Les Aligoteurs, association de réhabilitation et sauvegarde de l’Aligoté comme vin d’auteur

Ce jeudi soir, ils viennent de recevoir l’affiche conçue par Michel Tolmer pour le salon qu’ils organiseront le 23 avril. Le premier salon professionnel dédié entièrement à l’aligoté. Ces « Aligoteurs » comme ils se sont baptisés veulent défendre ce cépage, le troisième de Bourgogne, aujourd’hui sérieusement menacé. Les Aligoteurs veulent faire connaitre et reconnaitre les Aligoté d’auteurs. Faire une promotion sérieuse mais sans se prendre trop au sérieux.

Considéré comme un cépage de second plan, relégué aux terroirs moins nobles, trop souvent considéré comme un vin blanc à associer au cassis ou comme un raisin de base de fabrication du crémant, l’aligoté est pourtant un cépage historique qui entrait même autrefois dans la composition du Corton Charlemagne.

Rencontre autour d’un verre d’aligoté avec ce petit groupe de vignerons formé par Anne Morey, Jérôme Galeyrand, Laurent Fournier et Pablo Chevrot (Sylvain Pataille et Nicolas Faure étaient absents), réunis autour de leur président Philippe Delacourcelle, restaurateur à Flagey Echezeau fervent défenseur de l’aligoté.

Comment vous est venu l’idée de cette association ? 

« L’aligoté on n’arrivait pas à le vendre. On en parlait souvent avec Sylvain Pataille (autre membre fondateur de l’association et également vigneron à Marsannay). À Marsannay, on a un gros patrimoine de vieilles vignes d’aligoté. Sur les 15 hectares que j’ai repris de mon père en 2001 (c’est Laurent Fournier qui parle), on avait 2,8 hectares d’aligoté, dont des vieilles vignes des années 1920… On a essayé de faire une cuvée d’aligoté de gastronomie, mais peut être parce qu’on était vigneron à Marsannay, sans grande notoriété, ça n’a pas marché ! Sylvain avait eu la même démarche de son coté. Lui avait tenté de faire des cuvées parcellaires alors que nous on était parti sur une cuvée unique. Pablo Chevrot avait un peu la même histoire dans les Maranges, cette appellation moins connue. Il croyait vraiment à l’aligoté !  On a senti qu’il se passait quelque chose ces dernières années, surtout à l’export … Les marchés japonais, anglais, américains s’ouvraient à l’aligoté. Au début ils trouvaient ça bon mais n’en commandaient pas. Récemment les choses ont bougé !

Le déclic s’est produit quand Philippe (Delacourcelle, le propriétaire de Boisrouge) s’est installé à Flagey. On est venu diner et quand on a vu sa carte des vins on s’est dit que c’était lui qui pouvait nous aider à porter ce projet. On en a ensuite parlé à plein d’autres vignerons, et beaucoup étaient d’accord pour dire qu’il fallait s’intéresser à ce cépage : arrêter de l’arracher, arrêter de le mettre dans des terres lourdes, de faire des gros rendements… C’est un cépage qui peut raconter de très belles choses ! On avait l’intuition qu’il fallait faire quelque chose mais le déclic est arrivé quand Philippe s’est installé.

Qu’est ce qu’il faut à l’aligoté pour être un grand vin ?

« Si c’était le cépage du Corton Charlemagne, ce n’est pas pour rien ! C’est parce que c’est un grand cépage quand il est bien cultivé. Il lui faut : taille courte, sol pauvre et vendanges plutot tardives … Malheureusement ces dernières décennies, on l’a mis dans les bas de coteaux, où les sols sont souvent les plus riches. On a arrêté la taille gobelet pour passer en guyot. L’aligoté c’est actuellement le rendement maximum autorité le plus élevé de Bourgogne et le degré minimal autorisé le plus faible de Bourgogne … Avec un degré de 9,5 on peut le mettre sur le marché ! Et puis le chanoine Kir ne nous a pas rendu service, même si cela a sans doute permis de sauver pas mal de vieilles vignes. »

Comment faire pour préserver les vieilles variétés d’aligoté ? 

« On pense qu’il y a des sélections massales par communes qui pourraient être à faire. Il y a des gros pôles de production comme Pernand, Marsannay, Bouzeron, même si on en trouve partout ! On aimerait faire ça dans la parcelle du clos des Monts Luisants à Morey Saint Denis au domaine Ponsot par exemple… C’est une vigne de 1er cru de Morey où il y a une très grande proportion d’aligoté, presque 80%, et ces pieds datent de 1911 (plus d’infos ici). La mairie de Marsannay va débloquer 40 ares de terre à planter et Sylvain Pataille voudrait s’en servir pour faire un conservatoire ampélographique de l’aligoté. Mais c’est de l’associatif, tout cela prend un peu de temps à mettre en place. »

À table, avec quoi peut on marier l’aligoté ? 

« Pour les accords mets-vins, on s’est rendu compte que le fenouil est un très bon copain de l’aligoté ! Les goûts végétaux, et beaucoup de légumes s’accordent également très bien avec l’aligoté. »

Comment faire pour soutenir les Aligoteurs ? 

« Pour adhérer à l’association il faut avoir envie de sauver l’aligoté ! Il ne faut pas qu’il y ait d’esprit de clocher… C’est clairement un cépage qui est menacé. On en arrache très régulièrement pour replanter du chardonnay, qui est beaucoup mieux valorisé commercialement. Une grande partie des aligotés qui restent sont destinés à la fabrication de crémant. Il faut valoriser l’aligoté pour lui même. On veut des gens qui soient motivés !  »

En Bref 

Pour tout savoir sur les Aligoteurs, vous pouvez les retrouver sur leur site internet ici ou sur Facebook.

Rendez vous pour les professionnels lundi 23 avril 2018 de 10h à 18h pour le premier salon des Aligoteurs qui aura lieu au Boisrouge,  4 bis rue du Petit Paris à Flagey Echezeaux.

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Oubliés, modestes, interdits : les cépages rares en vedette !

Dans le monde du vin comme ailleurs, le rejet de la standardisation passe par un retour aux particularités : vinifications inhabituelles, recherches de terroirs exclusifs, et retour à la valorisation des « cépages » méconnus. Réel retour aux sources ou effet marketing, pleins feux sur ces variétés de raisins jusqu’alors reléguées au second plan de l’imagerie viticole. Publications, salons, cuvées spéciales leurs sont désormais dédiés.

Ils sont en pleins préparatifs. Dans 48h ces cinq étudiants du BTS viticulture-oenologie de Beaune (Côte d’Or) présenteront leur « Salon des cépages rares », une grande première dans cette contrée bourguignonne où la culture viticole ne se caractérise pas par une grande diversité de cépages (on trouve principalement du chardonnay et de l’aligoté en blanc, et du pinot noir et un petit peu de gamay en rouge). En deux mois, ils ont réuni une dizaine d’exposants (liste ici) et pas mal de bouteilles issues de ces cépages rares.

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« Aujourd’hui 95% des vignes plantées dans le monde ne sont plantées qu’avec une dizaine de cépages, qui sont très connus parce qu’on les voit plus fréquemment. Ici en Bourgogne, on pense tout de suite Pinot Noir et Chardonnay. Nous on a voulu se concentrer sur d’autres cépages très anciens, qui ont pu être oubliés ou plus récents créés par croisements ou hybridation » explique Paul Chevreux. « Le domaine Beirieu, qui sera présent, est un domaine bio qui a planté des nouveaux cépages dans les années 80 pour réduire les besoins en produits phytosanitaires ce qui peut être une piste intéressante pour l’avenir. »

Outre ces cépages d’avenir, on trouve également des cépages anciens, autrefois méprisés et relégués à des pourcentages minimes dans des assemblages désormais mis en avant. C’est le cas du fié gris, un genre de sauvignon gris, originaire de Touraine et que produit le domaine Frissant. C’est aussi le cas du damas noir, un cépage auvergnat que cultive le domaine de la Croix Arpin. Parmi ces cépages rares et méconnus, certains, comme le jacquez ont même été interdits. L’association Mémoire de la vigne sera là pour expliquer l’histoire de ce sulfureux jacquez, interdit à cause de sont taux trop élevé de méthanol. Il sera proposé à la dégustation, mais pas à la vente comme l’explique Christo Lafond.

Au delà des variétés de cépages, il y a également des variétés au sein même des cépages. Le chateau Pontus de Tyard situé en Saône et Loire propose des vins issus d’un conservatoire de cépage chardonnay qui recense 80 variétés de ce même cépage. Ces recherches menées en partenariat avec la chambre d’agriculture visent à endiguer une uniformisation du matériel végétal et à conserver une certaine diversité.

« A travers ces cépages, ce que l’on veut faire découvrir aux gens ce sont aussi des histoires parce qu’il y a vraiment des gens passionnés derrière toutes ces bouteilles et c’est cela aussi que l’on veut montrer » explique Enzo Navarro.

C’est en allant voir le salon Rare à Paris l’année dernière que ces étudiants se sont passionnés pour ces variété méconnues de raisins et pour ces vins confidentiels. Outre ces salons ouverts au public et qui développent la curiosité pour ces « pépites », il existe également une des associations de vignerons et des recherches de plus en plus nombreuses sur ces sujets ampélographiques. Les désormais célèbres « Rencontres des cépages modestes », tiendront leur 7e édition en 2017. Il s’agit d’une association fondée par Philippe Meyer et présidée par André Deyrieux qui promeut ces cépages reflets de leur terroir et d’une histoire : « La modestie ampélographique ne vise pas la compétition, le toujours mieux, le toujours plus. Affirmation déterminée de fondamentaux très simples et authentiques, elle revendique une existence assumée, déterminée, et refuse les superlatifs, à la recherche d’une vérité locale, une histoire de quelque part » explique Jean Rosen, dit Petit Verdot, vice-président des Rencontres des cépages modestes. (voir leur site internet).

Infos Pratiques :

Le salon des cépages (voir site internet) se déroulera à Beaune chapelle Saint Etienne place Ziem du 25 au 26 février (5€ l’entrée).

Pour aller plus loin :

Je vous recommande la lecture de ces deux ouvrages aux éditions Dunod :

  • Cépages et vins, ces raisins qui font les bonnes bouteilles par François Collombet pour tout savoir sur les cépages les plus connus
  • A la rencontre des cépages modestes et oubliés, l’autre goût des vins, par André Deyrieux, pour découvrir des cépages et des vins atypiques

Voir également cet article réalisé en Aout 2016 sur les cépages résistants aux maladies

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