot noir (comme ici les Moulin à Vent réalisés à partir du cépage gamay) ont des caractéristiques communes avec ceux issus de pinot noir, ils « pinotent »

Pour plus d’infos rendez vous sur http://thibaultligerbelair.com/

Voir également cette vidéo réalisée en 2014 par Guillaume Bodin :

A mettre entre toutes les mains : 12°5, « jajazine » de qualité sur le vin

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C’est la bonne nouvelle de cette rentrée, la sortie du « jajazine » de 180°C, baptisé 12°5 (prononcé « douze degré cinq ». Un magazine de qualité, qui entend mettre en avant « des hommes et des femmes qui ont décidé de ne pas ou de ne plus adhérer à un système conventionnel globalement irrespectueux de l’environnement et du consommateur » comme l’écrit Philippe Toinard, rédacteur en chef dans son premier édito.

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C’est fait par qui ? 

Coté équipe rédactionnelle, on trouve donc en tête Eric Fénot et Philippe Toinard et au nombre des rédacteurs de ce premier numéro, on retrouve des journalistes tels que Aymone Vigière d’Anval, Luc Folliet, Sylvie Augereau, Dominique Hutin, Jacky Durand, Isabelle Saporta. Tous ont déjà largement traité de sujets viticoles sur différents médias tels que la Revue du Vin de France, Saveurs, Radio France… Bref, du lourd.

Coté image, les photos sont vraiment travaillées et contribuent à donner une atmosphère authentique et hautement qualitative à l’ensemble. Elles sont signées Marie Pierre Morel, Jean Luc Bertini et Jean-Luc Luyssen. Bonne surprise également coté illustration : Michel Tolmer parsème lquelques pages de ses célèbres bonhommes glougophiles (Mimi Fifi, Glouglou) et les photos

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De quoi ça parle ? 

Le programme affiché est celui là : « Naturellement vinifiée avec la volonté de défricher, dénicher, s’intéresser aux vins bios, en biodynamie, et engagés, 12°5, revue porte-étendard des vins de la nouvelle génération, fait la part belle aux vins produits dans le respect de la terre, du terroir et du fruit et à ces hommes, ces femmes, qui se cachent derrière les étiquettes. »

Je l’ai ouvert et lu en grande partie. Les classiques du genres sont évidemment présents : grands portraits, présentation d’une appellation, accord mets-vins, polémiques, sujets historiques. Mais ici tout prend un ton différent. Les portrait sont précis et humains et mettent à l’honneur des vignerons atypiques (Patrick Baudouin, Raphael Monnier, Marie-Thérèse Chappaz). Un graphiste décode des étiquettes de bouteilles de vin. Un écrivain raconte une émotion de dégustation. La malo (fermentation malolactique) est expliquée simplement et intelligemment. On nous emmène à la découverte de la renaissance des vins bretons et normands … Une petite plongée historique dans les chansons bachiques. Des accords mets-vins construits autour des bouteilles sélectionnées et non des plats.

12°5 c’est des sujets qui détonnent, légèrement militant mais pas trop non plus. « En toute indépendance, nous sommes allées à la rencontre de ces vignerons qui ont décidé , pour votre bien être, de sortir du rang. Les écouter c’est comprendre qu’une autre viticulture est possible, qu’elle ne date pas d’hier, qu’elle n’est pas un effet de mode et qu’il est important à leurs yeux de proposer aux consommateurs une alternative avec des vins sains, des vins propres, des vins singuliers » explique Philippe Toinard.

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Pour en savoir plus :

12°5, #1 automne-hiver 2016, 20€ (j’ai trouvé le mien à l’Athénaeum de Beaune, mais vous pouvez le trouver dans les bonnes librairies, les librairies spécialisées ou encore en ligne ici : http://www.180c.fr/12-5/

N’hésitez pas à aller visiter leur site internet pour découvrir d’autres articles : www.180c.fr !

Bonne lecture

Vendanges 2016 en Côte de Beaune : un millésime prometteur mais trop rare

En Bourgogne, les vendanges battent leur plein sur la Côte de Beaune, la plupart des vignerons entre Santenay et Ladoix ayant déjà commencé la récolte de rares mais très beaux raisins. Le fort coup de gel du 28 avril a détruit une grande partie de la récolte. Les raisins qui avaient survécu ont subi une très violente attaque de maladie, le mildiou, qui a également impacté la quantité de raisin. A l’heure du bilan, les vignerons sont résignés face à une récolte très faible voire catastrophique pour certains. Un constat d’autant plus amer que malgré le gel et les maladies, les raisins récoltés sont très sains et ont un fort potentiel qualitatif. Choses entendues, de Chassagne à Savigny, chez quelques vignerons en cours de vendanges…

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  • Chez David Croix à Beaune (Domaine des Croix)

« Je m’attendais à ce qu’il n’y ait pas beaucoup de raisin… et cela se confirme malheureusement! Les conditions climatiques de cet été nous ont fait beaucoup de bien sur l’état sanitaire, c’est sur. Je suis assez surpris de l’état sanitaire dans l’ensemble d’ailleurs. Les raisins sont superbes cela me rappelle ce que l’on a pu voir en 2015, 2009, il y de superbes raisins. Le problème c’est qu’il n’y en a pas, c’est dommage. Surtout sur Beaune ou Corton. Je compte 3 hL/ha dans les vignes les plus gelées et jusqu’à 10hL/ha. On s’y attendait, on avait fait des comptages de raisins et on savait qu’on aurait des rendements très bas. J’ai entendu dire ici ou là qu’il y avait eu des bonnes surprises mais il n’y en a pas eu chez nous ! »

« Les peaux des raisins sont assez épaisses. Les degrés ne crèvent pas les plafonds mais il y a de jolis équilibres. Les raisins sont sains. J’attends de goûter les jus pour juger mais pour l’instant ceux que j’ai goûté sont purs et droits. Je suis juste déçu de la quantité. Tout le reste est bien. On n’est pas fatigué vu qu’il n’y a pas de raisin à rentrer, on essaye de positiver mais il n’y a pas de récolte au final. J’ai même pas regardé les chiffres, je n’ai pas envie de les voir mais en gros je vais faire une quinzaine de pièces (*tonneau bourguignon de 228 litres) pour une surface de 6,5ha. Normalement, avec une belle année ont peut en faire entre 90 et 100. »
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« Je suis très content de ce que je vois sur la table de tri, les raisins sont beaux, on a envie de les manger, ils sont sains. Mais il n’y en a pas, donc c’est quand même la déception qui l’emporte au final, et pas qu’un peu ! On a pas utilisé beaucoup de matériel, on fait des petites journées, on y passe beaucoup moins de temps mais c’est un peu déprimant, on a envie de passer à autre chose. Heureusement que les raisins que l’on rentre sont beaux, si on avait du trier à cause d’attaques de botrytis par exemple, là ça aurait été le calvaire jusqu’au bout… »

  • Chez François de Nicolae à Savigny les Beaune (Domaine Chandon de Briailles)

Chez François, une large partie du domaine a été frappée par le gel : « Sur ces vignes là on n’a pas du tout de rendement, on est entre 5 et 8 hL/ha. On va les vendanger entre nous en petite équipe, histoire de faire quelques pièces de vins quand même … J’ai même l’intention à priori de tout assembler. Ce n’est pas la peine de faire une pièce de chaque parcelle de Savigny, je ne vais pas faire des micro vinifications. Ce que l’on va faire c’est que l’on va assembler tous les Savigny village pour n’en faire qu’une seule cuvée à priori. C’est quand même une année très particulière, j’espère qu’on n’en aura pas d’autres comme ça ! »

« Dans les parcelles qui avaient gelé, sur le peu de raisin qu’il restait a en grande partie disparu à cause de la très forte attaque de mildiou.  Cette attaque a été plus prononcée sur les vignes qui avaient gelé parce qu’elles étaient fragilisées. On est en biodynamie donc pour contrer une telle attaque de mildiou sur raisin c’était très compliqué. Globalement on a assez bien réussi on a pas trop perdu de ce côté là. »

« Nous sommes relativement chanceux parce qu’au domaine on a une petite partie de nos vignes sur Corton. La colline de Corton a très peu voire pas du tout gelé. Là on a une récolte à peu près normale et là on est sur une année très qualitative parce que nous avons eu un très bel été, suffisamment chaud, presque trop sec même. Au final on a des raisins qui sont bien mûrs, super équilibrés, avec des jolis tanins bien mûrs, donc on s’attend à faire de très beaux vins de ce côté là. »

« Pour le gel il n’y a rien à faire, biodynamie ou pas … Mais pour ce qui est de la maturité du raisin, même si on n’a jamais de gros rendements (environ 25 hL/ha), on a obtenu de meilleures maturités que les copains ! On constate des écarts de plus de deux degrés ce qui est quand même important. Je crois que grâce à la biodynamie le cycle de végétation de la vigne se déroule beaucoup mieux et la règle des cents jours après la fleur se vérifie. »

  • Chez Nicolas Mestre à Meursault (Domaine Michelot)

« La veille des vendanges on était pas sereins du tout. On a commencé par les vignes les plus touchées par le gel pour voir la qualité des raisins, voir les degrés d’alcool potentiel. Sur ces vignes là (Bourgogne et Meursault villages de bas de coteaux) on a fait des rendements entre 15 et 20 hl/ha. Pour le reste, les Meursault au dessus du coteau (les Narvaux) donnent à peu près de bons rendements. Les Meursault premier crus aussi donnent de bons rendements avec une qualité  satisfaisante avec des raisins beaux et sains. On a des degrés d’environ 11,5 – 11,7 pour les Bourgogne, 11,5 – 12 pour les Meursault village, 12,5 pour les permier crus et on arrive même à 12,7 pour les Meursault premier crus Genevrières qu’on a vendangé hier. »

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« Ca a mal commencé, mais on a quand même plus le sourire qu’en début de vendanges ! On s’attendait à avoir des pH un peu élevés à cause du mois d’août très sec, mais au final on a des pH compris entre 3,15 et 3,20 ce qui est tout à fait correct. Nous on cherche a faire des vins plutôt sur la fraicheur, donc il nous faut des pH assez bas et une bonne acidité. On a vraiment eu peur avec la sécheresse de cet été, on a quasiment eu un mois et demi sans précipitations, il y avait vraiment un manque d’eau. Le raisin commençait à flétrir, les feuilles commençaient à jaunir voire à tomber. La pluie du week end dernier à vraiment fait du bien. Les baies se sont gorgées un peu d’eau, la vigne a respiré et nous aussi ! »

  • Frédéric Lafarge à Volnay (Domaine Lafarge)

« Sur les vignes qui n’ont pas gelées on a de très jolis rendements qui correspondent au rendements habituels, entre 37 et 38 hl/ha pour des premiers crus. Donc c’est une belle récolte avec un maximum de qualité. Sur les vignes gelées, on a une récolte très faible mais la vigne a très bien repoussé. On a fait fait beaucoup de valériane au moment du gel (il y en a eu quatre en quelques jours) et on constate qu’il y a quand même une petite récolte avec des raisins très murs et une maturité très homogène. »

« La biodynamie a beaucoup apporté à la vigne. Elle bénéficie d’une meilleure résistance et d’une meilleure capacité de repousse. Elle a mieux su gérer le stress induit par le gel qui a été très violent pour la plante. Surtout pour des vignes comme les nôtres qui avaient grêlé trois années consécutives récemment (2012,2013 et 2014). Malgré tout, les vignes sont bien reparties ce qui laisse augurer de bonnes perspectives pour 2017 en croisant les doigts ! »

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« On est sur un grand millésime, mais un millésime de vigneron, où on est récompensé de l’implication du travail de tout le monde dans les vignes parce que c’était vraiment très compliqué à gérer dans les vignes entre le gel et le mildiou. La dégustation des raisins est top. Ensuite les rapports sucres/acides, le faible taux d’acide malique, il y a tout ! Il y a un très bel équilibre, vraiment remarquable. Quand on goûte les jus, il y a une pureté du fruit avec une belle tension minérale. Déjà dans les jus on sent de manière très pure la finesse de chaque terroir cette année ».

  • Chez Armand Heitz à Chassagne Montrachet (Domaine Heitz-Lochardet)

« Sur certaines parcelles on s’attendait même à ne pas vendanger du tout  ! Avant que les vignes ne gèlent, il y avait un fort potentiel de récolte mais au final on arrive a trouver quelques hectolitres par parcelle grâce à une bonne pratique viticole, au printemps humide et au bel été. On obtient 7 à 10 hl/ha pour les parcelles les plus touchées et on arrive à des rendements autour de 20 hl/ha pour les vignes moins touchées. Les vignes qui n’avaient pas gelé ont des rendements normaux. »

« Il est encore un peut tôt pour parler de la qualité, chaque vigneron a sa propre définition de la qualité. Les résultats des premières analyses montrent des équilibres acides maliques et acides tartriques assez similaires à ceux de l’année dernière ce qui est assez étrange vu qu’on n’a pas eu le même profil de millésime mais c’est très prometteur. On a une richesse en sucres un peu moins importante que l’année dernière (normal, le début de saison a été moins ensoleillé) mais rien d’alarmant. On aura quand même certainement un millésime très qualitatif. »

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« Au domaine, on sauve les meubles. On s’attendait même à avoir une année plus difficile. J’ai vraiment dû naitre sous une bonne étoile comme l’avait écrit Laurent Gotti (*journaliste All About Burgundy, cf article icipuisque même sur mes parcelles gelées, il y a eu des zones protégées et épargnées et qui ont donc donné un peu de raisin. Ce n’est pas le cas de tout le monde malheureusement »

 

Pour aller plus loin : 

Revoir le reportage sur les conséquences du gel en Bourgogne ici

Voir ce reportage sur le millésime 2014 en Bourgogne ici

Le premier vin de Bordeaux issu de cépages résistants

Cépages résistants Ducourt

Jonathan Ducourt n’est pas peu fier de présenter ses vignes plantées en cépages résistants. Des vignes qui n’ont presque plus besoin de traitements puisque les pieds ne sont pas sensibles au mildiou et à l’oïdium, les deux principales maladies qui touchent la vigne dans toutes les régions. Plantées il y a trois ans, cette vigne a produit cette année la première récolte qu’il pourra vinifier et donner ainsi le premier Bordeaux issu de cépages résistants.

On appelle cépages résistants des cépages caractérisés par leurs bonnes résistances à certaines maladies comme la pourriture grise, le mildiou, l’oïdium… Des maladies très courantes de la vigne et qui nécessitent des traitements chimiques ou bio fréquent lors de la croissance de la plante. L’objectif en cultivant ces cépages est donc de limiter l’utilisation de produits phytosanitaires. Ce ne sont pas des OGM, mais des cépages créés par une reproduction sexuée de la vigne (pour tout comprendre regardez ici).

Ces cépages sont beaucoup plus plantés à l’étranger, notamment en Allemagne et en Suisse qu’en France. Mais quelques vignerons curieux ont néanmoins tenté l’expérience parmi lesquels Jonathan Ducourt (domaine Ducourt) producteur dans l’Entre Deux Mer près de Bordeaux. C’est un autre vigneron engagé dans cet essai, Vincent Pugibet (domaine de la Colombette à Bézier) qui lui a donné envie d’essayer. C’est lui qui a planté les premiers cépages résistants en France et désormais il ne fait plus aucun traitement.

« J’ai entendu parlé du travail de Vincent Pugibet par un client que nous avions en commun et je suis allée le voir. Naturellement cela m’a donné envie d’essayer! » explique Jonathan Ducourt. Il se lance dans l’aventure il y a trois ans. « Nous avons acheté nos plants chez des pépiniéristes suisses et allemands. Nous avons choisi plusieurs portes greffes plutôt vigoureux. » Il a donc planté 1,7 hectare de Cabernet Jura, un cépage rouge qui donne des vins très colorés et assez souples et 1,3 hectares de Cal 6-04, un cépage blanc très aromatique, mélange de sauvignon blanc et de riesling.

Cépages résistants DucourtCépages résistants Ducourt

 

Cépages résistants Ducourt

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« Nous avons planté ces pieds dans les mêmes conditions que pour des cépages classiques, à 4 000 pieds/hectares. La première année nous avons réalisé un seul traitement et les deux années suivantes nous en avons réalisé seulement deux pour toute la campagne (au lieu de huit pour le reste du domaine). Du temps et de l’argent économisés qui nous ont permis de nous concentrer sur un travail plus qualitatif. Nous n’avons pas désherbé sous le rang mais passé les interceps. Ces cépages sont naturellement résistants au mildiou et à l’oïdium mais il faut néanmoins surveiller les autres maladies comme l’érinose, le black rot ou l’anthracnose. »

Ci dessous un rang planté en Cabernet Jura et un rang témoin planté en Cabernet Sauvignon (cépage traditionnel). On constate en effet que le Cabernet Jura a été épargné par le mildiou contrairement au Cabernet Sauvignon. On constate également que le cabernet jura est plus précoce.

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Compte tenu de la précocité de ces cépages, les vendanges ont déjà eu lieu pour le Cal 6-04 au domaine Ducourt. Ramassé mercredi dernier, ces jolis raisins blancs ont souffert tout autant que les cépages classique de la chaleur de cet été et ont donc donné un rendement assez faible : 18hL pour 1,3 hectare. Néanmoins les maturités étaient intéressantes (12,3 degré potentiel). Il ne reste plus à Jonathan Ducourt qu’à vinifier cette cuvée … Elle devrait être commercialisée début 2017. Côté rouge, les cabernet jura devraient être vendangés en fin de semaine.

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Pour aller plus loin : 

Vous pouvez également vous procurer l’ouvrage réalisé sous la direction de Jacques ROUSSEAU, responsable des services viticoles, et de Stéphanie CHANFREAU, chargée de mission, du Groupe ICV à cette adresse : http://e-services.icv.fr/fr/

Le site du groupement international PIWI, association internationale qui dispose d’une filiale française depuis mai 2016 (voir cet article de Vitisphère)

Cet article très complet sur le sujet de Miss Vicky Wine ainsi que cet article de Mon-Viti et celui du Figaro Vins sur le sujet.

Et découvrez aussi le Blanc Limé du Domaine Ducourt !

Entre les vignes, le livre qui donne la parole aux vignerons

Entre les vignes lancement livre

Entre Les Vignes livre vin

 

C’est dans l’écrin magique et symbolique des Hospices de Beaune que Guillaume Laroche, Frédéric Henry et Harry Annoni ont présenté leur livre « Entre les vignes » mercredi soir. Un livre qui consacre à 15 vignerons bourguignons (voir liste ci-après) un long portrait sous forme de conversation, de rencontre. Ce n’est pas un livre sur le vin, mais un livre sur les vignerons, leurs parcours individuels, leurs doutes personnels, et leur passion commune. 

« Quand je buvais un bon vin, j’avais toujours envie de savoir qui l’avait fait, comment, et avec quelles contraintes. Envie de savoir qui était l’homme ou la femme qui était derrière ce vin. C’est de cette envie, qu’a germé ce projet. Piqué par sa curiosité, Guillaume Laroche décide il y a deux ans de donner la parole aux vignerons, pour parler de leurs vins, mais pas seulement. Pour parler d’eux surtout. Écrire des longs portraits de vignerons. Prendre le temps de les laisser parler. Il se tourne alors vers Frédéric Henry, caviste Beaunois. Ensemble ils sont allés rencontrer ces vignerons bourguignons, tout au fil de l’année. 

« C’est un livre qui s’adresse à tout le monde même si je pense qu’il sera considéré comme un livre fait pour les gens qui s’intéressent vraiment au vin. Ce n’est pas du tout un guide, il n’y a pas de notes sur les vins, le but du jeu n’est pas de juger les vins. J’avais l’impression que ce type de format n’existait pas, c’est pour ça que j’ai eu envie de le faire. Je trouve que c’est assez complémentaire, plus il y a de livres de qualité sur le vin, et sur de bons vignerons, mieux c’est !

 

Journaliste sportif, Guillaume Laroche a appliqué la même technique que pour les grands entretiens qu’il réalise avec des sportifs, même s’il reconnait qu’il est plus facile d’interviewer un vigneron. « L’idée était de prendre son temps. Quand on fait une interview, en général, le temps est assez court, les questions préparées à l’avance. En général il en ressort beaucoup de banalités que l’on n’a pas le temps de creuser. C’est dommage. Les gens ont souvent besoin de temps pour être à l’aise, se dévoiler, libérer leur parole. Avec un grand entretien, la personne est bien plus à l’aise. Avec ces vignerons, on a pu aborder des sujets comme les relations familiales, la manière de travailler. On a le temps de creuser l’aspect humain au delà des questions techniques sur le vin et la viticulture. C’est vraiment une discussion et c’est aussi pour cela que l’on ressent une vraie sincérité dans les propos. »

Ce livre dresse donc quinze portraits de vignerons, tous bourguignons. « La Bourgogne c’est très intéressant parce que c’est la région viticole la plus prestigieuse au monde selon moi. Il y a des vraies problématiques économiques ici, c’est un marché capitaliste avec une pression économique forte. Les vins sont très chers, demandés partout dans le monde et les quantités produites sont très faibles. Et malgré ce contexte économique, il y a des gens qui travaillent comme des artisans, c’est très intéressant. Et en plus des contraintes économiques, ils se posent tous la question de l’environnement. » L’idée était de se concentrer sur une seule région pour qu’il y ait une unité de propos.  » Ces quinze vignerons se posent les mêmes questions, avec le même outil de travail qui est le terroir de Bourgogne et les mêmes contraintes climatiques, mais ils apportent tous des réponses différentes. C’est intéressant de confronter ces visions. Les chapitres s’enrichissent les uns les autres. »

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Bio, nature, raisonné… on trouve de tout parmi ces quinze vignerons. Aucune étiquette n’est mise en avant, seule la qualité du travail importe. Car il y a tout de même un engagement la démarche de Guillaume Laroche. »Il faut aussi dire que beaucoup de vins sont encore malheureusement de piètre qualité, qui ne sont pas travaillés comme il le faudrait à mon sens. Nous avons choisi de mettre en avant des gens qui travaillent vraiment très bien. J’aimerais que les gens qui vont lire ce livre prenne conscience de cela et aient envie d’acheter mieux et d’acheter les vins de ces vignerons par exemple. Parce que ce sont des vrais vins et on se fait plaisir en les dégustant! »

Une mission qui semble déjà en passe d’être réussie à la plus grande joie de l’auteur : « les gens qui ont lu le livre me disent qu’ils ont eu envie de goûter les vins. Donc je pense que cela fonctionne ! » Un livre à mettre entre toutes les mains de passionnés de vins, de Bourgogne ou d’artisanat et dont les entretiens fouillés sont illustrés par des photos de Harry Annoni qui captent la sincérité chez chacun des vignerons. 

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Guillaume Laroche, Frédéric Henry et Harry Annoni entourés de Oronce de Beler, Athénaïs de Béru, Jean-Yves Bizot, Pierre Boillot, Renaud Boyer, Dominique Derain, Pierre Fenals, Emmanuel Giboulot, Thierry Glantenay, Julien Guillot, Antoine Jobard, Marie-Christine et Marie-Andrée Mugneret, Claire Naudin, François de Nicolay et Cécile Tremblay
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ÉDITIONS REVERSE, préface de Cédric Klapisch

Prix : 29€

Distribution : internet (www.entrelesvignes.net), librairies spécialisées (Athenaeum à Beaune,…), cavistes.

Lire aussi cette note d’intention de Guillaume Laroche et suivre la page Facebook

Pour en savoir plus sur Athénaïs de Béru revoir cet article consacré au Chateau de Béru.

Pour en savoir plus sur Oronce de Béler, revoir cet article sur Fundovino

Pour découvrir d’autres livres sur le vin, regardez ici

Le vin comme « liquide politique » au Salon Rue89 des vins

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La quatrième édition du Salon Rue89 des vins s’est tenue à Paris début mai. Dédié aux vins « actuels et naturels » il jouit de l’intérêt croissant pour les vins natures. Un salon qui revendique également un certain militantisme pour une consommation responsable.

Antonin Iommi-Amunategui est le fondateur et l’organisateur de ce salon qui existe depuis 3 ans déjà. Auteur du blog No wine is innoncent hébergé par Rue89, il milite pour une approche politique de la consommation de vin : « Il y a une mouvance du vin naturel qui jusqu’ici n’a pas été reconnue, qui est en marge du vignoble plus traditionnel. Aujourd’hui, le vin naturel a les projecteurs braqués sur lui, il fait beaucoup parler et est très médiatisé, alors qu’en volume il ne représente peut être que 1% de la production mondiale.

Le vin nature, c’est tout un cercle vertueux. Il y a en premier lieu la vigne, cultivée en bio, puis la vinification où il y a très pas du tout d’additifs, puis la vente chez des cavistes indépendants (qui font leurs sélections eux mêmes) et finalement ce vin est bu par des francs-buveurs. Les consommateurs finaux ont conscience de tout ce travail en amont. Il y a une forme de liquide politique à travers le vin naturel qui intéresse à ce titre, un média comme Rue89. » 

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« Ces vignerons ont souvent des parcours très intéressants et leurs vins sont différents de ce que l’on a l’habitude de voir. Ce sont des vins à l’opposé du vin standardisé et formatés. » explique Antonin. C’est un salon dédié aux vins bio et naturels. donc les vins que je sélectionne sont des vins qui sont faits le plus naturellement possible, qui sont les plus vivants possibles. Il ne faut pas que ce soit des vins formatés surtout, il faut des vins différents. Comme je connais tous les exposants, je fais attention lors de la sélection des vins à ce que les vins ne se ressemblent pas. »

Parmi ces exposants, il y a Valentin Morel, vigneron dans le Jura, à Poligny précisément. Il a fait des études de droit et était auparavant fonctionnaire comme attaché de préfecture.  » Je fais partie de ces jeunes qui n’ont pas trouvé d’intérêt dans ces métiers soit-disant intellectuels. J’ai trouvé bien plus d’intérêt à retourner sur le domaine familial dans le Jura et reprendre les vignes que mon père avait travaillé depuis 30 ans pour faire des vins sans intrants. J’exploite avec mon père un domaine de 5ha. On a des terroirs typiquement jurassiens : des marnes argilo-calcaires et un coteaux sur éboulis calcaires. On cultive tous les cépages jurassiens (chardonnay, savagnin, poulsard, trousseau).

Je travaille de manière naturelle, j’ajoute éventuellement un peu de soufre à la mise en bouteille. Mon père avait arrêté tout désherbage chimique en 1999. Quand je suis arrivé en 2013, j’ai achevé de convertir le domaine en bio et biodynamie. J’essaye beaucoup les techniques culturales simplifiées : j’implante de la végétation dans les rangs de vignes pour corriger les propriétés du sol. On dit qu’on préfère le vert au fer : on préfère les plantes à la charrue. J’estime que les plantes et leur système racinaire peut davantage corriger les propriétés du sol qu’une intervention humaine. »

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C’est la première fois qu’il participe à ce salon. Sur la cinquantaine de domaine présent à chaque édition, Antonin sélectionne une vingtaine de nouveaux domaines qui changent à chaque salon. Valentin à saisit l’occasion : « D’une part j’ai accepté parce que j’ai besoin de me faire connaître parce que je suis jeune, mais aussi parce que je revendique une vision militante de mon métier de vigneron et j’ai le sentiment que dans ce salon il y a une vision un peu résistante et revendicative.

On revendique une vision du goût qui n’est pas formatée, qui est libérée. Parfois il y a des petits travers, il peut y avoir des vins un peu déviants. Mais je me retrouve dans cette résistance naturelle, dans ce combat agricole.  J’ai décliné ce combat là à l’échelle de mon exploitation : quand on défend cette vision là du vin, on vendange manuellement, on ne levure pas, on mets moins de sulfites et surtout on prend conscience que l’on fait un vin unique. Il n’est pas meilleur que les autres mais il est unique et singulier, et on défend cette singularité. »

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Organisé à la Bellevilloise, autour du vin nature très en vogue, le salon souffre d’une image de salon parisien pour bobos… « On a un public assez varié, autant au niveau des âges qu’au niveau de l’intérêt pour le vin : on a des gens qui ne connaissent pas du tout le vin naturel, ce n’est pas un public d’habitués. Il y a aussi des professionnels. L’idée, et c’est aussi la force d’un salon qui est adossé à un média généraliste, c’est que l’on peut toucher le grand public. On a Rue89 derrière nous, mais on a aussi L’Obs (propriétaire de Rue89 ndlr) et Télérama avec qui on organise la soirée de clôture, une projection du film Saint Amour commentée en direct par le réalisateur …… On a un panel de médias généralistes qui couvrent cet événement qui nous permet d’attirer autant de clients potentiels pour nos vignerons.

Autre nouveauté de cette quatrième édition, un espace dédié aux exposants « food ». Cela va des huitres au parmesan, en passant par des sardines… Et on peut toujours trouver des auteurs en dédicaces, des livres, et même un stand pour une application dédiée au vins natures qui s’appelle « Raisin »

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Au détour d’une allée, Patrick Böttcher, également blogueur (vins libres) et organisateur du salon Vini Birre Ribelli dont il arbore fièrement les couleurs sur son polo. « Comme Antonin, j’organise un salon à Bruxelles, et je pense qu’il faut être solidaires. Ces salons ce sont des moments de rencontres.

Notre philosophie, ce n’est pas le vin pour la bouteille, mais ce sont les humains qui sont derrière, c’est plus important. On veut faire comprendre aux gens que ce n’est pas comme en grande surface, c’est autre chose. Tout ces vins sont différents, les producteurs sont différents. » Également engagé dans le mouvement Slow Food, également présent au salon, il constate un changement dans les modes de consommation de nourriture et de vins comme un effet de génération : « les gens de 30 ans ont envie de changer leur manière de consommer, de se sentir responsables et veulent connaître les vignerons. »

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manifeste viPour aller plus loin : 

 

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