Terres et vins de Champagne fête ses 10 ans en fanfare

Terre et Vins de Champagne a 10 ans ! Cet anniversaire a été fêté en fanfare à l’Assiette Champenoise, établissement triplement étoilé de Arnaud Lallement. 

Terres et Vins, c’est un regroupement de vignerons de Champagne pionniers. Depuis 10 ans, ils ont choisi de mettre en avant la manière dont ils font s’exprimer leurs terroirs à travers leurs vins. Une application particulière aux vignes et en cave au service du terroir et du vin et une envie de partager leur engagement dans une convivialité communicative. Pour tout savoir sur Terre et Vins, cliquez ici.

Cette association compte 23 membres : Pascal Agrapart, Françoise Bedel, Raphaël et Vincent Bérèche, Delphine Richard-Boulard, Emmanuel Brochel, Alexandre Chartogne,  Vincent Couche, Pascal Doquet, Jean Baptiste Geoffroy, Etienne Goutorbe, Olivier Horiot, Cyril Jeaunaux, Benoît Lahaye, Aurélien Laherte, Vincent Laval, David Léclapart, Marie-Noëlle Ledru, Dominique Moreau, Franck Pascal, Olivier Paulet, Fabrice Pouillon, Aurélien Suenen, Benoît et Mélanie Tarlant ( ❤ )

Pour arroser cet anniversaire, le millésime 2008 était logiquement à l’honneur pour le plus grand plaisir des convives. En vedette également la journaliste Caroline Henry qui a reçu à cette occasion le prix Terres et Vins, remis pour la première fois à une femme. Ce prix récompense chaque année depuis 10 ans une personnalité qui oeuvre à la renommée des champagne et à leur meilleure appréhension en tant que vins de terroirs. Arnaud Lallement, notre hôte du soir était notamment le lauréat de ce prix en 2017.

Connue également sous le nom de Miss In Wine, Caroline Henry est la plus champenoise des Belges. Installée depuis 2011 à Hauvilliers, elle écrit depuis une dizaine d’année des articles sur la Champagne et ses vignerons et a publié un livre « Terroir Champagne » uniquement dédié aux producteurs qui travaillent dans le respect de l’environnement et avec une approche la plus naturelle possible.

Le lendemain de cette soirée événement avait lieu la traditionnelle dégustation des vins clairs qui se tenait au Palais du Tau à Reims, ancienne demeure des évêques et archevêques qui jouxte la magnifique cathédrale où furent sacrés les rois de France. Un sacré écrin pour une dégustation où les vins clairs sont à l’honneur. Chaque vigneron fait ainsi découvrir ses vins du dernier millésime, encore en élevage, et surtout avant qu’il ne comporte des bulles. Chardonnay, pinot noir, pinot meunier, âge des vignes, type de sol : un exercice passionnant qui permet de rendre compte au mieux des terroirs et des méthodes de vinification de chacun.

À la dégustation des vins clairs millésime 2017 succède la dégustation des champagnes tels qu’ils sont actuellement commercialisés. On retrouve alors les caractéristiques dégustées précédemment dans les vins clairs. « C’est le vin de base qui fait la qualité de la bulle » selon Raphaël Bérèche. Ses vins sont élevés sur lies en fûts pendant longtemps (le premier soutirage a lieu en avril), « les jus sont donc plus riches ce qui permet à la bulle d’être plus posée ».

Autour de l’initiative de Terres et Vins plusieurs autres manifestations se sont développées au fil du temps ce qui donne maintenant lieu à plusieurs jours de dégustation regroupées sous l’appellation « Printemps des Champagne » et qui sont principalement réservées aux professionnels. Merci à Raphaël Berèche et Marie Horiot pour toutes leurs sympathiques explications qui m’ont donné envie d’en savoir bien plus sur le champagne… Et puis un MERCI géant à Mélanie et Benoît Tarlant pour cette expérience inoubliable !

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D’Irancy à Noyers Sur Serein, promenade dans l’Yonne

Promenons nous dans l’Auxerrois en attendant que le printemps y soit … D’Irancy à Noyers sur Serein, escapade dépaysante et gourmande en Bourgogne septentrionale à mi chemin entre Paris et Beaune où bâti médiéval et paysages viticoles alternent aimablement.

Village viticole réputé pour ses vins rouges, ce village fait figure d’exception dans ce coin de Bourgogne situé entre Saint Bris réputé pour ses vins blancs de sauvignon (la seule appellation Bourguignonne produisant ce cépage) et Chablis, immense région de production de chardonnay. L’implantation de la vigne dans ce village remonterait au IIe siècle. Créée en 1998, l’appellation « Irancy » produit donc exclusivement des vins rouges majoritairement composé de pinot noir et dans une proportion minoritaire de cépage césar.

Également réputé pour sa production de cerises, ce village est également à voir au printemps lorsque les cerisiers en fleurs recouvrent les coteaux.  Ne pas rater à Irancy la très belle église Saint Germain fondée par les moines d’Auxerre au XIIIe siècle 

 

Véritable institution dans la région, le Soufflot est l’endroit idéal pour un déjeuner gourmand dans une ambiance conviviale. Les plats sont généreux, la carte des vins remarquable avec une sélection de vins de la région évidemment mais également de très belles références dans la plupart des régions de France. Prix doux et accueil généreux : on ne peut rêver mieux ! Il se murmure que le Soufflot devrait ouvrir très prochainement un deuxième établissement, situé à Meursault…

Pour l’anecdote, on retiendra que ce restaurant doit son nom à Jacques Germain Soufflot, architecte du 18e Siècle né à Irancy. On lui doit notamment la réalisation du Panthéon à Paris (la rue Soufflot a d’ailleurs une place au Panthéon de la chanson française, bonus en musique ici) mais également la façade de l’Hotel Dieu à Lyon. Il est le grand homme d’Irancy. 

Entre deux coteaux, arrêt à Chitry. Du 10eme au 13e siècle ce village était séparé en deux, une partie appartenant au comté de Tonnerre (en Champagne), et la seconde appartenant au comté d’Auxerre (en Bourgogne). On y produit des vins blancs et rouges mais ce village vigneron est surtout remarquable pour son église fortifiée. Sur les 4 tours qu’elle possédait on peut aujourd’hui admirer surtout sa tour ronde ressemblant à un donjon et sa tour carrée.

Arrivée à Noyers sur Serein, un des plus beaux villages de France aux très nombreux vestiges médiévaux. De nombreuses entrées de caves rappellent ici aussi l’importance historique de la viticulture. A l’Ascension, les vignerons se rendent à la porte de Tonnerre et décorent la statue de la Vierge à l’Enfant, leur protectrice. Mais Noyers-sur-Serein a aussi été une ville d’agriculture (à ne pas rater, la place du Marché-au-blé). Elle tire d’ailleurs son nom du mot nux, la noix. La ville toute entière renvoie l’image d’une cité paysanne plutôt prospère.

Étape obligatoire également à l’église Notre Dame édifiée entre 1491 et 1515 qui est de style gothique très pur. Terminez votre visite le loin du Serein qui longe le village. Vous pourrez admirer les anciens remparts et les 19 tours de fortifications qui sont encore partiellement visibles ou intactes. 

En espérant vous avoir donné envie de découvrir ou redécouvrir cette partie de Bourgogne. N’hésitez pas à me donner vos bonnes adresses et vos villages coups de coeurs aux alentours…

 

Les Aligoteurs, association de réhabilitation et sauvegarde de l’Aligoté comme vin d’auteur

Ce jeudi soir, ils viennent de recevoir l’affiche conçue par Michel Tolmer pour le salon qu’ils organiseront le 23 avril. Le premier salon professionnel dédié entièrement à l’aligoté. Ces « Aligoteurs » comme ils se sont baptisés veulent défendre ce cépage, le troisième de Bourgogne, aujourd’hui sérieusement menacé. Les Aligoteurs veulent faire connaitre et reconnaitre les Aligoté d’auteurs. Faire une promotion sérieuse mais sans se prendre trop au sérieux.

Considéré comme un cépage de second plan, relégué aux terroirs moins nobles, trop souvent considéré comme un vin blanc à associer au cassis ou comme un raisin de base de fabrication du crémant, l’aligoté est pourtant un cépage historique qui entrait même autrefois dans la composition du Corton Charlemagne.

Rencontre autour d’un verre d’aligoté avec ce petit groupe de vignerons formé par Anne Morey, Jérôme Galeyrand, Laurent Fournier et Pablo Chevrot (Sylvain Pataille et Nicolas Faure étaient absents), réunis autour de leur président Philippe Delacourcelle, restaurateur à Flagey Echezeau fervent défenseur de l’aligoté.

Comment vous est venu l’idée de cette association ? 

« L’aligoté on n’arrivait pas à le vendre. On en parlait souvent avec Sylvain Pataille (autre membre fondateur de l’association et également vigneron à Marsannay). À Marsannay, on a un gros patrimoine de vieilles vignes d’aligoté. Sur les 15 hectares que j’ai repris de mon père en 2001 (c’est Laurent Fournier qui parle), on avait 2,8 hectares d’aligoté, dont des vieilles vignes des années 1920… On a essayé de faire une cuvée d’aligoté de gastronomie, mais peut être parce qu’on était vigneron à Marsannay, sans grande notoriété, ça n’a pas marché ! Sylvain avait eu la même démarche de son coté. Lui avait tenté de faire des cuvées parcellaires alors que nous on était parti sur une cuvée unique. Pablo Chevrot avait un peu la même histoire dans les Maranges, cette appellation moins connue. Il croyait vraiment à l’aligoté !  On a senti qu’il se passait quelque chose ces dernières années, surtout à l’export … Les marchés japonais, anglais, américains s’ouvraient à l’aligoté. Au début ils trouvaient ça bon mais n’en commandaient pas. Récemment les choses ont bougé !

Le déclic s’est produit quand Philippe (Delacourcelle, le propriétaire de Boisrouge) s’est installé à Flagey. On est venu diner et quand on a vu sa carte des vins on s’est dit que c’était lui qui pouvait nous aider à porter ce projet. On en a ensuite parlé à plein d’autres vignerons, et beaucoup étaient d’accord pour dire qu’il fallait s’intéresser à ce cépage : arrêter de l’arracher, arrêter de le mettre dans des terres lourdes, de faire des gros rendements… C’est un cépage qui peut raconter de très belles choses ! On avait l’intuition qu’il fallait faire quelque chose mais le déclic est arrivé quand Philippe s’est installé.

Qu’est ce qu’il faut à l’aligoté pour être un grand vin ?

« Si c’était le cépage du Corton Charlemagne, ce n’est pas pour rien ! C’est parce que c’est un grand cépage quand il est bien cultivé. Il lui faut : taille courte, sol pauvre et vendanges plutot tardives … Malheureusement ces dernières décennies, on l’a mis dans les bas de coteaux, où les sols sont souvent les plus riches. On a arrêté la taille gobelet pour passer en guyot. L’aligoté c’est actuellement le rendement maximum autorité le plus élevé de Bourgogne et le degré minimal autorisé le plus faible de Bourgogne … Avec un degré de 9,5 on peut le mettre sur le marché ! Et puis le chanoine Kir ne nous a pas rendu service, même si cela a sans doute permis de sauver pas mal de vieilles vignes. »

Comment faire pour préserver les vieilles variétés d’aligoté ? 

« On pense qu’il y a des sélections massales par communes qui pourraient être à faire. Il y a des gros pôles de production comme Pernand, Marsannay, Bouzeron, même si on en trouve partout ! On aimerait faire ça dans la parcelle du clos des Monts Luisants à Morey Saint Denis au domaine Ponsot par exemple… C’est une vigne de 1er cru de Morey où il y a une très grande proportion d’aligoté, presque 80%, et ces pieds datent de 1911 (plus d’infos ici). La mairie de Marsannay va débloquer 40 ares de terre à planter et Sylvain Pataille voudrait s’en servir pour faire un conservatoire ampélographique de l’aligoté. Mais c’est de l’associatif, tout cela prend un peu de temps à mettre en place. »

À table, avec quoi peut on marier l’aligoté ? 

« Pour les accords mets-vins, on s’est rendu compte que le fenouil est un très bon copain de l’aligoté ! Les goûts végétaux, et beaucoup de légumes s’accordent également très bien avec l’aligoté. »

Comment faire pour soutenir les Aligoteurs ? 

« Pour adhérer à l’association il faut avoir envie de sauver l’aligoté ! Il ne faut pas qu’il y ait d’esprit de clocher… C’est clairement un cépage qui est menacé. On en arrache très régulièrement pour replanter du chardonnay, qui est beaucoup mieux valorisé commercialement. Une grande partie des aligotés qui restent sont destinés à la fabrication de crémant. Il faut valoriser l’aligoté pour lui même. On veut des gens qui soient motivés !  »

En Bref 

Pour tout savoir sur les Aligoteurs, vous pouvez les retrouver sur leur site internet ici ou sur Facebook.

Rendez vous pour les professionnels lundi 23 avril 2018 de 10h à 18h pour le premier salon des Aligoteurs qui aura lieu au Boisrouge,  4 bis rue du Petit Paris à Flagey Echezeaux.

Côte de Beaune : la reine des neiges

Le 1er mars, la Côte d’Or s’est éveillée sous un inhabituel manteau de neige. L’occasion de capturer quelques paysages aussi magnifiques qu’éphémères. Pendant que les vins sommeillent encore en cave, petite revue de tableaux enneigés saisis entre les vignes de Chassagne-Montrachet et Pommard en passant par Meursault.

      

Cédric Klapisch expose les photos préparatoires de son film sur le vin tourné en Bourgogne

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Cédric Klapisch exposera du 2 février au 4 avril prochain à la Galerie Cinéma à Paris une série de photos intitulée « Nature humaine ». Cette exposition est consacrée à la région viticole de la Bourgogne où il a tourné son prochain film, « Ce qui nous lie » qui devrait sortir en salle en juin 2017.

Lors d’une interview sur France Inter dans l’émission culturelle Boomerang, le réalisateur de Péril Jeune et de L’Auberge Espagnole (entre autres) s’est confié au journaliste Augustin Trapenard. Pour réécouter l’émission c’est ici :

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« D’habitude les photos que je fais sont toujours des photos avec des gens. Là, le film que j’ai réalisé, « Ce qui nous lie » est un film sur le vin. Et dans cette exposition, plutôt que de parler du vin et des gens qui font le vin, j’ai préféré parler de la nature. L’exposition s’appelle « Nature humaine » mais l’idée c’est qu’il n’y ait justement pas de présence humaine. Il y a quelque chose d’humain qui est présent dans les vignes, parce qu’elles sont alignées, dessinées. Les paysages de Bourgogne sont des paysages dans lesquels on voit beaucoup l’activité humaine. L’idée c’est de montrer la nature modifiée par l’homme.

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J’ai commencé par la photographie, c’est une activité qui est importante pour moi, un peu comme un échauffement pour un sportif. C’est quelque chose qui vient au préalable et qui est indispensable pour faire du cinéma. Quand je fais des photos de repérages, c’est une façon de capter un lieu. (…) Prendre l’ambiance permet d’imaginer une scène. J’hésitais entre photographe et réalisateur mais pour moi le cinéma est plus complet. Ma dernière exposition était un regard croisé sur Paris et New York, là c’est un regard posé sur la campagne française, la nouvelle campagne française. En France aujourd’hui il n’y a plus de nature, il n’y a plus de forêt primaire. Tout est planté, tout a été fabriqué par l’homme. Que ce soient les forêts, les champs ou les vignes, il y a toujours ce mariage entre l’activité humaine et la nature.

Le vin, c’est le produit magique pour moi. C’est le seul produit qui vieillit bien, qui peut être meilleur vingt ans plus tard que quand il est fait, et puis il y a quelque chose de mythologique dans le vin car ça date de l’antiquité. Quand on va en Bourgogne, ça se sent, on ressent l’empreinte médiévale et ce travail que les moines ont fait il y a si longtemps. C’est un vieux produit qui est toujours plus moderne. C’est un produit qui est en constante évolution et qui s’améliore sans cesse.

Ce qui est beau dans la vigne, c’est qu’elle a besoin de la terre, des racines, et du ciel et du soleil. Le raisin, c’est vraiment un produit qui se situe entre la terre et le ciel. Ce qui fait la richesse quand on boit un vin, outre l’ivresse, c’est qu’il y a quelque chose d’assez magique. »

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Lors du tournage du film « Ce qui nous lie », Cédric Klapish avait également posté de nombreuses photos que vous pouvez toujours voir sur son compte Instagram @cedklap. Vous y trouverez des photos du tournage qui s’est déroulé principalement entre Chassagne Montrachet et Beaune, en passant par Puligny et Meursault notamment, mais aussi des très belles photos de paysages de la cote viticole au fil des saisons puisque ce film qui sortira en juin prochain retrace les retrouvailles d’une fraterie sur les terres bourguignonnes pendant un an. Pour tout savoir sur ce film qui sera interprété entre autres par Ana Girardot, Pio Marmai et François Civil, voir ici.

Au cours de cette interview, Cédric Klapish a également fait découvrir la chanson inédite du film « Ce qui nous lie » composée par lui même et la chanteuse Camélia Jordana et interprétée par cette dernière ( vous pouvez l’entendre dans le lien ci dessus vers la 16e minute).

Voir également cette interview donnée par Cédric Klapisch sur ses débuts dans la photo à Camille Lorente pour Fisheye Magazine

https://www.facebook.com/plugins/video.php?href=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2F230124280495066%2Fvideos%2F345927185581441%2F&show_text=0&width=560

La photo qui illustre cet article provient d’ici

Le paillage comme alternative au travail du sol, essai en cours au Domaine de la Pousse d’Or en Bourgogne

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Un curieux manège avait lieu dans le Clos de la Bousse d’Or la semaine dernière, en contrebas de Volnay, le long de la route qui va de Meursault à Pommard, au pays des grands vins de Bourgogne. On y répandait de la paille, au pied des ceps de vigne, une pratique inhabituelle dans cette région plutôt traditionnelle. La paille était  même ramenée en bute de chaque coté des pieds, sur une quinzaine de centimètres, laissant apparaitre un creux au milieu des rangs de vignes.

Derrière ce projet insolite, il y a un homme, Hubert Rossignol et un domaine, le domaine de la Pousse d’Or, un domaine dans sa deuxième année de conversion en viticulture biologique et biodynamique. Rendez vous pris en ce matin glacial de janvier, un de ces jours où il fait trop froid pour tailler, Hubert m’explique sa démarche. Il a un objectif : ne plus travailler le sol. En d’autres termes, ne plus labourer. Labourer, c’est une pratique qui consiste à passer en tracteur ou à cheval avec des outils qui retournent la terre et donc suppriment les « mauvaises herbes » qui poussent et gênent en théorie la culture de la vigne.

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« Obtenir un sol autonome et sans mécanisation » voilà le but d’Hubert Rossignol. On est assez proche des concepts développés par la permaculture, un concept de l’agrologie en vogue depuis de nombreuses années qui consiste à retrouver un équilibre des sols par une pluralité de cultures complémentaires et à minimiser l’action humaine « culturale ». Des préceptes que Hubert a décidé de mettre en oeuvre dans une parcelle du domaine, un clos de de 2,13Ha le Clos de la Bousse d’Or.

Dans un premier temps, il a semé un enherbement dans cette parcelle. Un mélange de plantes légumineuses composé de trèfle nain blanc, de trèfle souterrain et de lotier. Semé après les vendanges 2015, ce petit tapis vert s’est enraciné à la faveur du printemps pluvieux de 2016. Ce type d’enherbement permet de capter l’azote et d’en enrichir le sol, de décompacter le sol grâce à sa multitude de petites racines traçantes, et d’enrichir le taux de matière organique présente dans le sol. Au préalable, une étude de sol sur cette jeune vigne de 7 ans avait été réalisée pour être sûre de son bon état.

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Le risque quand on sème d’autres plantes dans une vigne c’est d’avoir une trop grande concurrence en terme d’azote (que ces plantes aient d’importants besoins en azote dont a également besoin la vigne) ce qui n’est pas le cas avec ces légumineuses qui piègent l’azote et l’intègrent au sol. Autre risque potentiel : que ces plantes créent des foyers d’humidité trop important lorsque la vigne pousse et ne favorise la poussée de maladies cryptogamiques comme le mildiou ou l’oidium (des champignons, qui se développent très favorablement dans des milieux humides et sont très dommageables à la culture de la vigne). Hors ces légumineuses ne montent pas à plus de 15cm et ne nécessitent qu’un passage ou deux de tondeuse pour être maitrisées. Il s’agit donc d’une culture favorable à la vie du sol et facilement maitrisable.

Une fois ce couvert végétal fécond installé, Hubert Rossignol a décidé de pousser ses intuitions un peu plus avant. Tout simplement parce que ces concepts sont largement répandus dans d’autres cultures et qu’il les avait mis en pratique avec succès dans son propre potager, il a décidé de mettre en place un paillage de la vigne. Un paillage, c’est tout simplement couvrir le sol de paille, avec une épaisseur suffisante pour empêcher les « mauvaises herbes » de pousser. Sans mauvaises herbes, pas besoin de désherbant ni de labour… Cette paille provient en fait de miscanthus, une variété cultivée dans la Seurre sans engrais ni désherbant. L’idée est que ce monticule de paille au pied de chaque cep empêche la pousse de toute herbe concurrentielle à la vigne qui nécessite habituellement un travail mécanique.

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Dans cette même optique d’empêcher le développement de toute herbe concurrentielle à la vigne, outre ce paillage de miscanthus, un BRF ( Bois Raméal Fragmenté) a également été épandu aux pieds d’une autre partie de cette parcelle, afin d’établir une comparaison. Comme la paille, ce BRF doit se décomposer en 3 à 5 ans et favoriser la vie microbienne du sol pour permettre sa décomposition. L’objectif étant toujours de permettre au sol de subvenir à ses propres besoins sans intervention humaine. Les passages en tracteurs dans la vigne seraient alors réduits à leur strict minimum : rognage et traitements.

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Ce paillage nécessite cependant de préserver la bande enherbée de légumineuse dans le rang de vignes. Il faut donc veiller à ce que la paille ou le BRF ne recouvre pas le milieu du rang mais soit bien localisé le long des pieds pour permettre à cet enherbement d’apporter ses bienfaits à la vie du sol. A l’avenir il conviendra de noter les effets du paillage et du BRF, de les comparer avec les témoins (des pieds de vignes laissés sans couvert végétal au sein du clos) pour voir quels sont les effets de ces pratique sur la vigne : leur résistance aux maladies, leur précocité, leur vigeur etc… Autant de paramètres à étudier de manière précises et grandeur nature dans ce clos.

Le domaine est actuellement à la recherche d’un stagiaire pour s’occuper de ce travail de collecte, de comparaison et d’étude de ces essais en situation. Pour plus d’informations n’hésitez pas à contacter le domaine.

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Contacter le Domaine de la Pousse d’Or : 

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Plus d’infos sur leur site web

Contact : Domaine de la Pousse d’or -Rue de la Chapelle, 21190 Volnay – Cote D’Or – France
Tel. : +33(0)3 80 21 61 33

Email : patrick@lapoussedor.fr

 

 

 

Lire aussi : 

Le premier vin de Bordeaux issu de cépages résistant 

 

Vendanges 2016 : le gamay, caviar du Beaujolais pour Thibault Liger Belair

Regard gourmand et oeil qui pétille, Thibault Liger Belair inspecte les dernières caisses de gamay qui viennent d’être vendangées : « c’est du caviar non? ». Les grappes sont petites, compactes et dans un état sanitaire impeccable. Au domaine des Roches Roses comme dans beaucoup d’autres domaines du Beaujolais, la récolte sera maigre mais très qualitative. Rencontre sur ses terres vallonnées de Moulin à Vent avec Thibault Liger Belair, vigneron à Nuits Saint Georges et en Beaujolais 

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En ce dimanche ensoleillé, une petite équipe s’affaire à la réception de la vendange. Le procédé est le même à Moulin à Vent qu’à Nuits Saint Georges. Les raisins arrivent en caisses, pour ne pas écraser la récolte. Il y a peu de travail cette année à la table de tri, la qualité des raisins est impeccable. Un résultat qui n’était pas évident vu les conditions climatiques chaotiques du millésime : « le millésime 2016 n’est pas un millésime facile. C’est un millésime difficile à plusieurs niveaux.

Au niveau phytosanitaire, on a eu une campagne compliquée avec un printemps très humide qui a nécessité beaucoup de traitements. Ce contexte nous a demandé une veille constante et précise. » Le domaine des Roches Roses est entièrement en culture biologique, même si vous ne trouverez pas de logo sur les étiquettes. « On a un avantage à Moulin à Vent par rapport à la Bourgogne : les sols sont sableux donc plus drainants. L’humidité latente est moins importante. S’il tombe 20 mm de pluie, ici on peut passer en tracteur le lendemain, contrairement à Nuits Saint Georges. »

De la fraicheur et un très bel équilibre 

La pluie donc, mais surtout la grêle. Elle est tombée ici le 25 juin : « une heure de grêle avec des grêlons qui faisaient à peu près 3cm de diamètre et qui a tout ravagé et mot est faible : sur les 14 hectares que compte le domaine, il y en a 7 que l’on n’a même pas vendangé. Ce que l’on retient du millésime 2016, si on veut voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide, c’est un très beau millésime. » Si la quantité ne sera évidemment pas au rendez vous, c’est un millésime d’une grande qualité qui se profile néanmoins.

« Les raisins sont très mûrs, on est dans des potentiels alcooliques dans ce que l’on a récolté cette semaine autour de 13,5° et 14° ce qui est magnifique. Et surtout il y a un goût, il y a une odeur. On met les raisins en cuve, et ça sent le cassis, la framboise. On a déjà ces arômes là avant même la fermentation des raisins. Il y a donc de la fraicheur et un très bel équilibre des acides. »

« On a eu un stress hydrique assez important et aussi beaucoup de chaleur avec des effets un peu caniculaires, des effets d’échaudage sur les vignes. On a quand même cumulé pas mal de problèmes mais au final le peu de récolte que l’on a devrait être de grande qualité. On va faire en moyenne 20% de ce que l’on a l’habitude de produire sur le domaine qui produit déjà très peu puisque nous avons de très vieilles vignes (peu productives). On n’a pas rempli beaucoup de cuves mais ça devrait être joli. »

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Thibault Liger Belair n’est pas arrivé par hasard à Moulin à Vent. Ayant fait son BTS au lycée viticole de Belleville, il a un lien particulier avec ce cru du Beaujolais: Moulin à Vent a a été un peu une révélation pour moi. Je venais de finir mes études à Belleville, au lycée viticole où je faisais mon BTS . Je louais une maison dans les vignes à peu près à 5km d’ici et tous les matins j’ouvrais mes volets sur cette vue. Et j’ai un principe qui est que si la vue est belle, en général les vins qui sont produits doivent être aussi des jolis vins. » En 2001 il crée le domaine Thibault Liger Belair à Nuits Saint Georges mais ne tarde pas à revenir arpenter les vignes de Moulin à vent.

« J’ai acheté des vignes petit à petit. Je n’ai pas acheté un domaine en tant que tel, j’ai acheté des parcelles une par une. Le domaine a commencé en 2008 avec un premier millésime en 2009 sur une surface de 3,5 ha. Pour les 3,5 premiers hectares, j’ai signé huit actes de vente ! Il y avait vraiment un objectif qui était de choisir des parcelles bien spécifiques sur des endroits précis. Pendant deux ans, avant de m’installer, je venais régulièrement pour marcher dans les vignes de Moulin à Vent et essayer de comprendre les différences de sols.

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Des roches qui ressemblent à du lard

« Je ne comprenais pas la différence qu’il y avait entre la qualité des sols que je pouvais voir et la qualité des vins. Il y avait quelque chose d’un peu antinomique. Et j’ai eu l’occasion de goûter des très vieux Moulin à vent, souvent à l’aveugle. Je pensais boire des grands crus bourguignons type Échezeaux ou Musigny des années 1940′ – 1950′. Même de grands dégustateurs se trompaient fréquemment. Je me suis dit qu’il y avait vraiment quelque chose à faire dans cette appellation ! C’est pour cela qu’en 2008, j’ai commencé à chercher des vignes, spécifiquement sur Moulin à Vent. »

La qualité de ces sols vient principalement du sous sol. « Sur les 600 hectares de l’appellation Moulin à Vent, on a huit à dix sols différents. Il y a des granits roses, des granits blancs, des manganèses, des zones plus argilo-calcaires au sud de l’appellation. Le terroir de Moulin à Vent ce sont vraiment ces roches granitiques qui sont intéressantes et qui ressemblent un peu à du lard. Il y a des roches plus roses qui sont très ferreuses. Le terroir des crus du Beaujolais en fait c’est une avancée du Massif Central. Les volcans d’Auvergne ont avancé et ont fait une multitude de petites collines. On retrouve ces roches qui étaient métamorphiques donc sédimentées qui ont fusionné avec la chaleur volcanique. On a des roches de type ferreux, mais aussi des quartz, avec un veinage un peu rose. Mais il y a aussi des roches qui sont plus bleues, qui sont des roches composées d’aluminium et de manganèse. On retrouve ces types de roches vers Morgon. En résumé les roches de Moulin à Vent sont des roches roses, blanches et bleues. »

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« Moulin à Vent, je trouvais que c’était une appellation particulièrement intéressante en terme de positionnement parce qu’elle est  au nord. On est à une heure de Nuits Saint Georges donc c’est assez facile. Et on dit souvent des vins de Moulin à vent que ce sont des vins qui « pinotent »*. Ce sont les vins les plus denses, les plus riches, qui nécessitent un élevage et qui demandent à être gardés. Tout cela m’intéressait parce qu’il y avait un lien entre ces vins de Moulin à Vent et les vins que je peux produire à Nuits Saint George. C’est pour cela que j’ai voulu positionner le domaine à Moulin à Vent et aujourd’hui le domaine fait 14 hectares. » Mais l’histoire ne s’arrête pas là, Thibault Liger Belair a un autre projet qui lui tient à coeur et qu’il réalisera également dans le Beaujolais.

*on dit que parfois certains vins issus de cépages autres que le pinot noir (comme ici les Moulin à Vent réalisés à partir du cépage gamay) ont des caractéristiques communes avec ceux issus de pinot noir, ils « pinotent »

Pour plus d’infos rendez vous sur http://thibaultligerbelair.com/

Voir également cette vidéo réalisée en 2014 par Guillaume Bodin :