Cédric Klapisch expose les photos préparatoires de son film sur le vin tourné en Bourgogne

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Cédric Klapisch exposera du 2 février au 4 avril prochain à la Galerie Cinéma à Paris une série de photos intitulée « Nature humaine ». Cette exposition est consacrée à la région viticole de la Bourgogne où il a tourné son prochain film, « Ce qui nous lie » qui devrait sortir en salle en juin 2017.

Lors d’une interview sur France Inter dans l’émission culturelle Boomerang, le réalisateur de Péril Jeune et de L’Auberge Espagnole (entre autres) s’est confié au journaliste Augustin Trapenard. Pour réécouter l’émission c’est ici :

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« D’habitude les photos que je fais sont toujours des photos avec des gens. Là, le film que j’ai réalisé, « Ce qui nous lie » est un film sur le vin. Et dans cette exposition, plutôt que de parler du vin et des gens qui font le vin, j’ai préféré parler de la nature. L’exposition s’appelle « Nature humaine » mais l’idée c’est qu’il n’y ait justement pas de présence humaine. Il y a quelque chose d’humain qui est présent dans les vignes, parce qu’elles sont alignées, dessinées. Les paysages de Bourgogne sont des paysages dans lesquels on voit beaucoup l’activité humaine. L’idée c’est de montrer la nature modifiée par l’homme.

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J’ai commencé par la photographie, c’est une activité qui est importante pour moi, un peu comme un échauffement pour un sportif. C’est quelque chose qui vient au préalable et qui est indispensable pour faire du cinéma. Quand je fais des photos de repérages, c’est une façon de capter un lieu. (…) Prendre l’ambiance permet d’imaginer une scène. J’hésitais entre photographe et réalisateur mais pour moi le cinéma est plus complet. Ma dernière exposition était un regard croisé sur Paris et New York, là c’est un regard posé sur la campagne française, la nouvelle campagne française. En France aujourd’hui il n’y a plus de nature, il n’y a plus de forêt primaire. Tout est planté, tout a été fabriqué par l’homme. Que ce soient les forêts, les champs ou les vignes, il y a toujours ce mariage entre l’activité humaine et la nature.

Le vin, c’est le produit magique pour moi. C’est le seul produit qui vieillit bien, qui peut être meilleur vingt ans plus tard que quand il est fait, et puis il y a quelque chose de mythologique dans le vin car ça date de l’antiquité. Quand on va en Bourgogne, ça se sent, on ressent l’empreinte médiévale et ce travail que les moines ont fait il y a si longtemps. C’est un vieux produit qui est toujours plus moderne. C’est un produit qui est en constante évolution et qui s’améliore sans cesse.

Ce qui est beau dans la vigne, c’est qu’elle a besoin de la terre, des racines, et du ciel et du soleil. Le raisin, c’est vraiment un produit qui se situe entre la terre et le ciel. Ce qui fait la richesse quand on boit un vin, outre l’ivresse, c’est qu’il y a quelque chose d’assez magique. »

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Lors du tournage du film « Ce qui nous lie », Cédric Klapish avait également posté de nombreuses photos que vous pouvez toujours voir sur son compte Instagram @cedklap. Vous y trouverez des photos du tournage qui s’est déroulé principalement entre Chassagne Montrachet et Beaune, en passant par Puligny et Meursault notamment, mais aussi des très belles photos de paysages de la cote viticole au fil des saisons puisque ce film qui sortira en juin prochain retrace les retrouvailles d’une fraterie sur les terres bourguignonnes pendant un an. Pour tout savoir sur ce film qui sera interprété entre autres par Ana Girardot, Pio Marmai et François Civil, voir ici.

Au cours de cette interview, Cédric Klapish a également fait découvrir la chanson inédite du film « Ce qui nous lie » composée par lui même et la chanteuse Camélia Jordana et interprétée par cette dernière ( vous pouvez l’entendre dans le lien ci dessus vers la 16e minute).

Voir également cette interview donnée par Cédric Klapisch sur ses débuts dans la photo à Camille Lorente pour Fisheye Magazine

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La photo qui illustre cet article provient d’ici

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Le paillage comme alternative au travail du sol, essai en cours au Domaine de la Pousse d’Or en Bourgogne

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Un curieux manège avait lieu dans le Clos de la Bousse d’Or la semaine dernière, en contrebas de Volnay, le long de la route qui va de Meursault à Pommard, au pays des grands vins de Bourgogne. On y répandait de la paille, au pied des ceps de vigne, une pratique inhabituelle dans cette région plutôt traditionnelle. La paille était  même ramenée en bute de chaque coté des pieds, sur une quinzaine de centimètres, laissant apparaitre un creux au milieu des rangs de vignes.

Derrière ce projet insolite, il y a un homme, Hubert Rossignol et un domaine, le domaine de la Pousse d’Or, un domaine dans sa deuxième année de conversion en viticulture biologique et biodynamique. Rendez vous pris en ce matin glacial de janvier, un de ces jours où il fait trop froid pour tailler, Hubert m’explique sa démarche. Il a un objectif : ne plus travailler le sol. En d’autres termes, ne plus labourer. Labourer, c’est une pratique qui consiste à passer en tracteur ou à cheval avec des outils qui retournent la terre et donc suppriment les « mauvaises herbes » qui poussent et gênent en théorie la culture de la vigne.

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« Obtenir un sol autonome et sans mécanisation » voilà le but d’Hubert Rossignol. On est assez proche des concepts développés par la permaculture, un concept de l’agrologie en vogue depuis de nombreuses années qui consiste à retrouver un équilibre des sols par une pluralité de cultures complémentaires et à minimiser l’action humaine « culturale ». Des préceptes que Hubert a décidé de mettre en oeuvre dans une parcelle du domaine, un clos de de 2,13Ha le Clos de la Bousse d’Or.

Dans un premier temps, il a semé un enherbement dans cette parcelle. Un mélange de plantes légumineuses composé de trèfle nain blanc, de trèfle souterrain et de lotier. Semé après les vendanges 2015, ce petit tapis vert s’est enraciné à la faveur du printemps pluvieux de 2016. Ce type d’enherbement permet de capter l’azote et d’en enrichir le sol, de décompacter le sol grâce à sa multitude de petites racines traçantes, et d’enrichir le taux de matière organique présente dans le sol. Au préalable, une étude de sol sur cette jeune vigne de 7 ans avait été réalisée pour être sûre de son bon état.

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Le risque quand on sème d’autres plantes dans une vigne c’est d’avoir une trop grande concurrence en terme d’azote (que ces plantes aient d’importants besoins en azote dont a également besoin la vigne) ce qui n’est pas le cas avec ces légumineuses qui piègent l’azote et l’intègrent au sol. Autre risque potentiel : que ces plantes créent des foyers d’humidité trop important lorsque la vigne pousse et ne favorise la poussée de maladies cryptogamiques comme le mildiou ou l’oidium (des champignons, qui se développent très favorablement dans des milieux humides et sont très dommageables à la culture de la vigne). Hors ces légumineuses ne montent pas à plus de 15cm et ne nécessitent qu’un passage ou deux de tondeuse pour être maitrisées. Il s’agit donc d’une culture favorable à la vie du sol et facilement maitrisable.

Une fois ce couvert végétal fécond installé, Hubert Rossignol a décidé de pousser ses intuitions un peu plus avant. Tout simplement parce que ces concepts sont largement répandus dans d’autres cultures et qu’il les avait mis en pratique avec succès dans son propre potager, il a décidé de mettre en place un paillage de la vigne. Un paillage, c’est tout simplement couvrir le sol de paille, avec une épaisseur suffisante pour empêcher les « mauvaises herbes » de pousser. Sans mauvaises herbes, pas besoin de désherbant ni de labour… Cette paille provient en fait de miscanthus, une variété cultivée dans la Seurre sans engrais ni désherbant. L’idée est que ce monticule de paille au pied de chaque cep empêche la pousse de toute herbe concurrentielle à la vigne qui nécessite habituellement un travail mécanique.

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Dans cette même optique d’empêcher le développement de toute herbe concurrentielle à la vigne, outre ce paillage de miscanthus, un BRF ( Bois Raméal Fragmenté) a également été épandu aux pieds d’une autre partie de cette parcelle, afin d’établir une comparaison. Comme la paille, ce BRF doit se décomposer en 3 à 5 ans et favoriser la vie microbienne du sol pour permettre sa décomposition. L’objectif étant toujours de permettre au sol de subvenir à ses propres besoins sans intervention humaine. Les passages en tracteurs dans la vigne seraient alors réduits à leur strict minimum : rognage et traitements.

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Ce paillage nécessite cependant de préserver la bande enherbée de légumineuse dans le rang de vignes. Il faut donc veiller à ce que la paille ou le BRF ne recouvre pas le milieu du rang mais soit bien localisé le long des pieds pour permettre à cet enherbement d’apporter ses bienfaits à la vie du sol. A l’avenir il conviendra de noter les effets du paillage et du BRF, de les comparer avec les témoins (des pieds de vignes laissés sans couvert végétal au sein du clos) pour voir quels sont les effets de ces pratique sur la vigne : leur résistance aux maladies, leur précocité, leur vigeur etc… Autant de paramètres à étudier de manière précises et grandeur nature dans ce clos.

Le domaine est actuellement à la recherche d’un stagiaire pour s’occuper de ce travail de collecte, de comparaison et d’étude de ces essais en situation. Pour plus d’informations n’hésitez pas à contacter le domaine.

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Contacter le Domaine de la Pousse d’Or : 

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Plus d’infos sur leur site web

Contact : Domaine de la Pousse d’or -Rue de la Chapelle, 21190 Volnay – Cote D’Or – France
Tel. : +33(0)3 80 21 61 33

Email : patrick@lapoussedor.fr

 

 

 

Lire aussi : 

Le premier vin de Bordeaux issu de cépages résistant 

 

20 déjeuners autour du vin : rencontres viticoles et gustatives en Bourgogne

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Objet livresque non identifié, « 20 déjeuners autour du vin » n’est pas uniquement un livre de recettes, mais pas non plus une galerie de portraits. C’est une promenade gourmande. Un fil tendu entre la cuisine et la cave où Sébastien Chambru répond en cuisine aux confidences de vignerons bourguignons. Une balade appétissante et poétique grâce aux magnifiques photos de Matthieu Cellard.

Sébastien Chambru, à l’origine du projet, est un cuisinier. Un chef même, formé chez Paul Bocuse. Et meilleur ouvrier de France de surcroît. En 2013, il est revenu sur ses terres natales près de Fuissé et a ouvert son premier restaurant « L’Ô des vignes ». Le choix de ce nom déjà annonçait la couleur.

« Combien de fois, autour d’un diner, j’ai parcouru avec mes compagnons de gueule, les routes du Mâconnais, de la Côte chalonnaise, les chemins de Nuits, de Beaune, … (…) Tant de fois, qu’un jour, l’idée de faire grandeur nature ce tour de la Bourgogne, de partir de L’O des vignes et d’aller sonner à leurs portes s’est imposée comme une évidence : j’irai diner chez mes vignerons fétiches, ceux qui depuis des années me confient leurs vins comme on envoie ses enfants se confronter au monde. Ils serviraient les plats familiaux, ceux qu’ils aiment marier avec les vins de leurs domaines. Nous allions vivre de beaux moments… » Voilà comme Sébastien Chambru explique son idée.

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Ce livre est donc composé en vingt rencontres, chez vingt vignerons, depuis le Domaine Robert Denogent dans le Maconnais jusqu’au domaine Sylvain Pataille à Marsannay. L’idée originale de ce cuisinier : à l’issu de chaque rencontre, de chaque déjeuner, il a créé comme une « dédicace » une recette inédite réalisée avec les mêmes ingrédients que ceux du plat familial « comme un trait d’union entre la cuisine familiale et la cuisine des chefs, poignée de main entre le vigneron et le cuisinier ».

On peut piocher dans ce livre de rencontres des recettes du chef, mais aussi celles proposées par les vignerons. On peut découvrir le travail de ces vingt artisans vignerons dans des portraits sensibles et attachants, riches d’anecdotes qui donnent à voir le métier différemment.

Les vingt domaines à l’honneur sont : domaine Robert Denogent, domaine de la Sarazinière, domaine Nicolas Maillet, domaine Guillemot Michel, domaine Guillot Broux, domaine Stéphane Aladame, domaine François Lumpp, domaine de la Framboisière, domaine Paul et Marie Jacqueson, domaine de Villaine, domaine Arnaud Ente, château de Monthelie, maison Sarnin Berrux, maison Philippe Pacalet, domaine Emmanuel Giboulot, domaine Danièle Bonnardot, domaine de Bellène, domaine Cécile Tremblay, domaine Anne Gros, domaine Sylvain Pataille.

Une part très importante de cet ouvrage est faite à l’illustration et les photos de Matthieu Cellard achèvent de régaler cette lecture. Des mosaïques de détails. Des portraits jamais posés. On passe de la contemplation admirative d’un paysage ou d’un plat à une scène spontanée de dégustation ou de préparation culinaire. Il y a du travail et il y a de la vie qui passent. On touche au plus près les sensations. A la fin de chaque chapitre, on a l’impression d’avoir soi même rencontré le vigneron.

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Infos 

20 déjeuners autour du vin – Bamboo éditions – 40€ – parution le 2 novembre 2016

Disponible déjà à l‘Athenaeum à Beaune ici

Restaurant L’O des vignes, Rue du Bourg,71960 FUISSÉ – Tel. 03 85 38 33 40 – chambru@me.com

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Vendanges 2016 : le gamay, caviar du Beaujolais pour Thibault Liger Belair

Regard gourmand et oeil qui pétille, Thibault Liger Belair inspecte les dernières caisses de gamay qui viennent d’être vendangées : « c’est du caviar non? ». Les grappes sont petites, compactes et dans un état sanitaire impeccable. Au domaine des Roches Roses comme dans beaucoup d’autres domaines du Beaujolais, la récolte sera maigre mais très qualitative. Rencontre sur ses terres vallonnées de Moulin à Vent avec Thibault Liger Belair, vigneron à Nuits Saint Georges et en Beaujolais 

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En ce dimanche ensoleillé, une petite équipe s’affaire à la réception de la vendange. Le procédé est le même à Moulin à Vent qu’à Nuits Saint Georges. Les raisins arrivent en caisses, pour ne pas écraser la récolte. Il y a peu de travail cette année à la table de tri, la qualité des raisins est impeccable. Un résultat qui n’était pas évident vu les conditions climatiques chaotiques du millésime : « le millésime 2016 n’est pas un millésime facile. C’est un millésime difficile à plusieurs niveaux.

Au niveau phytosanitaire, on a eu une campagne compliquée avec un printemps très humide qui a nécessité beaucoup de traitements. Ce contexte nous a demandé une veille constante et précise. » Le domaine des Roches Roses est entièrement en culture biologique, même si vous ne trouverez pas de logo sur les étiquettes. « On a un avantage à Moulin à Vent par rapport à la Bourgogne : les sols sont sableux donc plus drainants. L’humidité latente est moins importante. S’il tombe 20 mm de pluie, ici on peut passer en tracteur le lendemain, contrairement à Nuits Saint Georges. »

De la fraicheur et un très bel équilibre 

La pluie donc, mais surtout la grêle. Elle est tombée ici le 25 juin : « une heure de grêle avec des grêlons qui faisaient à peu près 3cm de diamètre et qui a tout ravagé et mot est faible : sur les 14 hectares que compte le domaine, il y en a 7 que l’on n’a même pas vendangé. Ce que l’on retient du millésime 2016, si on veut voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide, c’est un très beau millésime. » Si la quantité ne sera évidemment pas au rendez vous, c’est un millésime d’une grande qualité qui se profile néanmoins.

« Les raisins sont très mûrs, on est dans des potentiels alcooliques dans ce que l’on a récolté cette semaine autour de 13,5° et 14° ce qui est magnifique. Et surtout il y a un goût, il y a une odeur. On met les raisins en cuve, et ça sent le cassis, la framboise. On a déjà ces arômes là avant même la fermentation des raisins. Il y a donc de la fraicheur et un très bel équilibre des acides. »

« On a eu un stress hydrique assez important et aussi beaucoup de chaleur avec des effets un peu caniculaires, des effets d’échaudage sur les vignes. On a quand même cumulé pas mal de problèmes mais au final le peu de récolte que l’on a devrait être de grande qualité. On va faire en moyenne 20% de ce que l’on a l’habitude de produire sur le domaine qui produit déjà très peu puisque nous avons de très vieilles vignes (peu productives). On n’a pas rempli beaucoup de cuves mais ça devrait être joli. »

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Thibault Liger Belair n’est pas arrivé par hasard à Moulin à Vent. Ayant fait son BTS au lycée viticole de Belleville, il a un lien particulier avec ce cru du Beaujolais: Moulin à Vent a a été un peu une révélation pour moi. Je venais de finir mes études à Belleville, au lycée viticole où je faisais mon BTS . Je louais une maison dans les vignes à peu près à 5km d’ici et tous les matins j’ouvrais mes volets sur cette vue. Et j’ai un principe qui est que si la vue est belle, en général les vins qui sont produits doivent être aussi des jolis vins. » En 2001 il crée le domaine Thibault Liger Belair à Nuits Saint Georges mais ne tarde pas à revenir arpenter les vignes de Moulin à vent.

« J’ai acheté des vignes petit à petit. Je n’ai pas acheté un domaine en tant que tel, j’ai acheté des parcelles une par une. Le domaine a commencé en 2008 avec un premier millésime en 2009 sur une surface de 3,5 ha. Pour les 3,5 premiers hectares, j’ai signé huit actes de vente ! Il y avait vraiment un objectif qui était de choisir des parcelles bien spécifiques sur des endroits précis. Pendant deux ans, avant de m’installer, je venais régulièrement pour marcher dans les vignes de Moulin à Vent et essayer de comprendre les différences de sols.

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Des roches qui ressemblent à du lard

« Je ne comprenais pas la différence qu’il y avait entre la qualité des sols que je pouvais voir et la qualité des vins. Il y avait quelque chose d’un peu antinomique. Et j’ai eu l’occasion de goûter des très vieux Moulin à vent, souvent à l’aveugle. Je pensais boire des grands crus bourguignons type Échezeaux ou Musigny des années 1940′ – 1950′. Même de grands dégustateurs se trompaient fréquemment. Je me suis dit qu’il y avait vraiment quelque chose à faire dans cette appellation ! C’est pour cela qu’en 2008, j’ai commencé à chercher des vignes, spécifiquement sur Moulin à Vent. »

La qualité de ces sols vient principalement du sous sol. « Sur les 600 hectares de l’appellation Moulin à Vent, on a huit à dix sols différents. Il y a des granits roses, des granits blancs, des manganèses, des zones plus argilo-calcaires au sud de l’appellation. Le terroir de Moulin à Vent ce sont vraiment ces roches granitiques qui sont intéressantes et qui ressemblent un peu à du lard. Il y a des roches plus roses qui sont très ferreuses. Le terroir des crus du Beaujolais en fait c’est une avancée du Massif Central. Les volcans d’Auvergne ont avancé et ont fait une multitude de petites collines. On retrouve ces roches qui étaient métamorphiques donc sédimentées qui ont fusionné avec la chaleur volcanique. On a des roches de type ferreux, mais aussi des quartz, avec un veinage un peu rose. Mais il y a aussi des roches qui sont plus bleues, qui sont des roches composées d’aluminium et de manganèse. On retrouve ces types de roches vers Morgon. En résumé les roches de Moulin à Vent sont des roches roses, blanches et bleues. »

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« Moulin à Vent, je trouvais que c’était une appellation particulièrement intéressante en terme de positionnement parce qu’elle est  au nord. On est à une heure de Nuits Saint Georges donc c’est assez facile. Et on dit souvent des vins de Moulin à vent que ce sont des vins qui « pinotent »*. Ce sont les vins les plus denses, les plus riches, qui nécessitent un élevage et qui demandent à être gardés. Tout cela m’intéressait parce qu’il y avait un lien entre ces vins de Moulin à Vent et les vins que je peux produire à Nuits Saint George. C’est pour cela que j’ai voulu positionner le domaine à Moulin à Vent et aujourd’hui le domaine fait 14 hectares. » Mais l’histoire ne s’arrête pas là, Thibault Liger Belair a un autre projet qui lui tient à coeur et qu’il réalisera également dans le Beaujolais.

*on dit que parfois certains vins issus de cépages autres que le pinot noir (comme ici les Moulin à Vent réalisés à partir du cépage gamay) ont des caractéristiques communes avec ceux issus de pinot noir, ils « pinotent »

Pour plus d’infos rendez vous sur http://thibaultligerbelair.com/

Voir également cette vidéo réalisée en 2014 par Guillaume Bodin :

Vendanges 2016 en Côte de Beaune : un millésime prometteur mais trop rare

En Bourgogne, les vendanges battent leur plein sur la Côte de Beaune, la plupart des vignerons entre Santenay et Ladoix ayant déjà commencé la récolte de rares mais très beaux raisins. Le fort coup de gel du 28 avril a détruit une grande partie de la récolte. Les raisins qui avaient survécu ont subi une très violente attaque de maladie, le mildiou, qui a également impacté la quantité de raisin. A l’heure du bilan, les vignerons sont résignés face à une récolte très faible voire catastrophique pour certains. Un constat d’autant plus amer que malgré le gel et les maladies, les raisins récoltés sont très sains et ont un fort potentiel qualitatif. Choses entendues, de Chassagne à Savigny, chez quelques vignerons en cours de vendanges…

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  • Chez David Croix à Beaune (Domaine des Croix)

« Je m’attendais à ce qu’il n’y ait pas beaucoup de raisin… et cela se confirme malheureusement! Les conditions climatiques de cet été nous ont fait beaucoup de bien sur l’état sanitaire, c’est sur. Je suis assez surpris de l’état sanitaire dans l’ensemble d’ailleurs. Les raisins sont superbes cela me rappelle ce que l’on a pu voir en 2015, 2009, il y de superbes raisins. Le problème c’est qu’il n’y en a pas, c’est dommage. Surtout sur Beaune ou Corton. Je compte 3 hL/ha dans les vignes les plus gelées et jusqu’à 10hL/ha. On s’y attendait, on avait fait des comptages de raisins et on savait qu’on aurait des rendements très bas. J’ai entendu dire ici ou là qu’il y avait eu des bonnes surprises mais il n’y en a pas eu chez nous ! »

« Les peaux des raisins sont assez épaisses. Les degrés ne crèvent pas les plafonds mais il y a de jolis équilibres. Les raisins sont sains. J’attends de goûter les jus pour juger mais pour l’instant ceux que j’ai goûté sont purs et droits. Je suis juste déçu de la quantité. Tout le reste est bien. On n’est pas fatigué vu qu’il n’y a pas de raisin à rentrer, on essaye de positiver mais il n’y a pas de récolte au final. J’ai même pas regardé les chiffres, je n’ai pas envie de les voir mais en gros je vais faire une quinzaine de pièces (*tonneau bourguignon de 228 litres) pour une surface de 6,5ha. Normalement, avec une belle année ont peut en faire entre 90 et 100. »
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« Je suis très content de ce que je vois sur la table de tri, les raisins sont beaux, on a envie de les manger, ils sont sains. Mais il n’y en a pas, donc c’est quand même la déception qui l’emporte au final, et pas qu’un peu ! On a pas utilisé beaucoup de matériel, on fait des petites journées, on y passe beaucoup moins de temps mais c’est un peu déprimant, on a envie de passer à autre chose. Heureusement que les raisins que l’on rentre sont beaux, si on avait du trier à cause d’attaques de botrytis par exemple, là ça aurait été le calvaire jusqu’au bout… »

  • Chez François de Nicolae à Savigny les Beaune (Domaine Chandon de Briailles)

Chez François, une large partie du domaine a été frappée par le gel : « Sur ces vignes là on n’a pas du tout de rendement, on est entre 5 et 8 hL/ha. On va les vendanger entre nous en petite équipe, histoire de faire quelques pièces de vins quand même … J’ai même l’intention à priori de tout assembler. Ce n’est pas la peine de faire une pièce de chaque parcelle de Savigny, je ne vais pas faire des micro vinifications. Ce que l’on va faire c’est que l’on va assembler tous les Savigny village pour n’en faire qu’une seule cuvée à priori. C’est quand même une année très particulière, j’espère qu’on n’en aura pas d’autres comme ça ! »

« Dans les parcelles qui avaient gelé, sur le peu de raisin qu’il restait a en grande partie disparu à cause de la très forte attaque de mildiou.  Cette attaque a été plus prononcée sur les vignes qui avaient gelé parce qu’elles étaient fragilisées. On est en biodynamie donc pour contrer une telle attaque de mildiou sur raisin c’était très compliqué. Globalement on a assez bien réussi on a pas trop perdu de ce côté là. »

« Nous sommes relativement chanceux parce qu’au domaine on a une petite partie de nos vignes sur Corton. La colline de Corton a très peu voire pas du tout gelé. Là on a une récolte à peu près normale et là on est sur une année très qualitative parce que nous avons eu un très bel été, suffisamment chaud, presque trop sec même. Au final on a des raisins qui sont bien mûrs, super équilibrés, avec des jolis tanins bien mûrs, donc on s’attend à faire de très beaux vins de ce côté là. »

« Pour le gel il n’y a rien à faire, biodynamie ou pas … Mais pour ce qui est de la maturité du raisin, même si on n’a jamais de gros rendements (environ 25 hL/ha), on a obtenu de meilleures maturités que les copains ! On constate des écarts de plus de deux degrés ce qui est quand même important. Je crois que grâce à la biodynamie le cycle de végétation de la vigne se déroule beaucoup mieux et la règle des cents jours après la fleur se vérifie. »

  • Chez Nicolas Mestre à Meursault (Domaine Michelot)

« La veille des vendanges on était pas sereins du tout. On a commencé par les vignes les plus touchées par le gel pour voir la qualité des raisins, voir les degrés d’alcool potentiel. Sur ces vignes là (Bourgogne et Meursault villages de bas de coteaux) on a fait des rendements entre 15 et 20 hl/ha. Pour le reste, les Meursault au dessus du coteau (les Narvaux) donnent à peu près de bons rendements. Les Meursault premier crus aussi donnent de bons rendements avec une qualité  satisfaisante avec des raisins beaux et sains. On a des degrés d’environ 11,5 – 11,7 pour les Bourgogne, 11,5 – 12 pour les Meursault village, 12,5 pour les permier crus et on arrive même à 12,7 pour les Meursault premier crus Genevrières qu’on a vendangé hier. »

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« Ca a mal commencé, mais on a quand même plus le sourire qu’en début de vendanges ! On s’attendait à avoir des pH un peu élevés à cause du mois d’août très sec, mais au final on a des pH compris entre 3,15 et 3,20 ce qui est tout à fait correct. Nous on cherche a faire des vins plutôt sur la fraicheur, donc il nous faut des pH assez bas et une bonne acidité. On a vraiment eu peur avec la sécheresse de cet été, on a quasiment eu un mois et demi sans précipitations, il y avait vraiment un manque d’eau. Le raisin commençait à flétrir, les feuilles commençaient à jaunir voire à tomber. La pluie du week end dernier à vraiment fait du bien. Les baies se sont gorgées un peu d’eau, la vigne a respiré et nous aussi ! »

  • Frédéric Lafarge à Volnay (Domaine Lafarge)

« Sur les vignes qui n’ont pas gelées on a de très jolis rendements qui correspondent au rendements habituels, entre 37 et 38 hl/ha pour des premiers crus. Donc c’est une belle récolte avec un maximum de qualité. Sur les vignes gelées, on a une récolte très faible mais la vigne a très bien repoussé. On a fait fait beaucoup de valériane au moment du gel (il y en a eu quatre en quelques jours) et on constate qu’il y a quand même une petite récolte avec des raisins très murs et une maturité très homogène. »

« La biodynamie a beaucoup apporté à la vigne. Elle bénéficie d’une meilleure résistance et d’une meilleure capacité de repousse. Elle a mieux su gérer le stress induit par le gel qui a été très violent pour la plante. Surtout pour des vignes comme les nôtres qui avaient grêlé trois années consécutives récemment (2012,2013 et 2014). Malgré tout, les vignes sont bien reparties ce qui laisse augurer de bonnes perspectives pour 2017 en croisant les doigts ! »

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« On est sur un grand millésime, mais un millésime de vigneron, où on est récompensé de l’implication du travail de tout le monde dans les vignes parce que c’était vraiment très compliqué à gérer dans les vignes entre le gel et le mildiou. La dégustation des raisins est top. Ensuite les rapports sucres/acides, le faible taux d’acide malique, il y a tout ! Il y a un très bel équilibre, vraiment remarquable. Quand on goûte les jus, il y a une pureté du fruit avec une belle tension minérale. Déjà dans les jus on sent de manière très pure la finesse de chaque terroir cette année ».

  • Chez Armand Heitz à Chassagne Montrachet (Domaine Heitz-Lochardet)

« Sur certaines parcelles on s’attendait même à ne pas vendanger du tout  ! Avant que les vignes ne gèlent, il y avait un fort potentiel de récolte mais au final on arrive a trouver quelques hectolitres par parcelle grâce à une bonne pratique viticole, au printemps humide et au bel été. On obtient 7 à 10 hl/ha pour les parcelles les plus touchées et on arrive à des rendements autour de 20 hl/ha pour les vignes moins touchées. Les vignes qui n’avaient pas gelé ont des rendements normaux. »

« Il est encore un peut tôt pour parler de la qualité, chaque vigneron a sa propre définition de la qualité. Les résultats des premières analyses montrent des équilibres acides maliques et acides tartriques assez similaires à ceux de l’année dernière ce qui est assez étrange vu qu’on n’a pas eu le même profil de millésime mais c’est très prometteur. On a une richesse en sucres un peu moins importante que l’année dernière (normal, le début de saison a été moins ensoleillé) mais rien d’alarmant. On aura quand même certainement un millésime très qualitatif. »

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« Au domaine, on sauve les meubles. On s’attendait même à avoir une année plus difficile. J’ai vraiment dû naitre sous une bonne étoile comme l’avait écrit Laurent Gotti (*journaliste All About Burgundy, cf article icipuisque même sur mes parcelles gelées, il y a eu des zones protégées et épargnées et qui ont donc donné un peu de raisin. Ce n’est pas le cas de tout le monde malheureusement »

 

Pour aller plus loin : 

Revoir le reportage sur les conséquences du gel en Bourgogne ici

Voir ce reportage sur le millésime 2014 en Bourgogne ici

Entre les vignes, le livre qui donne la parole aux vignerons

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C’est dans l’écrin magique et symbolique des Hospices de Beaune que Guillaume Laroche, Frédéric Henry et Harry Annoni ont présenté leur livre « Entre les vignes » mercredi soir. Un livre qui consacre à 15 vignerons bourguignons (voir liste ci-après) un long portrait sous forme de conversation, de rencontre. Ce n’est pas un livre sur le vin, mais un livre sur les vignerons, leurs parcours individuels, leurs doutes personnels, et leur passion commune. 

« Quand je buvais un bon vin, j’avais toujours envie de savoir qui l’avait fait, comment, et avec quelles contraintes. Envie de savoir qui était l’homme ou la femme qui était derrière ce vin. C’est de cette envie, qu’a germé ce projet. Piqué par sa curiosité, Guillaume Laroche décide il y a deux ans de donner la parole aux vignerons, pour parler de leurs vins, mais pas seulement. Pour parler d’eux surtout. Écrire des longs portraits de vignerons. Prendre le temps de les laisser parler. Il se tourne alors vers Frédéric Henry, caviste Beaunois. Ensemble ils sont allés rencontrer ces vignerons bourguignons, tout au fil de l’année. 

« C’est un livre qui s’adresse à tout le monde même si je pense qu’il sera considéré comme un livre fait pour les gens qui s’intéressent vraiment au vin. Ce n’est pas du tout un guide, il n’y a pas de notes sur les vins, le but du jeu n’est pas de juger les vins. J’avais l’impression que ce type de format n’existait pas, c’est pour ça que j’ai eu envie de le faire. Je trouve que c’est assez complémentaire, plus il y a de livres de qualité sur le vin, et sur de bons vignerons, mieux c’est !

 

Journaliste sportif, Guillaume Laroche a appliqué la même technique que pour les grands entretiens qu’il réalise avec des sportifs, même s’il reconnait qu’il est plus facile d’interviewer un vigneron. « L’idée était de prendre son temps. Quand on fait une interview, en général, le temps est assez court, les questions préparées à l’avance. En général il en ressort beaucoup de banalités que l’on n’a pas le temps de creuser. C’est dommage. Les gens ont souvent besoin de temps pour être à l’aise, se dévoiler, libérer leur parole. Avec un grand entretien, la personne est bien plus à l’aise. Avec ces vignerons, on a pu aborder des sujets comme les relations familiales, la manière de travailler. On a le temps de creuser l’aspect humain au delà des questions techniques sur le vin et la viticulture. C’est vraiment une discussion et c’est aussi pour cela que l’on ressent une vraie sincérité dans les propos. »

Ce livre dresse donc quinze portraits de vignerons, tous bourguignons. « La Bourgogne c’est très intéressant parce que c’est la région viticole la plus prestigieuse au monde selon moi. Il y a des vraies problématiques économiques ici, c’est un marché capitaliste avec une pression économique forte. Les vins sont très chers, demandés partout dans le monde et les quantités produites sont très faibles. Et malgré ce contexte économique, il y a des gens qui travaillent comme des artisans, c’est très intéressant. Et en plus des contraintes économiques, ils se posent tous la question de l’environnement. » L’idée était de se concentrer sur une seule région pour qu’il y ait une unité de propos.  » Ces quinze vignerons se posent les mêmes questions, avec le même outil de travail qui est le terroir de Bourgogne et les mêmes contraintes climatiques, mais ils apportent tous des réponses différentes. C’est intéressant de confronter ces visions. Les chapitres s’enrichissent les uns les autres. »

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Bio, nature, raisonné… on trouve de tout parmi ces quinze vignerons. Aucune étiquette n’est mise en avant, seule la qualité du travail importe. Car il y a tout de même un engagement la démarche de Guillaume Laroche. »Il faut aussi dire que beaucoup de vins sont encore malheureusement de piètre qualité, qui ne sont pas travaillés comme il le faudrait à mon sens. Nous avons choisi de mettre en avant des gens qui travaillent vraiment très bien. J’aimerais que les gens qui vont lire ce livre prenne conscience de cela et aient envie d’acheter mieux et d’acheter les vins de ces vignerons par exemple. Parce que ce sont des vrais vins et on se fait plaisir en les dégustant! »

Une mission qui semble déjà en passe d’être réussie à la plus grande joie de l’auteur : « les gens qui ont lu le livre me disent qu’ils ont eu envie de goûter les vins. Donc je pense que cela fonctionne ! » Un livre à mettre entre toutes les mains de passionnés de vins, de Bourgogne ou d’artisanat et dont les entretiens fouillés sont illustrés par des photos de Harry Annoni qui captent la sincérité chez chacun des vignerons. 

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Guillaume Laroche, Frédéric Henry et Harry Annoni entourés de Oronce de Beler, Athénaïs de Béru, Jean-Yves Bizot, Pierre Boillot, Renaud Boyer, Dominique Derain, Pierre Fenals, Emmanuel Giboulot, Thierry Glantenay, Julien Guillot, Antoine Jobard, Marie-Christine et Marie-Andrée Mugneret, Claire Naudin, François de Nicolay et Cécile Tremblay
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ÉDITIONS REVERSE, préface de Cédric Klapisch

Prix : 29€

Distribution : internet (www.entrelesvignes.net), librairies spécialisées (Athenaeum à Beaune,…), cavistes.

Lire aussi cette note d’intention de Guillaume Laroche et suivre la page Facebook

Pour en savoir plus sur Athénaïs de Béru revoir cet article consacré au Chateau de Béru.

Pour en savoir plus sur Oronce de Béler, revoir cet article sur Fundovino

Pour découvrir d’autres livres sur le vin, regardez ici

Après le gel en Bourgogne, les vignerons sont dans l’expectative

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Deux semaines après l’épisode climatique qui a gelé une grande partie du vignoble bourguignon, les vignerons font leurs comptes dans les vignes. Entre résignation et fatalisme,  ils attendent que la nature soit plus clémente, faute de mieux. On fait le point avec deux jeunes vignerons de Côte de Beaune : Armand Heitz (Domaine Heitz-Lochardet à Chassagne-Montrachet) et Thibault Clerget (Domaine Yves Clerget à Pommard).

Cela faisait des années que la Bourgogne n’avait pas connu d’épisode de gel, et encore plus de cette ampleur. Une hydrométrie élevée et des températures négatives trois nuits d’affilées ont eu raison d’une bonne partie des jeunes feuilles et embryons de grappes qui avaient commencé à poindre sous les soleils printaniers. Même les anciens n’ont jamais vu cela : que certaines parcelles soient sensibles au gel, c’est bien connu, mais là, même des parcelles de premiers et grands crus en coteaux ont été décimées (alors que des endroits dits « gélifs » s’en sortent bien »). 


Au premier rang des appellations touchées, on trouve les Hautes Côtes de Beaune, Chassagne-Montrachet et Meursault. Sur sa parcelle de Meursault en la Barre, Amand Heitz n’a aucun mal à estimer les dégâts : on ne perçoit que quelques pousses vertes au milieu d’un océan de pousses grises et sèches, grillées par le gel. « Cette parcelle est touchée à 80%, donc d’une part le travail pour essayer de remettre cette vigne en état pour l’année prochaine va être énorme, d’autre part le potentiel de récolte est réduit de 80%. Les anciens racontent que sur des vignes gelées comme ça, on ne récolte parfois qu’un seau de raisin par rang… » Au hasard il désigne un pied de vigne :

 » Voilà un bon exemple, il y a une pousse qui a été épargnée, tout le reste est gelé et ne donnera rien. Les bourgeons secondaires sur lesquels on fondait beaucoup d’espoir ont pour une bonne partie été gelé aussi. On sait que ces bourgeons ont par nature une piètre fertilité, donc même s’ils venaient à se développer, le rendement de la récolte 2016 est considérablement amoindri… ». En quittant Meursault pour Pommard, le constat est sensiblement le même, sur l’ensemble de son domaine, Thibault Clerget estime une moyenne de 70% de pertes. « J’ai une parcelle de Meursault Santenots qui est touchée à 100%. C’est le seul vin blanc du domaine, donc je n’aurais pas de vin blanc, ou quasiment pas, pour le millésime 2016 ». 

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Que faire ? Pas grand chose. « Le mot d’ordre aujourd’hui c’est d’attendre » explique Armand Heitz. « Il faut voir ce qui va repousser et laisser la vigne reprendre son cycle de croissance. Par la suite, tout au long de la saison, il va falloir aider la vigne en la protégeant contre les cryptogammes, en lui faisant des apports sous forme de complément foliaire si besoin. Une importance particulière sera à apporter aux travaux en verts pour permettre la taille de l’année prochaine. » Un des problèmes auquel les vignerons vont devoir faire face dans un premier temps c’est le timing justement. Car les parcelles gelées sont « en retard » sur celles qui n’ont pas été touchées, ce qui pose des problèmes pour élaborer les calendriers de traitements liés au stade de développement de la plante. Mais ce décalage pourra également se constater au sein d’une parcelle gelée : « le travail que l’on appelle le relevage va être particulièrement compliqué » explique Thibault Clerget.  » Les pampres qui auront été peu touchés par le gel vont pousser normalement, alors que les autres ne seront pas assez grands. »

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Le problème majeur, c’est que ce gel arrive dans un contexte plus que tendu en Bourgogne. Les caves sont vides, il n’y a pas de stock après des épisodes grêleux successifs et un millésime 2015 certes qualitatif mais trop peu quantitatif. « Cela va faire deux ans que j’ai repris le domaine » raconte Thibault Clerget. » Mon père est officiellement en retraite mais j’espère qu’il va me donner un coup de main ! J’ai commencé avec le millésime 2015, c’est un très beau millésime mais qui en quantité n’est pas énorme. On fait environ 30% de moins que sur un millésime normal. On avait prévu d’embaucher deux saisonniers, on ne pourra pas les prendre. Cela fait trois ans que certaines de nos vignes souffrent de la grêle, c’est déjà pour ça que la récolte de 2015 était moindre, alors le stress du gel en plus on va voir quel impact celà aura. Il y a eu un fort épisode en gel en 1981, je n’étais pas né, mais d’après mon père ça a été très compliqué, même si en 1982 ils ont fait une belle récolte. On va espérer que ça sera le cas en 2017! »

Les vignerons bourguignons jouissent souvent d’une image de nantis mais très peu d’entre eux sont propriétaires de la totalité de leur parcellaire de vignes et le prix des fermages est indexé sur le cours du vrac qui a déjà atteint des sommes astonomiques. Beaucoup ont du mal à se relever après plusieurs années de vache maigre et espèrent une « bonne année » qui ne vient pas. Armand Heitz s’est installé en 2012 en Bourgogne : « Après plusieurs épisodes de grêles et une petite récolte 2015, je subis ça depuis que je suis arrivé donc j’ai appris à faire avec ces aléas depuis mon installation. Mais ce que j’espère avec un événement d’une telle ampleur, c’est que quelque chose bouge, du côté des paiements des cotisations patronales MSA, ou sur les règlementations VCI et VSI. »

Une campagne 2016 qui vient seulement de commencer mais qui s’annonce déjà comme celle d’un millésime hors norme en Bourgogne, entre grêle précoce dans le Macônnais et gelée tardives en Côte d’Or, des phénomènes jamais vu de mémoire d’ anciens à cette ampleur là. 

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Voir également l’article de Bourgogne Aujourd’hui  et de Laurent Gotti

Voir mon reportage sur la grêle dans le Macônais au domaine Robert Denogent