Vendanges 2016 : le gamay, caviar du Beaujolais pour Thibault Liger Belair

Regard gourmand et oeil qui pétille, Thibault Liger Belair inspecte les dernières caisses de gamay qui viennent d’être vendangées : « c’est du caviar non? ». Les grappes sont petites, compactes et dans un état sanitaire impeccable. Au domaine des Roches Roses comme dans beaucoup d’autres domaines du Beaujolais, la récolte sera maigre mais très qualitative. Rencontre sur ses terres vallonnées de Moulin à Vent avec Thibault Liger Belair, vigneron à Nuits Saint Georges et en Beaujolais 

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En ce dimanche ensoleillé, une petite équipe s’affaire à la réception de la vendange. Le procédé est le même à Moulin à Vent qu’à Nuits Saint Georges. Les raisins arrivent en caisses, pour ne pas écraser la récolte. Il y a peu de travail cette année à la table de tri, la qualité des raisins est impeccable. Un résultat qui n’était pas évident vu les conditions climatiques chaotiques du millésime : « le millésime 2016 n’est pas un millésime facile. C’est un millésime difficile à plusieurs niveaux.

Au niveau phytosanitaire, on a eu une campagne compliquée avec un printemps très humide qui a nécessité beaucoup de traitements. Ce contexte nous a demandé une veille constante et précise. » Le domaine des Roches Roses est entièrement en culture biologique, même si vous ne trouverez pas de logo sur les étiquettes. « On a un avantage à Moulin à Vent par rapport à la Bourgogne : les sols sont sableux donc plus drainants. L’humidité latente est moins importante. S’il tombe 20 mm de pluie, ici on peut passer en tracteur le lendemain, contrairement à Nuits Saint Georges. »

De la fraicheur et un très bel équilibre 

La pluie donc, mais surtout la grêle. Elle est tombée ici le 25 juin : « une heure de grêle avec des grêlons qui faisaient à peu près 3cm de diamètre et qui a tout ravagé et mot est faible : sur les 14 hectares que compte le domaine, il y en a 7 que l’on n’a même pas vendangé. Ce que l’on retient du millésime 2016, si on veut voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide, c’est un très beau millésime. » Si la quantité ne sera évidemment pas au rendez vous, c’est un millésime d’une grande qualité qui se profile néanmoins.

« Les raisins sont très mûrs, on est dans des potentiels alcooliques dans ce que l’on a récolté cette semaine autour de 13,5° et 14° ce qui est magnifique. Et surtout il y a un goût, il y a une odeur. On met les raisins en cuve, et ça sent le cassis, la framboise. On a déjà ces arômes là avant même la fermentation des raisins. Il y a donc de la fraicheur et un très bel équilibre des acides. »

« On a eu un stress hydrique assez important et aussi beaucoup de chaleur avec des effets un peu caniculaires, des effets d’échaudage sur les vignes. On a quand même cumulé pas mal de problèmes mais au final le peu de récolte que l’on a devrait être de grande qualité. On va faire en moyenne 20% de ce que l’on a l’habitude de produire sur le domaine qui produit déjà très peu puisque nous avons de très vieilles vignes (peu productives). On n’a pas rempli beaucoup de cuves mais ça devrait être joli. »

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Thibault Liger Belair n’est pas arrivé par hasard à Moulin à Vent. Ayant fait son BTS au lycée viticole de Belleville, il a un lien particulier avec ce cru du Beaujolais: Moulin à Vent a a été un peu une révélation pour moi. Je venais de finir mes études à Belleville, au lycée viticole où je faisais mon BTS . Je louais une maison dans les vignes à peu près à 5km d’ici et tous les matins j’ouvrais mes volets sur cette vue. Et j’ai un principe qui est que si la vue est belle, en général les vins qui sont produits doivent être aussi des jolis vins. » En 2001 il crée le domaine Thibault Liger Belair à Nuits Saint Georges mais ne tarde pas à revenir arpenter les vignes de Moulin à vent.

« J’ai acheté des vignes petit à petit. Je n’ai pas acheté un domaine en tant que tel, j’ai acheté des parcelles une par une. Le domaine a commencé en 2008 avec un premier millésime en 2009 sur une surface de 3,5 ha. Pour les 3,5 premiers hectares, j’ai signé huit actes de vente ! Il y avait vraiment un objectif qui était de choisir des parcelles bien spécifiques sur des endroits précis. Pendant deux ans, avant de m’installer, je venais régulièrement pour marcher dans les vignes de Moulin à Vent et essayer de comprendre les différences de sols.

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Des roches qui ressemblent à du lard

« Je ne comprenais pas la différence qu’il y avait entre la qualité des sols que je pouvais voir et la qualité des vins. Il y avait quelque chose d’un peu antinomique. Et j’ai eu l’occasion de goûter des très vieux Moulin à vent, souvent à l’aveugle. Je pensais boire des grands crus bourguignons type Échezeaux ou Musigny des années 1940′ – 1950′. Même de grands dégustateurs se trompaient fréquemment. Je me suis dit qu’il y avait vraiment quelque chose à faire dans cette appellation ! C’est pour cela qu’en 2008, j’ai commencé à chercher des vignes, spécifiquement sur Moulin à Vent. »

La qualité de ces sols vient principalement du sous sol. « Sur les 600 hectares de l’appellation Moulin à Vent, on a huit à dix sols différents. Il y a des granits roses, des granits blancs, des manganèses, des zones plus argilo-calcaires au sud de l’appellation. Le terroir de Moulin à Vent ce sont vraiment ces roches granitiques qui sont intéressantes et qui ressemblent un peu à du lard. Il y a des roches plus roses qui sont très ferreuses. Le terroir des crus du Beaujolais en fait c’est une avancée du Massif Central. Les volcans d’Auvergne ont avancé et ont fait une multitude de petites collines. On retrouve ces roches qui étaient métamorphiques donc sédimentées qui ont fusionné avec la chaleur volcanique. On a des roches de type ferreux, mais aussi des quartz, avec un veinage un peu rose. Mais il y a aussi des roches qui sont plus bleues, qui sont des roches composées d’aluminium et de manganèse. On retrouve ces types de roches vers Morgon. En résumé les roches de Moulin à Vent sont des roches roses, blanches et bleues. »

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« Moulin à Vent, je trouvais que c’était une appellation particulièrement intéressante en terme de positionnement parce qu’elle est  au nord. On est à une heure de Nuits Saint Georges donc c’est assez facile. Et on dit souvent des vins de Moulin à vent que ce sont des vins qui « pinotent »*. Ce sont les vins les plus denses, les plus riches, qui nécessitent un élevage et qui demandent à être gardés. Tout cela m’intéressait parce qu’il y avait un lien entre ces vins de Moulin à Vent et les vins que je peux produire à Nuits Saint George. C’est pour cela que j’ai voulu positionner le domaine à Moulin à Vent et aujourd’hui le domaine fait 14 hectares. » Mais l’histoire ne s’arrête pas là, Thibault Liger Belair a un autre projet qui lui tient à coeur et qu’il réalisera également dans le Beaujolais.

*on dit que parfois certains vins issus de cépages autres que le pinot noir (comme ici les Moulin à Vent réalisés à partir du cépage gamay) ont des caractéristiques communes avec ceux issus de pinot noir, ils « pinotent »

Pour plus d’infos rendez vous sur http://thibaultligerbelair.com/

Voir également cette vidéo réalisée en 2014 par Guillaume Bodin :

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Vendanges 2014 : un millésime prometteur en Bourgogne

Grêle, été maussade, pourriture acide … on attendait la récolte 2014 avec une certaine inquiétude en Bourgogne. Maintenant que les vendanges sont finies, premier bilan de Puligny-Montrachet à Nuits Saint Georges de ce millésime qui s’annonce finalement très prometteur. 

Petit pincement au coeur ce samedi après midi pour Nicolas Faure, c’est la première fois qu’il vendange la vigne qu’il vient d’acquérir, lui le jeune néo vigneron, bourguignon d’adoption. Une première fois qui a failli être ternie par un phénomène nouveau en Bourgogne et particulièrement préoccupant en Côte de Nuit : une pourriture acide qui donne au raisin un goût de vinaigre. Elle est transmise par un insecte.

« Le fameux drosophile Suzuki… tous les vignerons avaient ce mot là sur les lèvres en septembre! C’est un moucheron qui vient piquer, altérer la baie de raisin et qui favorise le développement de la pourriture acide » explique le jeune vigneron. Cette pourriture, contrairement au botrytis par exemple ne présente que des inconvénients pour la qualité du futur vin. « J’en ai eu un peu, mais je suis passé dans mes vignes de Nuits Saint Georges deux semaine avant vendanges, j’ai enlevé toutes les grappes touchées pour que ça n’impacte pas la vendange. Il restait encore quelques foyers mais les vendangeurs les ont très bien triés donc je suis assez satisfait du résultat . On verra ce que cela va donner en cuve mais pour le moment je suis agréablement surpris ».

Vendanges Bourgogne 2014 - Copyright Marthe Henry / L'actu du vinVendanges Bourgogne 2014 - Copyright Marthe Henry / L'actu du vin

Une stratégie préventive payante également au domaine de Chassorney à Saint Romain : « nous trions tous les raisins sur pied. On part du principe que toute grappe pourrie contamine directement tous les raisins qui sont dans la caisse, donc le tri se fait directement à la vigne. On encuve ensuite directement en vendange entière dans nos cuves bois tronconiques.

On est très satisfaits, les analyses sortent et il y a de très beau degrés alcoliques naturels, de très bons pH, de belles acidités totales. On rentre de la belle vendange, ça fermente bien sans dépasser 22-23 degrés. Il n’y a pas besoin d’avoir beaucoup d’action physique sur les raisin, les couleurs sortent très bien. C’est un millésime qui est facile à vinifier et c’est ce qui fait les grands millésimes. On a le profil d’un beau millésime qui ressemble un peu à 2010 je trouve. Après des millésime comme 2012 et 2013, cela fait du bien … »

Vendanges Bourgogne 2014 - Copyright Marthe Henry / L'actu du vinVendanges Bourgogne 2014 - Copyright Marthe Henry / L'actu du vin

Malgré la grêle du 28 juin qui a ravagé le domaine en grande partie (quasiment 50%), on est très content du résultat au domaine Rougeot à Meursault. « On a eu de grosses surprises à la vendange ! Les raisins étaient magnifiques. Même les raisins grêlés sont tombés et ne nous ont pas gêné durant la récolte. Elle est arrivée en très bon état sanitaire à la cuverie. Pour l’instant on a un très bon a priori pour ce millésime …

Les moûts (jus de raisin en fermentation) sont très équilibrés, avec de belles acidités tartriques quelle que soit la couleur des raisin, et qu’ils aient été impacté pat la grêle ou non, ce qui est surprenant. Les parcelles atteintes par la grêle ont des taux de sucre un peu plus bas. Hormis une petite chaptalisation sur ce qui a été grêlé, où il manque aux alentours de 0,5 degré, on ne va toucher absolument à rien que ce soit pour les acidités ou les sucres »

Vendanges Bourgogne 2014 - Copyright Marthe Henry / L'actu du vinVendanges Bourgogne 2014 - Copyright Marthe Henry / L'actu du vin

Cette qualité de récolte était plutôt inespérée après une campagne 2014 en dents de scie. « En juillet et aout, on a vraiment eu une mauvaise météo. » explique Jean Michel Chartron du domaine Chartron à Puligny Montrachet. « Mais on est vraiment bénis des dieux parce que du 15 aout au 11 septembre, date à laquelle on a commencé à vendanger, on a eu un temps radieux, avec un vent du nord qui a permis de sécher les raisins, ce qui a empêché le développement d’une certaine forme de pourriture et a concentré le jus des raisins. On arrive maintenant à des moûts parfaitement équilibrés, avec pas mal de sucres donc de très jolis alcools potentiels, pas mal d’acidités…

Analytiquement, on a tout ce qu’il faut pour réussir un grand millésime. Le seul problème c’est que ce vent du nord, en séchant et en concentrant les raisins a fait baissé leur volume de jus. On a donc des rendements moins importants que ceux auxquels on s’attendait. Il y avait une belle sortie de raisin, avec pas mal de grappe, mais peu de jus. D’habitude pour faire un fût (tonneau bourguignon de 228 litre de contenance), on estime qu’il faut 310 à 320 kg de raisins. Cette année il fallait compter aux alentours de 350kg, cela fait quand même une différence de 10% ».

Vendanges Bourgogne 2014 - Copyright Marthe Henry / L'actu du vinVendanges Bourgogne 2014 - Copyright Marthe Henry / L'actu du vin

2014 s’annonce donc comme une bonne surprise autant pour les blancs que pour les rouges. Avec pour seul bémol des rendements assez faibles, surtout pour les blancs, grevé bien évidemment par la grêle du 28 juin dans les appellations de Beaune, Pommard, Volnay et Meursault notamment. « C’est très bon, mais il n’y a pas beaucoup de jus », voilà ce qui se disait autour des pressoirs… Pas beaucoup de jus, mais toujours plus qu’en 2012 et 2013, à en croire par la pénurie de fûts d’un ou deux vins constatées chez certains vignerons au moment d’entonner leurs vins !

Pour en savoir plus :

– Domaine Nicolas Faure, 6 r Gabriel Bachot 21700 Meuilley

Domaine de Chassorney, Fréderic Cossard, 21190 Saint Romain 

Domaine Rougeot, 6 Rue André Ropiteau, 21190 Meursault

Domaine Jean Chartron, Grande rue, 21190 Puligny Montrachet 

 

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20 clichés sur les vendanges