Cédric Klapisch expose les photos préparatoires de son film sur le vin tourné en Bourgogne

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Cédric Klapisch exposera du 2 février au 4 avril prochain à la Galerie Cinéma à Paris une série de photos intitulée « Nature humaine ». Cette exposition est consacrée à la région viticole de la Bourgogne où il a tourné son prochain film, « Ce qui nous lie » qui devrait sortir en salle en juin 2017.

Lors d’une interview sur France Inter dans l’émission culturelle Boomerang, le réalisateur de Péril Jeune et de L’Auberge Espagnole (entre autres) s’est confié au journaliste Augustin Trapenard. Pour réécouter l’émission c’est ici :

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« D’habitude les photos que je fais sont toujours des photos avec des gens. Là, le film que j’ai réalisé, « Ce qui nous lie » est un film sur le vin. Et dans cette exposition, plutôt que de parler du vin et des gens qui font le vin, j’ai préféré parler de la nature. L’exposition s’appelle « Nature humaine » mais l’idée c’est qu’il n’y ait justement pas de présence humaine. Il y a quelque chose d’humain qui est présent dans les vignes, parce qu’elles sont alignées, dessinées. Les paysages de Bourgogne sont des paysages dans lesquels on voit beaucoup l’activité humaine. L’idée c’est de montrer la nature modifiée par l’homme.

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J’ai commencé par la photographie, c’est une activité qui est importante pour moi, un peu comme un échauffement pour un sportif. C’est quelque chose qui vient au préalable et qui est indispensable pour faire du cinéma. Quand je fais des photos de repérages, c’est une façon de capter un lieu. (…) Prendre l’ambiance permet d’imaginer une scène. J’hésitais entre photographe et réalisateur mais pour moi le cinéma est plus complet. Ma dernière exposition était un regard croisé sur Paris et New York, là c’est un regard posé sur la campagne française, la nouvelle campagne française. En France aujourd’hui il n’y a plus de nature, il n’y a plus de forêt primaire. Tout est planté, tout a été fabriqué par l’homme. Que ce soient les forêts, les champs ou les vignes, il y a toujours ce mariage entre l’activité humaine et la nature.

Le vin, c’est le produit magique pour moi. C’est le seul produit qui vieillit bien, qui peut être meilleur vingt ans plus tard que quand il est fait, et puis il y a quelque chose de mythologique dans le vin car ça date de l’antiquité. Quand on va en Bourgogne, ça se sent, on ressent l’empreinte médiévale et ce travail que les moines ont fait il y a si longtemps. C’est un vieux produit qui est toujours plus moderne. C’est un produit qui est en constante évolution et qui s’améliore sans cesse.

Ce qui est beau dans la vigne, c’est qu’elle a besoin de la terre, des racines, et du ciel et du soleil. Le raisin, c’est vraiment un produit qui se situe entre la terre et le ciel. Ce qui fait la richesse quand on boit un vin, outre l’ivresse, c’est qu’il y a quelque chose d’assez magique. »

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Lors du tournage du film « Ce qui nous lie », Cédric Klapish avait également posté de nombreuses photos que vous pouvez toujours voir sur son compte Instagram @cedklap. Vous y trouverez des photos du tournage qui s’est déroulé principalement entre Chassagne Montrachet et Beaune, en passant par Puligny et Meursault notamment, mais aussi des très belles photos de paysages de la cote viticole au fil des saisons puisque ce film qui sortira en juin prochain retrace les retrouvailles d’une fraterie sur les terres bourguignonnes pendant un an. Pour tout savoir sur ce film qui sera interprété entre autres par Ana Girardot, Pio Marmai et François Civil, voir ici.

Au cours de cette interview, Cédric Klapish a également fait découvrir la chanson inédite du film « Ce qui nous lie » composée par lui même et la chanteuse Camélia Jordana et interprétée par cette dernière ( vous pouvez l’entendre dans le lien ci dessus vers la 16e minute).

Voir également cette interview donnée par Cédric Klapisch sur ses débuts dans la photo à Camille Lorente pour Fisheye Magazine

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La photo qui illustre cet article provient d’ici

Le paillage comme alternative au travail du sol, essai en cours au Domaine de la Pousse d’Or en Bourgogne

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Un curieux manège avait lieu dans le Clos de la Bousse d’Or la semaine dernière, en contrebas de Volnay, le long de la route qui va de Meursault à Pommard, au pays des grands vins de Bourgogne. On y répandait de la paille, au pied des ceps de vigne, une pratique inhabituelle dans cette région plutôt traditionnelle. La paille était  même ramenée en bute de chaque coté des pieds, sur une quinzaine de centimètres, laissant apparaitre un creux au milieu des rangs de vignes.

Derrière ce projet insolite, il y a un homme, Hubert Rossignol et un domaine, le domaine de la Pousse d’Or, un domaine dans sa deuxième année de conversion en viticulture biologique et biodynamique. Rendez vous pris en ce matin glacial de janvier, un de ces jours où il fait trop froid pour tailler, Hubert m’explique sa démarche. Il a un objectif : ne plus travailler le sol. En d’autres termes, ne plus labourer. Labourer, c’est une pratique qui consiste à passer en tracteur ou à cheval avec des outils qui retournent la terre et donc suppriment les « mauvaises herbes » qui poussent et gênent en théorie la culture de la vigne.

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« Obtenir un sol autonome et sans mécanisation » voilà le but d’Hubert Rossignol. On est assez proche des concepts développés par la permaculture, un concept de l’agrologie en vogue depuis de nombreuses années qui consiste à retrouver un équilibre des sols par une pluralité de cultures complémentaires et à minimiser l’action humaine « culturale ». Des préceptes que Hubert a décidé de mettre en oeuvre dans une parcelle du domaine, un clos de de 2,13Ha le Clos de la Bousse d’Or.

Dans un premier temps, il a semé un enherbement dans cette parcelle. Un mélange de plantes légumineuses composé de trèfle nain blanc, de trèfle souterrain et de lotier. Semé après les vendanges 2015, ce petit tapis vert s’est enraciné à la faveur du printemps pluvieux de 2016. Ce type d’enherbement permet de capter l’azote et d’en enrichir le sol, de décompacter le sol grâce à sa multitude de petites racines traçantes, et d’enrichir le taux de matière organique présente dans le sol. Au préalable, une étude de sol sur cette jeune vigne de 7 ans avait été réalisée pour être sûre de son bon état.

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Le risque quand on sème d’autres plantes dans une vigne c’est d’avoir une trop grande concurrence en terme d’azote (que ces plantes aient d’importants besoins en azote dont a également besoin la vigne) ce qui n’est pas le cas avec ces légumineuses qui piègent l’azote et l’intègrent au sol. Autre risque potentiel : que ces plantes créent des foyers d’humidité trop important lorsque la vigne pousse et ne favorise la poussée de maladies cryptogamiques comme le mildiou ou l’oidium (des champignons, qui se développent très favorablement dans des milieux humides et sont très dommageables à la culture de la vigne). Hors ces légumineuses ne montent pas à plus de 15cm et ne nécessitent qu’un passage ou deux de tondeuse pour être maitrisées. Il s’agit donc d’une culture favorable à la vie du sol et facilement maitrisable.

Une fois ce couvert végétal fécond installé, Hubert Rossignol a décidé de pousser ses intuitions un peu plus avant. Tout simplement parce que ces concepts sont largement répandus dans d’autres cultures et qu’il les avait mis en pratique avec succès dans son propre potager, il a décidé de mettre en place un paillage de la vigne. Un paillage, c’est tout simplement couvrir le sol de paille, avec une épaisseur suffisante pour empêcher les « mauvaises herbes » de pousser. Sans mauvaises herbes, pas besoin de désherbant ni de labour… Cette paille provient en fait de miscanthus, une variété cultivée dans la Seurre sans engrais ni désherbant. L’idée est que ce monticule de paille au pied de chaque cep empêche la pousse de toute herbe concurrentielle à la vigne qui nécessite habituellement un travail mécanique.

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Dans cette même optique d’empêcher le développement de toute herbe concurrentielle à la vigne, outre ce paillage de miscanthus, un BRF ( Bois Raméal Fragmenté) a également été épandu aux pieds d’une autre partie de cette parcelle, afin d’établir une comparaison. Comme la paille, ce BRF doit se décomposer en 3 à 5 ans et favoriser la vie microbienne du sol pour permettre sa décomposition. L’objectif étant toujours de permettre au sol de subvenir à ses propres besoins sans intervention humaine. Les passages en tracteurs dans la vigne seraient alors réduits à leur strict minimum : rognage et traitements.

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Ce paillage nécessite cependant de préserver la bande enherbée de légumineuse dans le rang de vignes. Il faut donc veiller à ce que la paille ou le BRF ne recouvre pas le milieu du rang mais soit bien localisé le long des pieds pour permettre à cet enherbement d’apporter ses bienfaits à la vie du sol. A l’avenir il conviendra de noter les effets du paillage et du BRF, de les comparer avec les témoins (des pieds de vignes laissés sans couvert végétal au sein du clos) pour voir quels sont les effets de ces pratique sur la vigne : leur résistance aux maladies, leur précocité, leur vigeur etc… Autant de paramètres à étudier de manière précises et grandeur nature dans ce clos.

Le domaine est actuellement à la recherche d’un stagiaire pour s’occuper de ce travail de collecte, de comparaison et d’étude de ces essais en situation. Pour plus d’informations n’hésitez pas à contacter le domaine.

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Contacter le Domaine de la Pousse d’Or : 

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Plus d’infos sur leur site web

Contact : Domaine de la Pousse d’or -Rue de la Chapelle, 21190 Volnay – Cote D’Or – France
Tel. : +33(0)3 80 21 61 33

Email : patrick@lapoussedor.fr

 

 

 

Lire aussi : 

Le premier vin de Bordeaux issu de cépages résistant 

 

Iino Mizuki et son Bistro un coup, l’esprit Lapierre à Tokyo

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Ambiance feutrée, cuisine de saison, vins natures et précis, Bistro un coup (oui Bistro, sans « t ») est un restaurant français orchestré par Iino Mizuki, passionné de vins français. Depuis 2011 cet ancien stagiaire de Marcel Lapierre régale quotidiennement une clientèle aisée et organise deux fois par an une journée cochon à la broche dans un esprit très beaujolais.

Poussez la porte de ce restaurant et vous trouverez un bar. Un long bar derrière lequel Iino Mizuki officie, tire bouchon à la main, sourire aux lèvres. Les tables sont disposées le long des larges fenêtres, l’ensemble est clair et épuré. Et à coté d’une porte en bois où l’on peut lire « cave », un mur recouvert de dédicaces, le livre d’or de l’endroit autour d’une caricature de Marcel Lapierre. Bistro un coup est un endroit décalé et raffiné. 

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Le maître des lieux est francophile et francophone, il fût stagiaire de Marcel Lapierre, vigneron célèbre et fameux bon vivant de Morgon dans le Beaujolais de 2003 à 2004. Au cours de ces deux années passées en France, il a visité plus de 140 domaines. De retour à Tokyo, il a travaillé dans un bar à vin avant de créer son propre restaurant : Bistro un coup. 

Lapierre, Pacalet, Clos Rougeard, Overnoy, Richaud,… La carte des vins exclusivement française n’est pas très longue mais choisie avec une exigence : privilégier les vins avec de faible taux de sulfites ajoutés. De son apprentissage en France, Iino Mizuki a gardé de nombreux contacts parmi les vignerons du Beaujolais et d’ailleurs. Il travaille avec les certains vignerons depuis une dizaine d’année. On trouve une vingtaine de vins au verre et beaucoup de très belles bouteilles. 

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Côté cuisine, on trouve une cuisine du marché, légère et fraiche et quelques classiques comme le poulet rôti. La clientèle est à 40% étrangère, puisque le restaurant est situé dans le quartier très aisé des ambassades. Ouvert midi et soir, le restaurant devient volontiers bar à vin dans la soirée. Deux fois par an Iino Mizuki organise une journée spéciale avec cochon à la broche et dorades en croute de sel. Encore un hommage à Marcel Lapierre, qui organisait de son vivant de véritables banquets chez lui pour le 14 juillet avec 300 copains autour de 4 cochons à la broche… 

 

Infos Pratiques :

Pour tout savoir sur Bistro un coup, consultez leur page Facebook ou leur site internet

 

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20 déjeuners autour du vin : rencontres viticoles et gustatives en Bourgogne

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Objet livresque non identifié, « 20 déjeuners autour du vin » n’est pas uniquement un livre de recettes, mais pas non plus une galerie de portraits. C’est une promenade gourmande. Un fil tendu entre la cuisine et la cave où Sébastien Chambru répond en cuisine aux confidences de vignerons bourguignons. Une balade appétissante et poétique grâce aux magnifiques photos de Matthieu Cellard.

Sébastien Chambru, à l’origine du projet, est un cuisinier. Un chef même, formé chez Paul Bocuse. Et meilleur ouvrier de France de surcroît. En 2013, il est revenu sur ses terres natales près de Fuissé et a ouvert son premier restaurant « L’Ô des vignes ». Le choix de ce nom déjà annonçait la couleur.

« Combien de fois, autour d’un diner, j’ai parcouru avec mes compagnons de gueule, les routes du Mâconnais, de la Côte chalonnaise, les chemins de Nuits, de Beaune, … (…) Tant de fois, qu’un jour, l’idée de faire grandeur nature ce tour de la Bourgogne, de partir de L’O des vignes et d’aller sonner à leurs portes s’est imposée comme une évidence : j’irai diner chez mes vignerons fétiches, ceux qui depuis des années me confient leurs vins comme on envoie ses enfants se confronter au monde. Ils serviraient les plats familiaux, ceux qu’ils aiment marier avec les vins de leurs domaines. Nous allions vivre de beaux moments… » Voilà comme Sébastien Chambru explique son idée.

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Ce livre est donc composé en vingt rencontres, chez vingt vignerons, depuis le Domaine Robert Denogent dans le Maconnais jusqu’au domaine Sylvain Pataille à Marsannay. L’idée originale de ce cuisinier : à l’issu de chaque rencontre, de chaque déjeuner, il a créé comme une « dédicace » une recette inédite réalisée avec les mêmes ingrédients que ceux du plat familial « comme un trait d’union entre la cuisine familiale et la cuisine des chefs, poignée de main entre le vigneron et le cuisinier ».

On peut piocher dans ce livre de rencontres des recettes du chef, mais aussi celles proposées par les vignerons. On peut découvrir le travail de ces vingt artisans vignerons dans des portraits sensibles et attachants, riches d’anecdotes qui donnent à voir le métier différemment.

Les vingt domaines à l’honneur sont : domaine Robert Denogent, domaine de la Sarazinière, domaine Nicolas Maillet, domaine Guillemot Michel, domaine Guillot Broux, domaine Stéphane Aladame, domaine François Lumpp, domaine de la Framboisière, domaine Paul et Marie Jacqueson, domaine de Villaine, domaine Arnaud Ente, château de Monthelie, maison Sarnin Berrux, maison Philippe Pacalet, domaine Emmanuel Giboulot, domaine Danièle Bonnardot, domaine de Bellène, domaine Cécile Tremblay, domaine Anne Gros, domaine Sylvain Pataille.

Une part très importante de cet ouvrage est faite à l’illustration et les photos de Matthieu Cellard achèvent de régaler cette lecture. Des mosaïques de détails. Des portraits jamais posés. On passe de la contemplation admirative d’un paysage ou d’un plat à une scène spontanée de dégustation ou de préparation culinaire. Il y a du travail et il y a de la vie qui passent. On touche au plus près les sensations. A la fin de chaque chapitre, on a l’impression d’avoir soi même rencontré le vigneron.

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Infos 

20 déjeuners autour du vin – Bamboo éditions – 40€ – parution le 2 novembre 2016

Disponible déjà à l‘Athenaeum à Beaune ici

Restaurant L’O des vignes, Rue du Bourg,71960 FUISSÉ – Tel. 03 85 38 33 40 – chambru@me.com

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Le premier vin de Bordeaux issu de cépages résistants

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Jonathan Ducourt n’est pas peu fier de présenter ses vignes plantées en cépages résistants. Des vignes qui n’ont presque plus besoin de traitements puisque les pieds ne sont pas sensibles au mildiou et à l’oïdium, les deux principales maladies qui touchent la vigne dans toutes les régions. Plantées il y a trois ans, cette vigne a produit cette année la première récolte qu’il pourra vinifier et donner ainsi le premier Bordeaux issu de cépages résistants.

On appelle cépages résistants des cépages caractérisés par leurs bonnes résistances à certaines maladies comme la pourriture grise, le mildiou, l’oïdium… Des maladies très courantes de la vigne et qui nécessitent des traitements chimiques ou bio fréquent lors de la croissance de la plante. L’objectif en cultivant ces cépages est donc de limiter l’utilisation de produits phytosanitaires. Ce ne sont pas des OGM, mais des cépages créés par une reproduction sexuée de la vigne (pour tout comprendre regardez ici).

Ces cépages sont beaucoup plus plantés à l’étranger, notamment en Allemagne et en Suisse qu’en France. Mais quelques vignerons curieux ont néanmoins tenté l’expérience parmi lesquels Jonathan Ducourt (domaine Ducourt) producteur dans l’Entre Deux Mer près de Bordeaux. C’est un autre vigneron engagé dans cet essai, Vincent Pugibet (domaine de la Colombette à Bézier) qui lui a donné envie d’essayer. C’est lui qui a planté les premiers cépages résistants en France et désormais il ne fait plus aucun traitement.

« J’ai entendu parlé du travail de Vincent Pugibet par un client que nous avions en commun et je suis allée le voir. Naturellement cela m’a donné envie d’essayer! » explique Jonathan Ducourt. Il se lance dans l’aventure il y a trois ans. « Nous avons acheté nos plants chez des pépiniéristes suisses et allemands. Nous avons choisi plusieurs portes greffes plutôt vigoureux. » Il a donc planté 1,7 hectare de Cabernet Jura, un cépage rouge qui donne des vins très colorés et assez souples et 1,3 hectares de Cal 6-04, un cépage blanc très aromatique, mélange de sauvignon blanc et de riesling.

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Cépages résistants Ducourt

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« Nous avons planté ces pieds dans les mêmes conditions que pour des cépages classiques, à 4 000 pieds/hectares. La première année nous avons réalisé un seul traitement et les deux années suivantes nous en avons réalisé seulement deux pour toute la campagne (au lieu de huit pour le reste du domaine). Du temps et de l’argent économisés qui nous ont permis de nous concentrer sur un travail plus qualitatif. Nous n’avons pas désherbé sous le rang mais passé les interceps. Ces cépages sont naturellement résistants au mildiou et à l’oïdium mais il faut néanmoins surveiller les autres maladies comme l’érinose, le black rot ou l’anthracnose. »

Ci dessous un rang planté en Cabernet Jura et un rang témoin planté en Cabernet Sauvignon (cépage traditionnel). On constate en effet que le Cabernet Jura a été épargné par le mildiou contrairement au Cabernet Sauvignon. On constate également que le cabernet jura est plus précoce.

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Compte tenu de la précocité de ces cépages, les vendanges ont déjà eu lieu pour le Cal 6-04 au domaine Ducourt. Ramassé mercredi dernier, ces jolis raisins blancs ont souffert tout autant que les cépages classique de la chaleur de cet été et ont donc donné un rendement assez faible : 18hL pour 1,3 hectare. Néanmoins les maturités étaient intéressantes (12,3 degré potentiel). Il ne reste plus à Jonathan Ducourt qu’à vinifier cette cuvée … Elle devrait être commercialisée début 2017. Côté rouge, les cabernet jura devraient être vendangés en fin de semaine.

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Pour aller plus loin : 

Vous pouvez également vous procurer l’ouvrage réalisé sous la direction de Jacques ROUSSEAU, responsable des services viticoles, et de Stéphanie CHANFREAU, chargée de mission, du Groupe ICV à cette adresse : http://e-services.icv.fr/fr/

Le site du groupement international PIWI, association internationale qui dispose d’une filiale française depuis mai 2016 (voir cet article de Vitisphère)

Cet article très complet sur le sujet de Miss Vicky Wine ainsi que cet article de Mon-Viti et celui du Figaro Vins sur le sujet.

Et découvrez aussi le Blanc Limé du Domaine Ducourt !

Entre les vignes, le livre qui donne la parole aux vignerons

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C’est dans l’écrin magique et symbolique des Hospices de Beaune que Guillaume Laroche, Frédéric Henry et Harry Annoni ont présenté leur livre « Entre les vignes » mercredi soir. Un livre qui consacre à 15 vignerons bourguignons (voir liste ci-après) un long portrait sous forme de conversation, de rencontre. Ce n’est pas un livre sur le vin, mais un livre sur les vignerons, leurs parcours individuels, leurs doutes personnels, et leur passion commune. 

« Quand je buvais un bon vin, j’avais toujours envie de savoir qui l’avait fait, comment, et avec quelles contraintes. Envie de savoir qui était l’homme ou la femme qui était derrière ce vin. C’est de cette envie, qu’a germé ce projet. Piqué par sa curiosité, Guillaume Laroche décide il y a deux ans de donner la parole aux vignerons, pour parler de leurs vins, mais pas seulement. Pour parler d’eux surtout. Écrire des longs portraits de vignerons. Prendre le temps de les laisser parler. Il se tourne alors vers Frédéric Henry, caviste Beaunois. Ensemble ils sont allés rencontrer ces vignerons bourguignons, tout au fil de l’année. 

« C’est un livre qui s’adresse à tout le monde même si je pense qu’il sera considéré comme un livre fait pour les gens qui s’intéressent vraiment au vin. Ce n’est pas du tout un guide, il n’y a pas de notes sur les vins, le but du jeu n’est pas de juger les vins. J’avais l’impression que ce type de format n’existait pas, c’est pour ça que j’ai eu envie de le faire. Je trouve que c’est assez complémentaire, plus il y a de livres de qualité sur le vin, et sur de bons vignerons, mieux c’est !

 

Journaliste sportif, Guillaume Laroche a appliqué la même technique que pour les grands entretiens qu’il réalise avec des sportifs, même s’il reconnait qu’il est plus facile d’interviewer un vigneron. « L’idée était de prendre son temps. Quand on fait une interview, en général, le temps est assez court, les questions préparées à l’avance. En général il en ressort beaucoup de banalités que l’on n’a pas le temps de creuser. C’est dommage. Les gens ont souvent besoin de temps pour être à l’aise, se dévoiler, libérer leur parole. Avec un grand entretien, la personne est bien plus à l’aise. Avec ces vignerons, on a pu aborder des sujets comme les relations familiales, la manière de travailler. On a le temps de creuser l’aspect humain au delà des questions techniques sur le vin et la viticulture. C’est vraiment une discussion et c’est aussi pour cela que l’on ressent une vraie sincérité dans les propos. »

Ce livre dresse donc quinze portraits de vignerons, tous bourguignons. « La Bourgogne c’est très intéressant parce que c’est la région viticole la plus prestigieuse au monde selon moi. Il y a des vraies problématiques économiques ici, c’est un marché capitaliste avec une pression économique forte. Les vins sont très chers, demandés partout dans le monde et les quantités produites sont très faibles. Et malgré ce contexte économique, il y a des gens qui travaillent comme des artisans, c’est très intéressant. Et en plus des contraintes économiques, ils se posent tous la question de l’environnement. » L’idée était de se concentrer sur une seule région pour qu’il y ait une unité de propos.  » Ces quinze vignerons se posent les mêmes questions, avec le même outil de travail qui est le terroir de Bourgogne et les mêmes contraintes climatiques, mais ils apportent tous des réponses différentes. C’est intéressant de confronter ces visions. Les chapitres s’enrichissent les uns les autres. »

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Bio, nature, raisonné… on trouve de tout parmi ces quinze vignerons. Aucune étiquette n’est mise en avant, seule la qualité du travail importe. Car il y a tout de même un engagement la démarche de Guillaume Laroche. »Il faut aussi dire que beaucoup de vins sont encore malheureusement de piètre qualité, qui ne sont pas travaillés comme il le faudrait à mon sens. Nous avons choisi de mettre en avant des gens qui travaillent vraiment très bien. J’aimerais que les gens qui vont lire ce livre prenne conscience de cela et aient envie d’acheter mieux et d’acheter les vins de ces vignerons par exemple. Parce que ce sont des vrais vins et on se fait plaisir en les dégustant! »

Une mission qui semble déjà en passe d’être réussie à la plus grande joie de l’auteur : « les gens qui ont lu le livre me disent qu’ils ont eu envie de goûter les vins. Donc je pense que cela fonctionne ! » Un livre à mettre entre toutes les mains de passionnés de vins, de Bourgogne ou d’artisanat et dont les entretiens fouillés sont illustrés par des photos de Harry Annoni qui captent la sincérité chez chacun des vignerons. 

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Guillaume Laroche, Frédéric Henry et Harry Annoni entourés de Oronce de Beler, Athénaïs de Béru, Jean-Yves Bizot, Pierre Boillot, Renaud Boyer, Dominique Derain, Pierre Fenals, Emmanuel Giboulot, Thierry Glantenay, Julien Guillot, Antoine Jobard, Marie-Christine et Marie-Andrée Mugneret, Claire Naudin, François de Nicolay et Cécile Tremblay
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ÉDITIONS REVERSE, préface de Cédric Klapisch

Prix : 29€

Distribution : internet (www.entrelesvignes.net), librairies spécialisées (Athenaeum à Beaune,…), cavistes.

Lire aussi cette note d’intention de Guillaume Laroche et suivre la page Facebook

Pour en savoir plus sur Athénaïs de Béru revoir cet article consacré au Chateau de Béru.

Pour en savoir plus sur Oronce de Béler, revoir cet article sur Fundovino

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Le vin comme « liquide politique » au Salon Rue89 des vins

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La quatrième édition du Salon Rue89 des vins s’est tenue à Paris début mai. Dédié aux vins « actuels et naturels » il jouit de l’intérêt croissant pour les vins natures. Un salon qui revendique également un certain militantisme pour une consommation responsable.

Antonin Iommi-Amunategui est le fondateur et l’organisateur de ce salon qui existe depuis 3 ans déjà. Auteur du blog No wine is innoncent hébergé par Rue89, il milite pour une approche politique de la consommation de vin : « Il y a une mouvance du vin naturel qui jusqu’ici n’a pas été reconnue, qui est en marge du vignoble plus traditionnel. Aujourd’hui, le vin naturel a les projecteurs braqués sur lui, il fait beaucoup parler et est très médiatisé, alors qu’en volume il ne représente peut être que 1% de la production mondiale.

Le vin nature, c’est tout un cercle vertueux. Il y a en premier lieu la vigne, cultivée en bio, puis la vinification où il y a très pas du tout d’additifs, puis la vente chez des cavistes indépendants (qui font leurs sélections eux mêmes) et finalement ce vin est bu par des francs-buveurs. Les consommateurs finaux ont conscience de tout ce travail en amont. Il y a une forme de liquide politique à travers le vin naturel qui intéresse à ce titre, un média comme Rue89. » 

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« Ces vignerons ont souvent des parcours très intéressants et leurs vins sont différents de ce que l’on a l’habitude de voir. Ce sont des vins à l’opposé du vin standardisé et formatés. » explique Antonin. C’est un salon dédié aux vins bio et naturels. donc les vins que je sélectionne sont des vins qui sont faits le plus naturellement possible, qui sont les plus vivants possibles. Il ne faut pas que ce soit des vins formatés surtout, il faut des vins différents. Comme je connais tous les exposants, je fais attention lors de la sélection des vins à ce que les vins ne se ressemblent pas. »

Parmi ces exposants, il y a Valentin Morel, vigneron dans le Jura, à Poligny précisément. Il a fait des études de droit et était auparavant fonctionnaire comme attaché de préfecture.  » Je fais partie de ces jeunes qui n’ont pas trouvé d’intérêt dans ces métiers soit-disant intellectuels. J’ai trouvé bien plus d’intérêt à retourner sur le domaine familial dans le Jura et reprendre les vignes que mon père avait travaillé depuis 30 ans pour faire des vins sans intrants. J’exploite avec mon père un domaine de 5ha. On a des terroirs typiquement jurassiens : des marnes argilo-calcaires et un coteaux sur éboulis calcaires. On cultive tous les cépages jurassiens (chardonnay, savagnin, poulsard, trousseau).

Je travaille de manière naturelle, j’ajoute éventuellement un peu de soufre à la mise en bouteille. Mon père avait arrêté tout désherbage chimique en 1999. Quand je suis arrivé en 2013, j’ai achevé de convertir le domaine en bio et biodynamie. J’essaye beaucoup les techniques culturales simplifiées : j’implante de la végétation dans les rangs de vignes pour corriger les propriétés du sol. On dit qu’on préfère le vert au fer : on préfère les plantes à la charrue. J’estime que les plantes et leur système racinaire peut davantage corriger les propriétés du sol qu’une intervention humaine. »

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C’est la première fois qu’il participe à ce salon. Sur la cinquantaine de domaine présent à chaque édition, Antonin sélectionne une vingtaine de nouveaux domaines qui changent à chaque salon. Valentin à saisit l’occasion : « D’une part j’ai accepté parce que j’ai besoin de me faire connaître parce que je suis jeune, mais aussi parce que je revendique une vision militante de mon métier de vigneron et j’ai le sentiment que dans ce salon il y a une vision un peu résistante et revendicative.

On revendique une vision du goût qui n’est pas formatée, qui est libérée. Parfois il y a des petits travers, il peut y avoir des vins un peu déviants. Mais je me retrouve dans cette résistance naturelle, dans ce combat agricole.  J’ai décliné ce combat là à l’échelle de mon exploitation : quand on défend cette vision là du vin, on vendange manuellement, on ne levure pas, on mets moins de sulfites et surtout on prend conscience que l’on fait un vin unique. Il n’est pas meilleur que les autres mais il est unique et singulier, et on défend cette singularité. »

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Organisé à la Bellevilloise, autour du vin nature très en vogue, le salon souffre d’une image de salon parisien pour bobos… « On a un public assez varié, autant au niveau des âges qu’au niveau de l’intérêt pour le vin : on a des gens qui ne connaissent pas du tout le vin naturel, ce n’est pas un public d’habitués. Il y a aussi des professionnels. L’idée, et c’est aussi la force d’un salon qui est adossé à un média généraliste, c’est que l’on peut toucher le grand public. On a Rue89 derrière nous, mais on a aussi L’Obs (propriétaire de Rue89 ndlr) et Télérama avec qui on organise la soirée de clôture, une projection du film Saint Amour commentée en direct par le réalisateur …… On a un panel de médias généralistes qui couvrent cet événement qui nous permet d’attirer autant de clients potentiels pour nos vignerons.

Autre nouveauté de cette quatrième édition, un espace dédié aux exposants « food ». Cela va des huitres au parmesan, en passant par des sardines… Et on peut toujours trouver des auteurs en dédicaces, des livres, et même un stand pour une application dédiée au vins natures qui s’appelle « Raisin »

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Au détour d’une allée, Patrick Böttcher, également blogueur (vins libres) et organisateur du salon Vini Birre Ribelli dont il arbore fièrement les couleurs sur son polo. « Comme Antonin, j’organise un salon à Bruxelles, et je pense qu’il faut être solidaires. Ces salons ce sont des moments de rencontres.

Notre philosophie, ce n’est pas le vin pour la bouteille, mais ce sont les humains qui sont derrière, c’est plus important. On veut faire comprendre aux gens que ce n’est pas comme en grande surface, c’est autre chose. Tout ces vins sont différents, les producteurs sont différents. » Également engagé dans le mouvement Slow Food, également présent au salon, il constate un changement dans les modes de consommation de nourriture et de vins comme un effet de génération : « les gens de 30 ans ont envie de changer leur manière de consommer, de se sentir responsables et veulent connaître les vignerons. »

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