20 déjeuners autour du vin : rencontres viticoles et gustatives en Bourgogne

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sebastien chambru vin bourgogne

Objet livresque non identifié, « 20 déjeuners autour du vin » n’est pas uniquement un livre de recettes, mais pas non plus une galerie de portraits. C’est une promenade gourmande. Un fil tendu entre la cuisine et la cave où Sébastien Chambru répond en cuisine aux confidences de vignerons bourguignons. Une balade appétissante et poétique grâce aux magnifiques photos de Matthieu Cellard.

Sébastien Chambru, à l’origine du projet, est un cuisinier. Un chef même, formé chez Paul Bocuse. Et meilleur ouvrier de France de surcroît. En 2013, il est revenu sur ses terres natales près de Fuissé et a ouvert son premier restaurant « L’Ô des vignes ». Le choix de ce nom déjà annonçait la couleur.

« Combien de fois, autour d’un diner, j’ai parcouru avec mes compagnons de gueule, les routes du Mâconnais, de la Côte chalonnaise, les chemins de Nuits, de Beaune, … (…) Tant de fois, qu’un jour, l’idée de faire grandeur nature ce tour de la Bourgogne, de partir de L’O des vignes et d’aller sonner à leurs portes s’est imposée comme une évidence : j’irai diner chez mes vignerons fétiches, ceux qui depuis des années me confient leurs vins comme on envoie ses enfants se confronter au monde. Ils serviraient les plats familiaux, ceux qu’ils aiment marier avec les vins de leurs domaines. Nous allions vivre de beaux moments… » Voilà comme Sébastien Chambru explique son idée.

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Ce livre est donc composé en vingt rencontres, chez vingt vignerons, depuis le Domaine Robert Denogent dans le Maconnais jusqu’au domaine Sylvain Pataille à Marsannay. L’idée originale de ce cuisinier : à l’issu de chaque rencontre, de chaque déjeuner, il a créé comme une « dédicace » une recette inédite réalisée avec les mêmes ingrédients que ceux du plat familial « comme un trait d’union entre la cuisine familiale et la cuisine des chefs, poignée de main entre le vigneron et le cuisinier ».

On peut piocher dans ce livre de rencontres des recettes du chef, mais aussi celles proposées par les vignerons. On peut découvrir le travail de ces vingt artisans vignerons dans des portraits sensibles et attachants, riches d’anecdotes qui donnent à voir le métier différemment.

Les vingt domaines à l’honneur sont : domaine Robert Denogent, domaine de la Sarazinière, domaine Nicolas Maillet, domaine Guillemot Michel, domaine Guillot Broux, domaine Stéphane Aladame, domaine François Lumpp, domaine de la Framboisière, domaine Paul et Marie Jacqueson, domaine de Villaine, domaine Arnaud Ente, château de Monthelie, maison Sarnin Berrux, maison Philippe Pacalet, domaine Emmanuel Giboulot, domaine Danièle Bonnardot, domaine de Bellène, domaine Cécile Tremblay, domaine Anne Gros, domaine Sylvain Pataille.

Une part très importante de cet ouvrage est faite à l’illustration et les photos de Matthieu Cellard achèvent de régaler cette lecture. Des mosaïques de détails. Des portraits jamais posés. On passe de la contemplation admirative d’un paysage ou d’un plat à une scène spontanée de dégustation ou de préparation culinaire. Il y a du travail et il y a de la vie qui passent. On touche au plus près les sensations. A la fin de chaque chapitre, on a l’impression d’avoir soi même rencontré le vigneron.

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Infos 

20 déjeuners autour du vin – Bamboo éditions – 40€ – parution le 2 novembre 2016

Disponible déjà à l‘Athenaeum à Beaune ici

Restaurant L’O des vignes, Rue du Bourg,71960 FUISSÉ – Tel. 03 85 38 33 40 – chambru@me.com

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La grêle a ravagé les vignes dans le Mâconnais

« C’est du jamais vu », voilà le cri choral du coeur des vignerons du Mâconnais. Des grêlons gros comme des balles de ping pong, pendant trente minutes. Un millésime dévasté alors que les bourgeons venaient tout juste de sortir de leur coton.

Sur les pentes abruptes de Pouilly, 24h après l’orage, on compte les quelques pointes vertes rescapées le long des baguettes nues. Le coeur gros, les vignerons ont du mal à réaliser. « On s’attendait à un bel orage, à de la pluie, mais pas à ça. C’est arrivé de nulle part. » Antoine et Nicolas Robert (domaine Robert Denogent) essayent de garder le sourire, mais sont terriblement démunis face à leurs vignes ravagées. « Il y avait vraiment 10cm de grêlons sur la route. ce matin à 9h j’ai visité une vigne, il y avait encore des grêlons au sol. C’est incroyable. »

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Face à la roche de Solutré, une de leurs parcelles de Mâcon, les sols sont travaillés, les baguettes soigneusement attachées, mais les bourgeons sont quasiment tous tombés, et ceux qui restent accrochés commencent déjà à noircir, signe qu’ils ne vont pas résister longtemps. « La grêle a tout arraché, les bourgeons sont tous tombés, il y a très peu de contre bourgeons et c’est comme ça sur tous les pieds. Est ce que cela va repousser? Est ce qu’il y aura des raisins, on ne sait pas comment ça va évoluer, il faut attendre quelques jours. On ne sait surtout pas comment on va tailler l’année prochaine. On a une trentaine de parcelles pour un total de 7,5 hectares et c’est partout le même constat ».

« Depuis mes parents on a toujours été assurés contre la grêle. On espère être indemniser correctement. C’est vital pour au moins pouvoir payer les frais de production. Mais la perte de rentabilité reste énorme. Et puis nous on fait du vin avant tout, et c’est cela qui nous inquiète le plus, on ne sait pas du tout ce que l’on va pouvoir faire cette année. Les experts des assurances vont venir dans les jours qui viennent pour estimer la perte, même si elle est vraiment facile à voir là. C’est arrivé il y a un jour et personne n’en a parlé alors que cela a touché vraiment tout le Mâconnais. C’est une vraie catastrophe pour la plupart des vignerons. » En creux, ils s’inquiètent également de la hausse des prix de vente au négoce, des prix des fermages, des risques de contrefaçons …

« On peut partir en vacances, pas besoin d’ébourgeonner cette année », dans le village, on tente de garder le sourire mais le coeur n’y est pas vraiement. Les Brets Brother (domaine de la Soufrandière), leurs voisins, sont passé dans leurs vignes avec des tisanes et des décoctions cicatrisantes. Mais ils ne savent pas non plus ce que cela va donner. Ils ont fait des rangs témoins, avec et sans traitements, pour voir ce que cela va donner. Pendant que nous discutons, sur une parcelle voisine, une petite équipe d’ouvriers viticoles arrive et passe au bidon à dos une pulvérisation qu’Antoine et Nicolas pensent être du soufre. On sent bien que tous sont démunis face à l’ampleur des dégâts.

Même constat au domaine des Héritiers du Comte Lafon. Dominique Lafon est formel, il n’a jamais vu cela. A cette époque, une telle grêle, c’est inédit. Il espère malgré tout une reprise de la végétation, le développement des contre-bourre qui pourraient donner au mieux de la récolte ou tout au moins produire du bois sur lequel tailler l’année prochaine. Mais encore faut il que le climat soit favorable… Lui aussi attend le passage des experts.

Capture d’écran 2016-04-15 à 01.39.21Domaine Gonon

Du coté de la chambre d’agriculture, on tente de minimiser l’étendue des dégâts en invoquant un épisode grêleux très précoce et en disant qu’il est trop tôt pour se prononcer sur des effets sur le millésime 2016, « on a tendance à dramatiser, mais à ce stade, rien n’est joué pour le millésime » tente de rassurer Didier Sauvage. De leur coté les frères Robert eux n’arrivent pas vraiment à relativiser.

Selon Bourgogne Aujourd’hui, ce sont plus de 2000 hectares de vignes qui seraient touchés : « on peut même estimer que près de 2 500 hectares de vignes ont été plus ou moins touchés sur une distance nord-sud de 7-8 kilomètres entre Prissé au nord et Chânes au sud pour le Mâconnais, voire Juliénas encore plus au sud dans le vignoble du Beaujolais. ». De son coté Vitisphère évoque les villages beaujolais de Juliénas et Saint Amour également touchés. 

Les photos de grêle sont issues des comptes facebook des domaines Gonon  et Vincent Girard