Vendanges 2016 : le gamay, caviar du Beaujolais pour Thibault Liger Belair

Regard gourmand et oeil qui pétille, Thibault Liger Belair inspecte les dernières caisses de gamay qui viennent d’être vendangées : « c’est du caviar non? ». Les grappes sont petites, compactes et dans un état sanitaire impeccable. Au domaine des Roches Roses comme dans beaucoup d’autres domaines du Beaujolais, la récolte sera maigre mais très qualitative. Rencontre sur ses terres vallonnées de Moulin à Vent avec Thibault Liger Belair, vigneron à Nuits Saint Georges et en Beaujolais 

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En ce dimanche ensoleillé, une petite équipe s’affaire à la réception de la vendange. Le procédé est le même à Moulin à Vent qu’à Nuits Saint Georges. Les raisins arrivent en caisses, pour ne pas écraser la récolte. Il y a peu de travail cette année à la table de tri, la qualité des raisins est impeccable. Un résultat qui n’était pas évident vu les conditions climatiques chaotiques du millésime : « le millésime 2016 n’est pas un millésime facile. C’est un millésime difficile à plusieurs niveaux.

Au niveau phytosanitaire, on a eu une campagne compliquée avec un printemps très humide qui a nécessité beaucoup de traitements. Ce contexte nous a demandé une veille constante et précise. » Le domaine des Roches Roses est entièrement en culture biologique, même si vous ne trouverez pas de logo sur les étiquettes. « On a un avantage à Moulin à Vent par rapport à la Bourgogne : les sols sont sableux donc plus drainants. L’humidité latente est moins importante. S’il tombe 20 mm de pluie, ici on peut passer en tracteur le lendemain, contrairement à Nuits Saint Georges. »

De la fraicheur et un très bel équilibre 

La pluie donc, mais surtout la grêle. Elle est tombée ici le 25 juin : « une heure de grêle avec des grêlons qui faisaient à peu près 3cm de diamètre et qui a tout ravagé et mot est faible : sur les 14 hectares que compte le domaine, il y en a 7 que l’on n’a même pas vendangé. Ce que l’on retient du millésime 2016, si on veut voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide, c’est un très beau millésime. » Si la quantité ne sera évidemment pas au rendez vous, c’est un millésime d’une grande qualité qui se profile néanmoins.

« Les raisins sont très mûrs, on est dans des potentiels alcooliques dans ce que l’on a récolté cette semaine autour de 13,5° et 14° ce qui est magnifique. Et surtout il y a un goût, il y a une odeur. On met les raisins en cuve, et ça sent le cassis, la framboise. On a déjà ces arômes là avant même la fermentation des raisins. Il y a donc de la fraicheur et un très bel équilibre des acides. »

« On a eu un stress hydrique assez important et aussi beaucoup de chaleur avec des effets un peu caniculaires, des effets d’échaudage sur les vignes. On a quand même cumulé pas mal de problèmes mais au final le peu de récolte que l’on a devrait être de grande qualité. On va faire en moyenne 20% de ce que l’on a l’habitude de produire sur le domaine qui produit déjà très peu puisque nous avons de très vieilles vignes (peu productives). On n’a pas rempli beaucoup de cuves mais ça devrait être joli. »

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Thibault Liger Belair n’est pas arrivé par hasard à Moulin à Vent. Ayant fait son BTS au lycée viticole de Belleville, il a un lien particulier avec ce cru du Beaujolais: Moulin à Vent a a été un peu une révélation pour moi. Je venais de finir mes études à Belleville, au lycée viticole où je faisais mon BTS . Je louais une maison dans les vignes à peu près à 5km d’ici et tous les matins j’ouvrais mes volets sur cette vue. Et j’ai un principe qui est que si la vue est belle, en général les vins qui sont produits doivent être aussi des jolis vins. » En 2001 il crée le domaine Thibault Liger Belair à Nuits Saint Georges mais ne tarde pas à revenir arpenter les vignes de Moulin à vent.

« J’ai acheté des vignes petit à petit. Je n’ai pas acheté un domaine en tant que tel, j’ai acheté des parcelles une par une. Le domaine a commencé en 2008 avec un premier millésime en 2009 sur une surface de 3,5 ha. Pour les 3,5 premiers hectares, j’ai signé huit actes de vente ! Il y avait vraiment un objectif qui était de choisir des parcelles bien spécifiques sur des endroits précis. Pendant deux ans, avant de m’installer, je venais régulièrement pour marcher dans les vignes de Moulin à Vent et essayer de comprendre les différences de sols.

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Des roches qui ressemblent à du lard

« Je ne comprenais pas la différence qu’il y avait entre la qualité des sols que je pouvais voir et la qualité des vins. Il y avait quelque chose d’un peu antinomique. Et j’ai eu l’occasion de goûter des très vieux Moulin à vent, souvent à l’aveugle. Je pensais boire des grands crus bourguignons type Échezeaux ou Musigny des années 1940′ – 1950′. Même de grands dégustateurs se trompaient fréquemment. Je me suis dit qu’il y avait vraiment quelque chose à faire dans cette appellation ! C’est pour cela qu’en 2008, j’ai commencé à chercher des vignes, spécifiquement sur Moulin à Vent. »

La qualité de ces sols vient principalement du sous sol. « Sur les 600 hectares de l’appellation Moulin à Vent, on a huit à dix sols différents. Il y a des granits roses, des granits blancs, des manganèses, des zones plus argilo-calcaires au sud de l’appellation. Le terroir de Moulin à Vent ce sont vraiment ces roches granitiques qui sont intéressantes et qui ressemblent un peu à du lard. Il y a des roches plus roses qui sont très ferreuses. Le terroir des crus du Beaujolais en fait c’est une avancée du Massif Central. Les volcans d’Auvergne ont avancé et ont fait une multitude de petites collines. On retrouve ces roches qui étaient métamorphiques donc sédimentées qui ont fusionné avec la chaleur volcanique. On a des roches de type ferreux, mais aussi des quartz, avec un veinage un peu rose. Mais il y a aussi des roches qui sont plus bleues, qui sont des roches composées d’aluminium et de manganèse. On retrouve ces types de roches vers Morgon. En résumé les roches de Moulin à Vent sont des roches roses, blanches et bleues. »

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« Moulin à Vent, je trouvais que c’était une appellation particulièrement intéressante en terme de positionnement parce qu’elle est  au nord. On est à une heure de Nuits Saint Georges donc c’est assez facile. Et on dit souvent des vins de Moulin à vent que ce sont des vins qui « pinotent »*. Ce sont les vins les plus denses, les plus riches, qui nécessitent un élevage et qui demandent à être gardés. Tout cela m’intéressait parce qu’il y avait un lien entre ces vins de Moulin à Vent et les vins que je peux produire à Nuits Saint George. C’est pour cela que j’ai voulu positionner le domaine à Moulin à Vent et aujourd’hui le domaine fait 14 hectares. » Mais l’histoire ne s’arrête pas là, Thibault Liger Belair a un autre projet qui lui tient à coeur et qu’il réalisera également dans le Beaujolais.

*on dit que parfois certains vins issus de cépages autres que le pinot noir (comme ici les Moulin à Vent réalisés à partir du cépage gamay) ont des caractéristiques communes avec ceux issus de pinot noir, ils « pinotent »

Pour plus d’infos rendez vous sur http://thibaultligerbelair.com/

Voir également cette vidéo réalisée en 2014 par Guillaume Bodin :

Entre les vignes, le livre qui donne la parole aux vignerons

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C’est dans l’écrin magique et symbolique des Hospices de Beaune que Guillaume Laroche, Frédéric Henry et Harry Annoni ont présenté leur livre « Entre les vignes » mercredi soir. Un livre qui consacre à 15 vignerons bourguignons (voir liste ci-après) un long portrait sous forme de conversation, de rencontre. Ce n’est pas un livre sur le vin, mais un livre sur les vignerons, leurs parcours individuels, leurs doutes personnels, et leur passion commune. 

« Quand je buvais un bon vin, j’avais toujours envie de savoir qui l’avait fait, comment, et avec quelles contraintes. Envie de savoir qui était l’homme ou la femme qui était derrière ce vin. C’est de cette envie, qu’a germé ce projet. Piqué par sa curiosité, Guillaume Laroche décide il y a deux ans de donner la parole aux vignerons, pour parler de leurs vins, mais pas seulement. Pour parler d’eux surtout. Écrire des longs portraits de vignerons. Prendre le temps de les laisser parler. Il se tourne alors vers Frédéric Henry, caviste Beaunois. Ensemble ils sont allés rencontrer ces vignerons bourguignons, tout au fil de l’année. 

« C’est un livre qui s’adresse à tout le monde même si je pense qu’il sera considéré comme un livre fait pour les gens qui s’intéressent vraiment au vin. Ce n’est pas du tout un guide, il n’y a pas de notes sur les vins, le but du jeu n’est pas de juger les vins. J’avais l’impression que ce type de format n’existait pas, c’est pour ça que j’ai eu envie de le faire. Je trouve que c’est assez complémentaire, plus il y a de livres de qualité sur le vin, et sur de bons vignerons, mieux c’est !

 

Journaliste sportif, Guillaume Laroche a appliqué la même technique que pour les grands entretiens qu’il réalise avec des sportifs, même s’il reconnait qu’il est plus facile d’interviewer un vigneron. « L’idée était de prendre son temps. Quand on fait une interview, en général, le temps est assez court, les questions préparées à l’avance. En général il en ressort beaucoup de banalités que l’on n’a pas le temps de creuser. C’est dommage. Les gens ont souvent besoin de temps pour être à l’aise, se dévoiler, libérer leur parole. Avec un grand entretien, la personne est bien plus à l’aise. Avec ces vignerons, on a pu aborder des sujets comme les relations familiales, la manière de travailler. On a le temps de creuser l’aspect humain au delà des questions techniques sur le vin et la viticulture. C’est vraiment une discussion et c’est aussi pour cela que l’on ressent une vraie sincérité dans les propos. »

Ce livre dresse donc quinze portraits de vignerons, tous bourguignons. « La Bourgogne c’est très intéressant parce que c’est la région viticole la plus prestigieuse au monde selon moi. Il y a des vraies problématiques économiques ici, c’est un marché capitaliste avec une pression économique forte. Les vins sont très chers, demandés partout dans le monde et les quantités produites sont très faibles. Et malgré ce contexte économique, il y a des gens qui travaillent comme des artisans, c’est très intéressant. Et en plus des contraintes économiques, ils se posent tous la question de l’environnement. » L’idée était de se concentrer sur une seule région pour qu’il y ait une unité de propos.  » Ces quinze vignerons se posent les mêmes questions, avec le même outil de travail qui est le terroir de Bourgogne et les mêmes contraintes climatiques, mais ils apportent tous des réponses différentes. C’est intéressant de confronter ces visions. Les chapitres s’enrichissent les uns les autres. »

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Bio, nature, raisonné… on trouve de tout parmi ces quinze vignerons. Aucune étiquette n’est mise en avant, seule la qualité du travail importe. Car il y a tout de même un engagement la démarche de Guillaume Laroche. »Il faut aussi dire que beaucoup de vins sont encore malheureusement de piètre qualité, qui ne sont pas travaillés comme il le faudrait à mon sens. Nous avons choisi de mettre en avant des gens qui travaillent vraiment très bien. J’aimerais que les gens qui vont lire ce livre prenne conscience de cela et aient envie d’acheter mieux et d’acheter les vins de ces vignerons par exemple. Parce que ce sont des vrais vins et on se fait plaisir en les dégustant! »

Une mission qui semble déjà en passe d’être réussie à la plus grande joie de l’auteur : « les gens qui ont lu le livre me disent qu’ils ont eu envie de goûter les vins. Donc je pense que cela fonctionne ! » Un livre à mettre entre toutes les mains de passionnés de vins, de Bourgogne ou d’artisanat et dont les entretiens fouillés sont illustrés par des photos de Harry Annoni qui captent la sincérité chez chacun des vignerons. 

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Guillaume Laroche, Frédéric Henry et Harry Annoni entourés de Oronce de Beler, Athénaïs de Béru, Jean-Yves Bizot, Pierre Boillot, Renaud Boyer, Dominique Derain, Pierre Fenals, Emmanuel Giboulot, Thierry Glantenay, Julien Guillot, Antoine Jobard, Marie-Christine et Marie-Andrée Mugneret, Claire Naudin, François de Nicolay et Cécile Tremblay
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ÉDITIONS REVERSE, préface de Cédric Klapisch

Prix : 29€

Distribution : internet (www.entrelesvignes.net), librairies spécialisées (Athenaeum à Beaune,…), cavistes.

Lire aussi cette note d’intention de Guillaume Laroche et suivre la page Facebook

Pour en savoir plus sur Athénaïs de Béru revoir cet article consacré au Chateau de Béru.

Pour en savoir plus sur Oronce de Béler, revoir cet article sur Fundovino

Pour découvrir d’autres livres sur le vin, regardez ici

Le pineau d’Aunis, atout atypique des Coteaux du Vendômois

C’est l’histoire d’un vignoble confidentiel, qui produit un cépage qui l’est encore encore plus. Une toute jeune appellation (l’AOC Coteau du Vendomois a été obtenue en 2011 seulement) à moins de 200km de Paris, au cœur du val de Loire  (voir ici). Un vignoble porté par une poignée de vignerons qui ont tous à cœur de faire découvrir leur cépage emblématique : le pineau d’Aunis, raisin rouge qui produit des vins gris et rouges. 

Le pineau d’Aunis tient son nom du village d’Aunis près de Saumur. Il s’appellait également autrefois Chenin noir ou Pinot d’Aunis, bien qu’il n’ait aucun lien avec le pinot noir … « Dans la vigne, c’est un cépage qui est très producteur. C’est tout le travail de maîtrise du vigneron qui va faire la différence » explique Michael Andry, directeur technique de la cave coopérative du Vendômois. Vinifié en vin rouge, la structure tannique arrive très tôt. Donc il faut trouver des méthodes pour avoir de la couleur, car c’est un cépage qui n’a pas beaucoup d’anthocyanes, donc son jus est très peu coloré, mais qui a beaucoup de tannins. Il faut donc trouver le juste équilibre. C’est tout l’art du vigneron, de sélectionner et de rechercher la méthode la plus adaptée. »

Benoît Brazilier, président du syndicat des vignerons du Vendômois, le pineau d’Aunis est un cépage qui permet de faire d’excellents vins de terroir. « On reste des petits domaines où on laisse travailler la nature tout en la guidant avec des moyens assez simples. Ici il n’y a pas de grands domaines technologiques. On fait des vins assez « terroir ». On adapte la technique, pour avoir des vins de qualité, tout en gardant l’esprit du terroir. Par exemple moi je travaille surtout sur les maîtrises des températures pendant les vinifications. Mais le plus gros du travail se fait en amont, à la vigne. Il s’agit de trouver les parcelles adaptées aux cuvées que l’on veut faire et de les conduire de manière à avoir une bonne maturité. »

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Ce cépage typique et atypique peut être vinifié en vin rosé (dit « gris ») ou en vin rouge.  Patrice Colin, vigneron à Thoré-la-Rochette, lui trouve un arôme bien caractéristique de pâte d’amande. « Un pineau d’Aunis qui est mûr, comme un chenin qui est mûr, n’est pas acide. Si on l’analyse en laboratoire, oui, il y a entre 5 et 6 grammes d’acidité. Mais quand on le déguste, cela ne se sent pas du tout. Au contraire, quand il est très mûr, on sent une certaine sucrosité, avec des arômes de pâte d’amande. On n’est pas sur les arômes de pamplemousse ou de citron, mais bien de pâte d’amande malgré les 6 grammes d’acidité. C’est ce qui compte. »

Vinifié en rouge, ce cépage qui est parfois dit « rustique » est très puissant. « Quand les gens ne connaissent pas, ils trouvent tout de suite que le vin est très poivré, très épicé. Ce sont des vins qui au bout de 3 ans s’ouvrent pleinement et donc les tanins se fondent. On trouve ici quelque chose que l’on ne trouve pas ailleurs. Il y a une vraie typicité de ce cépage » explique Michael Andry.

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Coup de Cœur

Mon coup de cœur (si je devais ne conseiller qu’une seule bouteille à goûter pour se rendre compte de la singularité de ce cépage, ce qui bien sûr, est une hérésie…), serait cette cuvée Intuition de Patrice Colin.

Un peu d’Oenotourisme

La région du Vendômois regorge également de curiosités touristiques comme le village de Lavardin. Classé parmi les plus beaux villages de France, il est surplombé d’un château médiéval aujourd’hui occupé par un petit troupeau de chèvres. La vue sur les coteaux du Loir est à couper le souffle.

Vous pouvez également vous rendre la Maison du vin et des produits du terroir Vendômois à Thoré-la-Rochette qui propose à la vente les vins des différents producteurs de l’appellation. Un autorail authentique des années cinquante qui offre une ballade commentée de 2h45  à la découverte de la vallée du Loir y dépose ses passagers pour une dégustation de produits régionaux. Coteaux du Vendomois2- Copyright Marthe Henry : L'actu du vinCoteaux du Vendomois - Copyright Marthe Henry : L'actu du vinCarte vignoble LoireSuivez les vins de l’AOC Coteaux du Vendômois sur Facebook 

Merci à Michèle Piron Soulat pour cette belle découverte !

Lire aussi : 

Bertrand Minchin, le magicien des vins du Berry 

Alliance Loire présente ses « Secrets de Chais »

– Rencontre avec Pascal Jolivet, viticulteur à Sancerre et Pouilly Fumé

Bertrand Minchin, le magicien des vins du Berry

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Bertrand Minchin, comme ses vins, une fois que l’on connait, on ne peut plus s’en passer. Sa bonne humeur est contagieuse, ses vins remarquables. C’est à la Tour Saint Martin, non loin de Bourges que je suis allée lui rendre visite pour une dégustation où le temps semblait s’être arrêté…

Tuiles berrichonnes, cerisiers aux branches chargées de fruits, rosiers en fleurs : le lieu dit s’appelle « Saint Martin des lacs », ce n’est pas vraiment un nom prédestiné pour un domaine viticole. C’est une propriété familiale, perdue dans la campagne berrichonne où Bertrand est né (dans la Tour, en photo ci dessous) et vit toujours, ainsi que ses parents. Il n’y a pas une vigne à l’horizon, et pour cause, ici, c’est avant tout une exploitation agricole familiale céréalière. C’est Bertrand qui a créé le domaine viticole.

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« Je suis un passionné de vin, tout simplement. Je vendais du vin au salon de l’agriculture à Paris, j’ai monté une école de dégustation à l’Idréa où j’étais étudiant. J’étais déjà passionné de vin dans ma jeunesse et j’avais envie de monter ma propre affaire. Je voulais vivre de ma passion. Mon aventure du vin a vraiment commencé en 1987, et j’ai planté ma première vigne en 1988 et ensuite on a monté cette cave en 1994. » C’est ainsi qu’est né le domaine de La Tour Saint Martin en appellation Menetou Salon, constitué d’une dizaine d’hectares de sauvignon sur la commune de Morogues et 7 hectares de pinot noir entre Bourges et Sancerre.

« On est vraiment sur un très beau terroir. A Morogues, on fait des vins magnifiques. J’ai eu une prise de conscience en 1999, à cause d’un désherbant qui s’appelait le Katana : j’ai vu mes vignes jaunir. Je me suis dit qu’il fallait arrêter les conneries. Donc depuis 2000, on a arrêté le désherbant, on travaille les sols, on évite de mettre des matières de synthèse… Je ne m’interdis pas d’en utiliser ponctuellement, par exemple les années où il y a beaucoup de mildiou, parce que je ne suis pas un ayatollah.

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« On a deux niveaux de gamme à Menetou-Salon. Morogues et Pommeraie qui sont nos cuvées traditionnelles et Honorine et Célestin nos grandes cuvées. Mon style de vin, ce que je recherche avant tout, c’est la pureté. J’aime les vins cristallins. Cela passe par des vinifications très pures, sans levures aromatiques, sans bidouille et avec des doses de soufre très raisonnable. Mes vins sont des vins de gourmandise et de plaisir mais avec une capacité à vieillir très intéressante. »

« L’image des vins de Loire est celle de vins à boire dans les 2 ou 3 ans. Le mythe du sauvignon – pipi de chat à boire dans l’année c’est une catastrophe selon moi. Nos vins ont une capacité à vieillir 5 ou 15 ans magnifiques. Cette capacité de garde est trop peu connue, mais c’est aussi à cause du marché qui demande sans cesse des vins jeunes. »

Un coup de folie

« Le Clos Delorme, c’est notre coup de folie. En 2003-2004 on a racheté des vignes situées sur l’appellation Valençay et un peu de Touraine. On a 15 hectares là bas. C’est un terroir complètement magique pour faire des sauvignons très intéressants, à boire dans les 3 ou 4 ans. Ce sont des vins assez explosifs, sur le fruit. On est sur des sables et des argiles en sous sols et les sables donnent des vins qui s’expriment beaucoup plus vite, qui sont plus exubérants. »

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« Franc du Cot-Lié, c’est un assemblage en rouge de cot (60%) et cabernet franc (40%) et c’est vraiment mon petit chouchou. C’est un vin qui a une belle capacité de garde, qui a de la structure mais avec cette fraicheur ligérienne. Il est facile à boire, très agréable, mais avec de la puissance. »

Un grand merci à Bertrand pour toutes ces belles découvertes … La cuvée Honorine reste mon grand coup de cœur mais le Franc du Cot-Lié 2007 a magnifiquement accompagné la côte de boeuf et La Tour Saint Martin 2012 avec les fromages de chèves berrichons, c’est de la gourmandise pure et simple ! Vous pouvez aller rendre visite à Bertrand  directement à La Tour Saint Martin (le mieux est quand même de prendre rendez vous au préalable). Mais vous pouvez également le croiser sur  de nombreux salons notamment ceux des vignerons indépendants.

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A voir également, cette vidéo sur la vinification de sa cuvée Célestin …

Et en bonus, cette vidéo incontournable sur les poules noires du Berry qu’élève Bertrand !

Arnaud Ente, vigneron à Meursault, homme de l’année pour Bettane et Desseauve

Chaque année, le Guide Bettane et Desseauve distingue un « homme de l’année ». Pour succéder à Christine Vernay (Condrieu), les deux célèbres dégustateurs choisissent cette année Arnaud Ente, vigneron à  Meursault (Bourgogne).

Pour ce vigneron qui travaille ses quatre hectares de vignes avec son épouse et deux ouvriers viticoles, « c’est une vraie surprise, je ne pensais pas que le domaine pouvait être hissé à ce rang, à ce niveau  » s’étonne Arnaud Ente. « On ne fait pas partie du gotha, des grands domaines, donc c’est une réelle surprise. On fait un très gros travail en vignes, et  d’années en années, on a accumulé de l’expérience, des connaissances, qui ont nourri un travail, et qui nous a permis d’énormément progresser. C’est un travail qui reste très traditionnel, dans la pure tradition bourguignonne. »

« Un talent exceptionnel »

« Arnaud Ente a un tout petit vignoble à Meursault, nous avons vu ses progrès depuis quelques années. » explique Michel Bettane. « Il est arrivé à une maîtrise de la viticulture et de la vinification qui fait que je pense que ce sont les vins les plus aboutis en matière d’équilibre d’ensemble, de travail, de toute la Bourgogne, et peut être même du monde entier en matière de chardonnay. C’est un talent exceptionnel. »

Arnaud Ente, c’est le choix de Michel Bettane, comme le raconte Thierry Desseauve. L’enthousiasme de Michel Bettane pour ce vigneron ne laissait aucune place au doute :  » quand il a cet état d’excitation, je sais qu’il ne se trompe pas, et je sais qu’il faut y aller ! Evidemment ça doit être lui notre homme de l’année et c’est aussi notre travail, c’est aussi parfois de mettre en avant des vignerons que la grande majorité des amateurs ne connaissent pas. On est très fiers de l’avoir fait avec Arnaud Ente.   »

Arnaud Ente, 12 Rue de Mazeray, 21190 Meursault (dégustation sur rendez vous)

Rencontre avec Thibault Decoster, viticulteur à Saint Emilion

Thibault Decoster vit son « rêve » depuis qu’il s’est installé à Saint Emilion avec sa femme Magali en 2004. Depuis que Bernard Decoster, son pères, a racheté le Clos des Jacobins, grand cru classé de 8,5 hectares. Conseillé par Hubert de Boüard (Château Angélus), il est à la tête du Clos des Jacobins et du Château la Commanderie. 

« Je suis venu au monde du vin car c’était un rêve pour moi. J’ai fait des études de commerces jusqu’en 2001, et, diplôme en poche, j’ai essayé de réaliser mon rêve : devenir producteur de vin. Je suis donc venu à Bordeaux car je pensais que c’était le meilleur endroit pour apprendre ce qu’était la vie de viticulteur. »

« J’ai eu la chance de rencontrer les propriétaires du Château de Fieuzal à Léognan. Je lui ai expliqué que je voulais apprendre à faire du vin, pas dans une école, mais sur le terrain. J’ai commencé par faire les vendanges et je suis resté ouvrier agricole pendant 3 ans pour apprendre et toucher à toutes les tâches de ce très beau métier. »

« Après ces trois années d’apprentissage, je me suis mis à la recherche d’un vignoble à Saint Émilion. J’avais visité tous les vignobles de Gironde, mais j’ai eu un coup de foudre pour Saint Émilion, son village, ses coteaux, son histoire, ses habitants … Avec l’aide de mon père on a fait l’acquisition de Clos des Jacobins et du Château la Commanderie à Saint Emilion.  »

« Quand on exerce le métier de viticulteur, on découvre des choses nouvelles chaque année. Un nouveau millésime, un nouveau vin, c’est comme un nouvel enfant, c’est chaque fois différent. On apprend toujours. Je crois que l’attitude à avoir c’est d’avoir beaucoup d’humilité par rapport au métier que l’on exerce et par rapport au produit que l’on fait. Cette humilité fait que je pense que je serai peut être un vigneron à la fin de mes jours. »

Pour tout savoir sur Le Clos des Jacobins et le Château la Commanderie.

Rencontre entre la truffe et le vin autour d’un terroir, avec Gérard Bertrand

« Quand on a de la truffe sur son terroir, c’est de la providence, tout le monde aimerait en avoir dans son jardin! » Gérard Bertrand est donc un vigneron chéri par la providence. 

Sur le terroir de la Clape*, il possède 5 000 mètres carrés de chênes truffiers qui lui donnent entre 10 et 15 kg de truffe par an.  Une truffe noire et rare, la tuber melanosporum.

Gérard Bertrand, vigneron et Philippe Barrière, spécialiste de la truffe expliquent ce lien entre truffes et vignes

Le terroir de la Clape, permet le « développement parfait » de la truffe

Ce terroir essentiellement viticole est propice au développement du précieux champignon car il est composé de « calcaire fissuré ». « Cela crée une aération du sol qui permet au champignon de se développer. Il ne faut pas que le sol soit trop tassé, quand il y a trop d’argile, c’est compliqué pour la truffe de se développer, elle s’asphyxie. Ce type de sol lui permet un développement parfait » explique Gérard Bertrand.

« Le département de l’Aude, c’est 70% de sols argilo-calcaire. Un calcaire qui donne sa typicité au vin mais qui est également indispensable au développement des truffes » explique William Saury, trufficulteur. « On ne trouve pas de truffes sur un sol acide ».

Il explique que  » la cohabitation entre truffes et pieds de vignes, est fréquente car les résidus végétaux comme les sarments ou les vieux systèmes racinaires jouent un rôle dans le développement de la truffe. Elle se nourrit des tanins organiques issus de ces végétaux. » Ce qui explique que l’on trouve fréquemment des truffes aux pieds des vignes ou à proximité de parcelles viticoles.

La saison de la truffe, saison des plats du terroir et des « vins sérieux »

L’hiver c’est la saison où la vigne s’assoupit, où la truffe arrive à maturité et où l’ « on est bien autour d’une table avec des amis et un feu de cheminée, pour moi ça symbolise ça aussi la truffe » raconte Gérard Bertrand. Le temps de la convivialité autour de bons plats du terroir.

Le temps de la truffe, c’est aussi celui de « mettre en scène les meilleurs vin, et les vins se dégustent à merveille en hiver. L’été on déguste avec plaisir les rosés, les vins fruités, mais l’hiver c’est plutôt le moment des vins sérieux, et la truffe magnifie tout ça. »

 » Sur la truffe, il faut des vins qui aient minimum 10 à 15 ans, qui soient sur des arômes secondaires. Ce qui permet de développer le « bouquet ».

Conseil pratique : Pour venir passer un week- end chez Gérard Bertrand au Château l’Hospitalet et goûter les accords mets-vins autour de la truffe préparés par le chef Patrick Juhel (Meilleur Ouvrier de France) tous les renseignements sont disponibles sur le site internet de Gérard Bertrand.

Et pour tout savoir sur la truffe, consulter le site de Philippe Barrière

Lire également : La truffe, cette belle inconnue du terroir de la Clape, par L’Indépendant 

* La Clape