Ivan Massonnat : le chenin comme vecteur de terroirs d’exception au domaine Belargus

 

Convaincu et énergique, Ivan Massonnat est vigneron depuis un an. C’est à lui que Jo Pithon, vigneron bien connu de Savennières a confié ses neuf hectares de vignes. Il a complété ce domaine par d’autres parcelles et a nommé son domaine Belargus, du nom d’un papillon bleu très rare que l’on rencontre sur son coteau des Treilles.

En cave comme aux vignes, les références d’Ivan Massonnat sont souvent bourguignonnes (cuvées parcellaire, élevage long en fûts, …) mais c’est bien le terroir de l’Anjou qui focalise toute son attention. « Le chenin c’est un cépage qui, comme le pinot noir en Bourgogne, est un vecteur de terroir. En ne faisant que du chenin, j’essaye d’aller chercher de la manière la plus précise possible l’expression du terroir de chaque parcelle. C’est un outil. »

« On a la chance ici d’avoir un chaos géologique. En Anjou il y a l’Anjou noir et l’Anjou blanc, ici on est dans l’Anjou noir. On est sur le massif armoricain, ère primaire  donc sur des roches de 400 millions d’années jusqu’à Saumur. A partir de Saumur, on bascule sur le bassin parisien et sur les calcaires, des terroirs qui n’ont rien à voir. Ici on est dans une région de shistes, mais avec des cassures, des failles. »

Bon vivant et œnophile averti, ce Parisien a cherché pendant plusieurs années un endroit où réaliser son rêve : faire du vin. Venant en vacances à Chinon  où il dispose d’une résidence secondaire depuis 12 ans, c’est tout naturellement qu’il a développé une passion pour les vins de Loire. Il a donc franchi le pas en 2018, une année rêvée pour un premier millésime.

Le domaine Belargus est exclusivement planté en cépage chenin. Il dispose d’une collection de terroirs situés sur les différentes appellations de l’Anjou : Quarts de Chaume Grand Cru, Savennières, Anjou Blanc, … Les 26 hectares du domaine vise à être certifié en Biodynamie dès que possible.

« C’est cette vigne là qui m’a fait basculer dans l’aventure ». L’enthousiasme d’Ivan Massonnat pour sa vigne du Coteaux des Treilles est contagieux. Il avait déjà touché Jo Pithon qui en était le propriétaire avant lui et en avait fait le fleuron de son domaine. « Patrick Baudoin m’a présenté Jo qui m’a amené ici, un matin, sous la neige. On était tous les deux sous la neige ici, j’ai eu le choc graphique de la beauté du lieu déjà. »

« Ici on est au coeur d’une réserve naturelle classé. Au sommet, un botaniste a découvert des espèces méditerranéennes (qui n’ont rien à faire sous ces latitudes). Il a créé une société savante qui a commencé à faire des analyses … Ils ont révélé que sur ce piton rocheux il fait 1 degré de plus que dans les environs. Ils ont aussi dénombrés plus de 420 espèces de plantes, et un très grand nombre d’insectes. Il y a une biodiversité très importante dans ce lieu car il n’y a jamais eu de chimie … Les vignes ont été abandonnées après guerre car les rendements étaient trop faibles et c’était impossible à mécaniser. Du coup la nature a repris ses droits et maintenant là où il y avait de la vigne il a y des forêts. Mais la parcelle existait bien, elle figurait au cadastre sous le nom « les Treilles ». Les Treilles sont donc au milieu d’une réserve de 10 hectares gérée par la Ligue de Protection des Oiseaux, et on essaye d’agrandir cette réserve en achetant des terrains aux alentours. »

« Les Treilles, c’est notre vin qui a le nez le plus floral de tous. Il est élevé en partie en foudre et en partie en fûts de 600L. C’est un terroir très capricieux avec deux types de sols différents. Au sommet de la parcelle on trouve de la roche magmatique : la spilite, une roche très dure qui provient des éruptions volcaniques sous marines il y a 420 millions d’années. En bas de la parcelle on est sur des poudingues. Cela a une incidence sur les maturités des raisins : cette année on a vendangé en trois fois cette parcelle. »

Le deuxième terroir particulièrement mis en avant à Belargus est celui de Quarts de Chaume, la seule appellation classée Grand Cru du Val de Loire pour ses liquoreux. Ivan Massonnat a acheté 10ha d’un seul tenant dans cette appellation. « Jo Pithon a été le premier à faire des vins secs sur Quarts de Chaume, c’était une vraie folie de faire ça. Généralement les gens ont très peu de Quarts de chaume et font des liquoreux. Nous on a choisi de faire des vins secs et de les vinifier en respectant le parcellaire. Nous vinifions donc deux cuvées séparément : les Rouères et les Quarts dont les terroirs sont bien différents ».

Le premier, les Rouères est une parcelle exposée plein sud située sur un sous sol de poudingues. Les grès poudingues sont des conglomérats nés d’éruptions volcaniques. Ce sont des sols très chauds, qui accumulent la chaleur la journée et la restituent le soir. Les poudingues donnent des vins larges et solaires. C’est notre terroir le plus riche, le vin le plus puissant.

De l’autre coté du chemin, la parcelle des Quarts est située sur des shistes donc sur des sols plus froids et on voit nettement la différence dans les vins, on le voit depuis le moût. On a la même signature avec un registre assez puissant mais avec un coté beaucoup plus tranchant. C’est un vin très droit avec énormément de longueur. Ce vin devrait avoir un grand potentiel de garde.

  

La dernière pépite du domaine que tient à mettre en avant Ivan Massonnat, c’est un terroir de Savennières, le Clos des Ruchères. «On a racheté ce petit coteau qui avant n’était pas planté en vignes mais qui a été planté il y a une quinzaine d’années. C’est un terroir extraordinaire avec très peu de sol puisqu’il y a 10 à 15cm de terre et en dessous c’est de la roche en feuillets. Ce sont des shistes ardoisiers c’est à dire des compressions d’argile. Ces roches sont très friables donc les racines peuvent plonger dans les failles. On va reconstituer le clos avec un mur pour entourer la parcelle car il y a déjà un mur existant d’un coté. Je pense que d’ici quelques années cette cuvée sera une de nos cuvées phare.»

Ce ne sont donc ni les projets ni l’énergie qui manquent à ce tout nouveau vigneron surmotivé qui espère bien contribuer à faire rayonner le chenin et l’Anjou avec Jo Pithon a ses cotés pour l’épauler. Il était cette année le président de la Paulée de l’Anjou, un signe que son intégration parmi les vignerons est déjà réussie et qu’il sait endosser avec plaisir le rôle rassembleur de porte drapeau pour son appellation.

Pour en savoir plus :

Tout savoir sur la Paulée de l’Anjour 2019

Découvrir le Pineau d’Aunis, cépage méconnu de la Loire

Suivre lactualité du Domaine Belargus

Le chenin en fête à la Paulée de l’Anjou

Paulée de l'Anjou Coulée de Serrant 2019

Y’a pas que le chardonnay dans la vie, y’a le chenin aussi ! Ce cépage blanc, roi de l’Anjou a été mis à l’honneur lors de la 8e Paulée de l’Anjou qui s’est déroulée le 30 juin 2019. Pour la première fois, cet événement réunissait les vignerons de l’Anjou noir et de l’Anjou blanc, autour d’une journée passionnante et festive. 

C’est au cœur du vignoble de Savennières, à la Coulée de Serrant que cette journée ligérienne a commencé. Au programme, une promenade dans le vignoble et une présentation des principaux crus de l’Anjou. Historiens, géologues et vignerons étaient là pour expliquer les spécificités du terroir et de la conduite du vignoble.

Paulée de l'Anjou Coulée de Serrant 2019Paulée de l'Anjou Coulée de Serrant 2019

Paulée de l'Anjou 2019 Paulée de l'Anjou 2019

La Coulée de Serrant est un vignoble séculaire, planté au 12ème siècle (1130) par des Moines Cisterciens qui est toujours resté en vigne depuis. L’ancien petit monastère qui fait toujours partie de la propriété est classé à l’inventaire des monuments historiques et le domaine compte nombre de vestiges de différentes époques. Depuis 1984 les vignes sont conduites en agriculture biodynamique et Nicolas Joly a largement contribué à la renommée de ses vins même si déjà au moyen âge Louis XI célébrait le vin produit ici. 

La dégustation qui s’en est suivie a regroupé une soixantaine de domaines présentant chacun deux vins. Un bel aperçu de la variété des terroirs et de leurs expressions et quelques jolies découvertes. Tous les cépages étaient représenté mais avec la tenue du congrès international du chenin le lendemain, ce cépage était particulièrement bien représenté. Mes 3 coups de cœurs en chenin parmi tous ces flacons : Franc de Pied 2017 de Philippe et Catherine Delesvaux, l’Anjou blanc du Domaine Augereau et le Saumur blanc 2018 de Brendan Stater-West.

Paulée de l'Anjou Coulée de Serrant 2019

Cette 8e édition de la Paulée de l’Anjou s’est achevée par un diner d’exception dans le cadre grandiose des Greniers Saint Jean à Angers. Pour l’occasion, trois chefs étoilés angevins ont participé à l’élaboration du menu : Pascal Favre d’Anne (le Favre d’Anne à Angers), David Guitton (la Table de la Bergerie à Champ sur Layon) et Mickaël Pihours ( le Gambetta à Saumur). Un diner haut en saveur et riche en dégustation puisque les vignerons ont également régalé leurs invités avec des vieux millésimes et quelques magnums et jéroboam directement sortis leurs caves … La soirée s’est joyeusement poursuivie jusque tard, en dégustant quelques vieux liquoreux pour certains et sur la piste de danse pour les autres !

Paulée de l'Anjou 2019 Paulée de l'Anjou 2019 Paulée de l'Anjou 2019 Paulée de l'Anjou 2019

Pour tout savoir sur la Paulée de l’Anjou, rendez vous ici 

Pour aller plus loin, vous pouvez revoir mon reportage sur le Pineau d’Aunis 

 

Terres et vins de Champagne fête ses 10 ans en fanfare

Terre et Vins de Champagne a 10 ans ! Cet anniversaire a été fêté en fanfare à l’Assiette Champenoise, établissement triplement étoilé de Arnaud Lallement. 

Terres et Vins, c’est un regroupement de vignerons de Champagne pionniers. Depuis 10 ans, ils ont choisi de mettre en avant la manière dont ils font s’exprimer leurs terroirs à travers leurs vins. Une application particulière aux vignes et en cave au service du terroir et du vin et une envie de partager leur engagement dans une convivialité communicative. Pour tout savoir sur Terre et Vins, cliquez ici.

Cette association compte 23 membres : Pascal Agrapart, Françoise Bedel, Raphaël et Vincent Bérèche, Delphine Richard-Boulard, Emmanuel Brochel, Alexandre Chartogne,  Vincent Couche, Pascal Doquet, Jean Baptiste Geoffroy, Etienne Goutorbe, Olivier Horiot, Cyril Jeaunaux, Benoît Lahaye, Aurélien Laherte, Vincent Laval, David Léclapart, Marie-Noëlle Ledru, Dominique Moreau, Franck Pascal, Olivier Paulet, Fabrice Pouillon, Aurélien Suenen, Benoît et Mélanie Tarlant ( ❤ )

Pour arroser cet anniversaire, le millésime 2008 était logiquement à l’honneur pour le plus grand plaisir des convives. En vedette également la journaliste Caroline Henry qui a reçu à cette occasion le prix Terres et Vins, remis pour la première fois à une femme. Ce prix récompense chaque année depuis 10 ans une personnalité qui oeuvre à la renommée des champagne et à leur meilleure appréhension en tant que vins de terroirs. Arnaud Lallement, notre hôte du soir était notamment le lauréat de ce prix en 2017.

Connue également sous le nom de Miss In Wine, Caroline Henry est la plus champenoise des Belges. Installée depuis 2011 à Hauvilliers, elle écrit depuis une dizaine d’année des articles sur la Champagne et ses vignerons et a publié un livre « Terroir Champagne » uniquement dédié aux producteurs qui travaillent dans le respect de l’environnement et avec une approche la plus naturelle possible.

Le lendemain de cette soirée événement avait lieu la traditionnelle dégustation des vins clairs qui se tenait au Palais du Tau à Reims, ancienne demeure des évêques et archevêques qui jouxte la magnifique cathédrale où furent sacrés les rois de France. Un sacré écrin pour une dégustation où les vins clairs sont à l’honneur. Chaque vigneron fait ainsi découvrir ses vins du dernier millésime, encore en élevage, et surtout avant qu’il ne comporte des bulles. Chardonnay, pinot noir, pinot meunier, âge des vignes, type de sol : un exercice passionnant qui permet de rendre compte au mieux des terroirs et des méthodes de vinification de chacun.

À la dégustation des vins clairs millésime 2017 succède la dégustation des champagnes tels qu’ils sont actuellement commercialisés. On retrouve alors les caractéristiques dégustées précédemment dans les vins clairs. « C’est le vin de base qui fait la qualité de la bulle » selon Raphaël Bérèche. Ses vins sont élevés sur lies en fûts pendant longtemps (le premier soutirage a lieu en avril), « les jus sont donc plus riches ce qui permet à la bulle d’être plus posée ».

Autour de l’initiative de Terres et Vins plusieurs autres manifestations se sont développées au fil du temps ce qui donne maintenant lieu à plusieurs jours de dégustation regroupées sous l’appellation « Printemps des Champagne » et qui sont principalement réservées aux professionnels. Merci à Raphaël Berèche et Marie Horiot pour toutes leurs sympathiques explications qui m’ont donné envie d’en savoir bien plus sur le champagne… Et puis un MERCI géant à Mélanie et Benoît Tarlant pour cette expérience inoubliable !

D’Irancy à Noyers Sur Serein, promenade dans l’Yonne

Promenons nous dans l’Auxerrois en attendant que le printemps y soit … D’Irancy à Noyers sur Serein, escapade dépaysante et gourmande en Bourgogne septentrionale à mi chemin entre Paris et Beaune où bâti médiéval et paysages viticoles alternent aimablement.

Village viticole réputé pour ses vins rouges, ce village fait figure d’exception dans ce coin de Bourgogne situé entre Saint Bris réputé pour ses vins blancs de sauvignon (la seule appellation Bourguignonne produisant ce cépage) et Chablis, immense région de production de chardonnay. L’implantation de la vigne dans ce village remonterait au IIe siècle. Créée en 1998, l’appellation « Irancy » produit donc exclusivement des vins rouges majoritairement composé de pinot noir et dans une proportion minoritaire de cépage césar.

Également réputé pour sa production de cerises, ce village est également à voir au printemps lorsque les cerisiers en fleurs recouvrent les coteaux.  Ne pas rater à Irancy la très belle église Saint Germain fondée par les moines d’Auxerre au XIIIe siècle 

 

Véritable institution dans la région, le Soufflot est l’endroit idéal pour un déjeuner gourmand dans une ambiance conviviale. Les plats sont généreux, la carte des vins remarquable avec une sélection de vins de la région évidemment mais également de très belles références dans la plupart des régions de France. Prix doux et accueil généreux : on ne peut rêver mieux ! Il se murmure que le Soufflot devrait ouvrir très prochainement un deuxième établissement, situé à Meursault…

Pour l’anecdote, on retiendra que ce restaurant doit son nom à Jacques Germain Soufflot, architecte du 18e Siècle né à Irancy. On lui doit notamment la réalisation du Panthéon à Paris (la rue Soufflot a d’ailleurs une place au Panthéon de la chanson française, bonus en musique ici) mais également la façade de l’Hotel Dieu à Lyon. Il est le grand homme d’Irancy. 

Entre deux coteaux, arrêt à Chitry. Du 10eme au 13e siècle ce village était séparé en deux, une partie appartenant au comté de Tonnerre (en Champagne), et la seconde appartenant au comté d’Auxerre (en Bourgogne). On y produit des vins blancs et rouges mais ce village vigneron est surtout remarquable pour son église fortifiée. Sur les 4 tours qu’elle possédait on peut aujourd’hui admirer surtout sa tour ronde ressemblant à un donjon et sa tour carrée.

Arrivée à Noyers sur Serein, un des plus beaux villages de France aux très nombreux vestiges médiévaux. De nombreuses entrées de caves rappellent ici aussi l’importance historique de la viticulture. A l’Ascension, les vignerons se rendent à la porte de Tonnerre et décorent la statue de la Vierge à l’Enfant, leur protectrice. Mais Noyers-sur-Serein a aussi été une ville d’agriculture (à ne pas rater, la place du Marché-au-blé). Elle tire d’ailleurs son nom du mot nux, la noix. La ville toute entière renvoie l’image d’une cité paysanne plutôt prospère.

Étape obligatoire également à l’église Notre Dame édifiée entre 1491 et 1515 qui est de style gothique très pur. Terminez votre visite le loin du Serein qui longe le village. Vous pourrez admirer les anciens remparts et les 19 tours de fortifications qui sont encore partiellement visibles ou intactes. 

En espérant vous avoir donné envie de découvrir ou redécouvrir cette partie de Bourgogne. N’hésitez pas à me donner vos bonnes adresses et vos villages coups de coeurs aux alentours…

 

Les Aligoteurs, association de réhabilitation et sauvegarde de l’Aligoté comme vin d’auteur

Ce jeudi soir, ils viennent de recevoir l’affiche conçue par Michel Tolmer pour le salon qu’ils organiseront le 23 avril. Le premier salon professionnel dédié entièrement à l’aligoté. Ces « Aligoteurs » comme ils se sont baptisés veulent défendre ce cépage, le troisième de Bourgogne, aujourd’hui sérieusement menacé. Les Aligoteurs veulent faire connaitre et reconnaitre les Aligoté d’auteurs. Faire une promotion sérieuse mais sans se prendre trop au sérieux.

Considéré comme un cépage de second plan, relégué aux terroirs moins nobles, trop souvent considéré comme un vin blanc à associer au cassis ou comme un raisin de base de fabrication du crémant, l’aligoté est pourtant un cépage historique qui entrait même autrefois dans la composition du Corton Charlemagne.

Rencontre autour d’un verre d’aligoté avec ce petit groupe de vignerons formé par Anne Morey, Jérôme Galeyrand, Laurent Fournier et Pablo Chevrot (Sylvain Pataille et Nicolas Faure étaient absents), réunis autour de leur président Philippe Delacourcelle, restaurateur à Flagey Echezeau fervent défenseur de l’aligoté.

Comment vous est venu l’idée de cette association ? 

« L’aligoté on n’arrivait pas à le vendre. On en parlait souvent avec Sylvain Pataille (autre membre fondateur de l’association et également vigneron à Marsannay). À Marsannay, on a un gros patrimoine de vieilles vignes d’aligoté. Sur les 15 hectares que j’ai repris de mon père en 2001 (c’est Laurent Fournier qui parle), on avait 2,8 hectares d’aligoté, dont des vieilles vignes des années 1920… On a essayé de faire une cuvée d’aligoté de gastronomie, mais peut être parce qu’on était vigneron à Marsannay, sans grande notoriété, ça n’a pas marché ! Sylvain avait eu la même démarche de son coté. Lui avait tenté de faire des cuvées parcellaires alors que nous on était parti sur une cuvée unique. Pablo Chevrot avait un peu la même histoire dans les Maranges, cette appellation moins connue. Il croyait vraiment à l’aligoté !  On a senti qu’il se passait quelque chose ces dernières années, surtout à l’export … Les marchés japonais, anglais, américains s’ouvraient à l’aligoté. Au début ils trouvaient ça bon mais n’en commandaient pas. Récemment les choses ont bougé !

Le déclic s’est produit quand Philippe (Delacourcelle, le propriétaire de Boisrouge) s’est installé à Flagey. On est venu diner et quand on a vu sa carte des vins on s’est dit que c’était lui qui pouvait nous aider à porter ce projet. On en a ensuite parlé à plein d’autres vignerons, et beaucoup étaient d’accord pour dire qu’il fallait s’intéresser à ce cépage : arrêter de l’arracher, arrêter de le mettre dans des terres lourdes, de faire des gros rendements… C’est un cépage qui peut raconter de très belles choses ! On avait l’intuition qu’il fallait faire quelque chose mais le déclic est arrivé quand Philippe s’est installé.

Qu’est ce qu’il faut à l’aligoté pour être un grand vin ?

« Si c’était le cépage du Corton Charlemagne, ce n’est pas pour rien ! C’est parce que c’est un grand cépage quand il est bien cultivé. Il lui faut : taille courte, sol pauvre et vendanges plutot tardives … Malheureusement ces dernières décennies, on l’a mis dans les bas de coteaux, où les sols sont souvent les plus riches. On a arrêté la taille gobelet pour passer en guyot. L’aligoté c’est actuellement le rendement maximum autorité le plus élevé de Bourgogne et le degré minimal autorisé le plus faible de Bourgogne … Avec un degré de 9,5 on peut le mettre sur le marché ! Et puis le chanoine Kir ne nous a pas rendu service, même si cela a sans doute permis de sauver pas mal de vieilles vignes. »

Comment faire pour préserver les vieilles variétés d’aligoté ? 

« On pense qu’il y a des sélections massales par communes qui pourraient être à faire. Il y a des gros pôles de production comme Pernand, Marsannay, Bouzeron, même si on en trouve partout ! On aimerait faire ça dans la parcelle du clos des Monts Luisants à Morey Saint Denis au domaine Ponsot par exemple… C’est une vigne de 1er cru de Morey où il y a une très grande proportion d’aligoté, presque 80%, et ces pieds datent de 1911 (plus d’infos ici). La mairie de Marsannay va débloquer 40 ares de terre à planter et Sylvain Pataille voudrait s’en servir pour faire un conservatoire ampélographique de l’aligoté. Mais c’est de l’associatif, tout cela prend un peu de temps à mettre en place. »

À table, avec quoi peut on marier l’aligoté ? 

« Pour les accords mets-vins, on s’est rendu compte que le fenouil est un très bon copain de l’aligoté ! Les goûts végétaux, et beaucoup de légumes s’accordent également très bien avec l’aligoté. »

Comment faire pour soutenir les Aligoteurs ? 

« Pour adhérer à l’association il faut avoir envie de sauver l’aligoté ! Il ne faut pas qu’il y ait d’esprit de clocher… C’est clairement un cépage qui est menacé. On en arrache très régulièrement pour replanter du chardonnay, qui est beaucoup mieux valorisé commercialement. Une grande partie des aligotés qui restent sont destinés à la fabrication de crémant. Il faut valoriser l’aligoté pour lui même. On veut des gens qui soient motivés !  »

En Bref 

Pour tout savoir sur les Aligoteurs, vous pouvez les retrouver sur leur site internet ici ou sur Facebook.

Rendez vous pour les professionnels lundi 23 avril 2018 de 10h à 18h pour le premier salon des Aligoteurs qui aura lieu au Boisrouge,  4 bis rue du Petit Paris à Flagey Echezeaux.

Côte de Beaune : la reine des neiges

Le 1er mars, la Côte d’Or s’est éveillée sous un inhabituel manteau de neige. L’occasion de capturer quelques paysages aussi magnifiques qu’éphémères. Pendant que les vins sommeillent encore en cave, petite revue de tableaux enneigés saisis entre les vignes de Chassagne-Montrachet et Pommard en passant par Meursault.

      

Cédric Klapisch expose les photos préparatoires de son film sur le vin tourné en Bourgogne

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Cédric Klapisch exposera du 2 février au 4 avril prochain à la Galerie Cinéma à Paris une série de photos intitulée « Nature humaine ». Cette exposition est consacrée à la région viticole de la Bourgogne où il a tourné son prochain film, « Ce qui nous lie » qui devrait sortir en salle en juin 2017.

Lors d’une interview sur France Inter dans l’émission culturelle Boomerang, le réalisateur de Péril Jeune et de L’Auberge Espagnole (entre autres) s’est confié au journaliste Augustin Trapenard. Pour réécouter l’émission c’est ici :

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« D’habitude les photos que je fais sont toujours des photos avec des gens. Là, le film que j’ai réalisé, « Ce qui nous lie » est un film sur le vin. Et dans cette exposition, plutôt que de parler du vin et des gens qui font le vin, j’ai préféré parler de la nature. L’exposition s’appelle « Nature humaine » mais l’idée c’est qu’il n’y ait justement pas de présence humaine. Il y a quelque chose d’humain qui est présent dans les vignes, parce qu’elles sont alignées, dessinées. Les paysages de Bourgogne sont des paysages dans lesquels on voit beaucoup l’activité humaine. L’idée c’est de montrer la nature modifiée par l’homme.

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J’ai commencé par la photographie, c’est une activité qui est importante pour moi, un peu comme un échauffement pour un sportif. C’est quelque chose qui vient au préalable et qui est indispensable pour faire du cinéma. Quand je fais des photos de repérages, c’est une façon de capter un lieu. (…) Prendre l’ambiance permet d’imaginer une scène. J’hésitais entre photographe et réalisateur mais pour moi le cinéma est plus complet. Ma dernière exposition était un regard croisé sur Paris et New York, là c’est un regard posé sur la campagne française, la nouvelle campagne française. En France aujourd’hui il n’y a plus de nature, il n’y a plus de forêt primaire. Tout est planté, tout a été fabriqué par l’homme. Que ce soient les forêts, les champs ou les vignes, il y a toujours ce mariage entre l’activité humaine et la nature.

Le vin, c’est le produit magique pour moi. C’est le seul produit qui vieillit bien, qui peut être meilleur vingt ans plus tard que quand il est fait, et puis il y a quelque chose de mythologique dans le vin car ça date de l’antiquité. Quand on va en Bourgogne, ça se sent, on ressent l’empreinte médiévale et ce travail que les moines ont fait il y a si longtemps. C’est un vieux produit qui est toujours plus moderne. C’est un produit qui est en constante évolution et qui s’améliore sans cesse.

Ce qui est beau dans la vigne, c’est qu’elle a besoin de la terre, des racines, et du ciel et du soleil. Le raisin, c’est vraiment un produit qui se situe entre la terre et le ciel. Ce qui fait la richesse quand on boit un vin, outre l’ivresse, c’est qu’il y a quelque chose d’assez magique. »

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Lors du tournage du film « Ce qui nous lie », Cédric Klapish avait également posté de nombreuses photos que vous pouvez toujours voir sur son compte Instagram @cedklap. Vous y trouverez des photos du tournage qui s’est déroulé principalement entre Chassagne Montrachet et Beaune, en passant par Puligny et Meursault notamment, mais aussi des très belles photos de paysages de la cote viticole au fil des saisons puisque ce film qui sortira en juin prochain retrace les retrouvailles d’une fraterie sur les terres bourguignonnes pendant un an. Pour tout savoir sur ce film qui sera interprété entre autres par Ana Girardot, Pio Marmai et François Civil, voir ici.

Au cours de cette interview, Cédric Klapish a également fait découvrir la chanson inédite du film « Ce qui nous lie » composée par lui même et la chanteuse Camélia Jordana et interprétée par cette dernière ( vous pouvez l’entendre dans le lien ci dessus vers la 16e minute).

Voir également cette interview donnée par Cédric Klapisch sur ses débuts dans la photo à Camille Lorente pour Fisheye Magazine

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La photo qui illustre cet article provient d’ici