En Bourgogne, un collectif de vignerons veut peser dans la lutte contre la flavescence dorée

Depuis décembre 2013, en Bourgogne, des vignerons du Chablisien jusqu’au sud de la Saône et Loire ont décidé de prendre en main leur avenir face à la menace de plus en plus présente et pressante de la flavescence dorée, cette maladie incurable de la vigne. Hasard du calendrier, c’est à quelques jours du procès d’Emmanuel Giboulot (vigneron convoqué par la justice pour avoir refusé le traitement obligatoire imposé au printemps dernier contre cette maladie) que ce collectif de vigneron a tenus une conférence d’information suivie par un public large et très attentif. 

Photo - FREDON

Photo – FREDON

De quoi on parle : la flavescence dorée, qu’est ce que c’est ?

La flavescence dorée, c’est une maladie infectieuse de la vigne. Elle se caractérise entre autre par un jaunissement des feuilles et un dépérissement du raisin (voir photo ci dessus).Elle est causée par des phytoplasmes, sortes de petites bactéries sans paroi transmises par des insectes : les cicadelles (en latin, Scaphoideus titanus…). La maladie n’est pas visible tout de suite, il y a un temps d’incubation qui peut prendre plusieurs années, ce qui rend la détection de la contamination encore plus difficile. Ces phytoplasmes empêchent la circulation de la sève et infectent la plante en totalité. On ne peut donc pas envisager de recépage ou de surgreffage pour sauver les pieds de vignes malade.

Apparue en France dans le Sud Ouest dans les années 1950, cette maladie est souvent confondue avec une autre maladie ayant les mêmes symptômes, la maladie dite du « bois noir ». En 1974, une sévère épidémie a touché le vignoble Corse. Elle est désormais présente dans de nombreuses régions viticoles, du Sud Ouest en passant par la Savoie (voir cet article de La Revue du Vin de France). Il n’existe pas de solution contre la maladie en elle même. Le seul moyen de lutter contre cette maladie est donc de lutter contre son vecteur, la cicadelle : seul ses traitements insecticides peuvent donc endiguer les épidémies à l’heure actuelle.

La flavescence dorée en Bourgogne

En Bourgogne, les premiers foyers de cette maladie ont été détectés au Sud de la Saône et Loire en 2012. 15 hectares de vignes ont du être arraché sur la commune de Plottes, où un important foyer avait été détecté (le rappel des faits dans cet article de La Vigne). Un précédent dramatique encore dans toutes les mémoires quand en juin 2013, un arrêté préfectoral a imposé le traitement de l’ensemble des vignobles de la Côte d’Or au moyen «d’une application unique d’un insecticide» contre la cicadelle. Une décision contestée et qui n’a pas été appliquée par tous les vignerons, parmi lesquels Emmanuel Giboulot, vignerons bio à Beaune, qui encourt à ce titre 30 000 euros d’amende et 6 mois d’emprisonnement.

« Nous avons agis sous le coup de l’émotion du foyer de Plottes » a reconnu ce soir Jean Michel Aubinel, le président de la Confédération des Appellations et des Vignerons de Bourgogne (CAVB) qui dit cependant ne pas regretter cette décision. « La campagne 2014 doit être abordée de manière différente. Il ne faut ni reconduire les mêmes erreurs ni baisser la garde face à ce fléau. »

Alec Seysses, président Collectif de vignerons contre la flavescence dorée (photo Weinrouten.de)

Alec Seysses, président Collectif de vignerons contre la flavescence dorée
(photo Weinrouten.de)

La création d’un collectif de vignerons

« Nous ne sommes pas des anti-traitements, nous ne sommes pas une force d’opposition mais voulons être une force de proposition. Il faut que les viticulteurs participent à la réflexion et à la définition du plan de lutte contre la flavescence dorée » c’est ainsi que Alec Seysses, président du Collectif de vignerons contre la flavescence dorée définit l’ambition de cette association. Son statut paru au Journal Officiel précise d’ailleurs qu’elle a pour but de « composer un groupe de réflexion ayant pour but de comprendre, rechercher et informer sur les différents moyens de lutte contre la flavescence dorée ; devenir un interlocuteur représentatif de la profession ».

Créée en décembre 2013, elle compte déjà plus de 120 domaines membres et rassemble aussi bien des petits domaines que des négoces ou des coopératives, situés du Chablisien jusqu’au sud de la Saône et Loire. Le but de cette association est de rassembler les viticulteurs de tous bords (elle ne souhaite d’ailleurs pas prendre partie quant au litige qui oppose Emmanuel Giboulot à la justice) pour que leur voix pèse dans la prise de décision du plan de lutte 2014. Alec Seysses appelle à être « responsable et raisonnable ».

Les propositions du Collectif

1- Rendre la prospection obligatoire

La prospection, c’est la visite des parcelles et le marquage de pieds contaminés (étayé par des analyses en laboratoire des pieds identifiés). Réalisée en 2013 sur toute la Bourgogne, elle permet une surveillance du vignoble efficace. Le Collectif estime que cette prospection doit désormais être rendue obligatoire et collective (si chaque vigneron inspecte ses propres parcelles, évidemment les résultats seront moins sûrs). Cela doit même être considéré comme « une nouvelle tâche du métier » au même titre que la taille de la vigne explique Nicolas Maillet, membre du Collectif.

Cette prospection doit se doubler d’un contrôle systématique de l’arrachage des pieds marqués lors de la prospection.

2- Accroître la vigilance quant au matériel végétal

La flavescence dorée peut aussi se transmettre d’une région viticole à l’autre via le matériel végétal : les plants utilisés pour les nouvelles plantations de parcelles ou les remplacements de pieds morts par exemple. Le Collectif souhaite donc une meilleure qualité et une meilleure traçabilité de ces plants de vignes : la création d’une carte d’identité des plants, l’obligation du traitement à l’eau chaude (réalisé en pépinière), et un renforcement du contrôle des vignes mères des porte-greffes par France AgriMer.

Objectif : avoir un matériel végétal sûr et sain (non contaminé).

3- Une proposition de lutte graduée

Établir une grille de lutte graduée selon plusieurs critères qui définiront si les viticulteurs doivent effectuer un, deux, trois ou aucun traitement. Sachant que tous devront en revanche participer à la prospection. Le collectif souhaite qu’il y ait une meilleure définition de ces zones de traitement en « réduisant ces zones aux zones les plus sensibles ».

La cicadelle, vecteur de transmission de la flavescence dorée

La cicadelle, vecteur de transmission de la flavescence dorée

La recherche de solutions alternatives 

Pour l’instant il n’existe aucune alternative aux traitements insecticides pour lutter contre cette maladie. Deux axes de recherches sont cependant étudiés par le pôle technique du Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne (BIVB) : la modélisation des stades du vecteur de la maladie et la lutte contre ce vecteur en viticulture bio. À ce titre, une enquête sur le Pyrevert (insecticide à base de pyrèthres naturels utilisé en viticulture bio mais particulièrement décrié) est conduite ainsi que des expérimentations à base de traitement avec des sucres, notamment le saccharose. En parallèle, le SEDARB entreprend également des recherches (voir les essais ici).

Les enjeux pour la Bourgogne 

La flavescence dorée est une maladie qui d’une part met en danger les vignobles, et d’autre part rend obligatoire un traitement insecticide, ce qui peut sembler contraire à tous les efforts entrepris par nombre de vignerons bourguignons pour pratiquer une viticulture la moins impactante possible pour l’environnement.

À moins d’un mois des Grands Jours de Bourgogne, rendez-vous médiatique et professionnel qui a lieu tous les deux ans en Bourgogne, tous les acteurs de la filières craignent de voir ces débats prendre l’ascendant médiatique. Demain vendredi 21 février, c’est d’ailleurs l’interprofession des vins de Bourgogne (Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne, BIVB) qui tiendra à son tour une conférence de presse sur ce sujet brûlant de la flavescence dorée.

CP FD BIVBPour en savoir plus : http://www.stop-flavescence-bourgogne.fr/

Sont intervenus lors de cette conférence : Alec Seysses (président du collectif) ; Nicolas Maillet – Sébastien Boisseau – Jean Philippe Bret (membres du collectif) ; Jean Michel Aubinel (CAVB) ; Charles Chamblin (FREDON) ; Elizabeth Bourdon Padieu (ex-chercheur INRA) ; Dr Mauro Jermini (Agroscope)

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6 réflexions sur “En Bourgogne, un collectif de vignerons veut peser dans la lutte contre la flavescence dorée

  1. Traiter contre la cicadelle, c’est malheureusement tuer les prédateurs naturels, la cicadelle ne se contente pas seulement de la vigne. Faut-il pour autant traiter toute la nature? Le réservoir de cicadelles est inépuisable, celui de ces prédateurs beaucoup moins. Quand la cicadelle progresse, elle avance beaucoup plus vite que ses prédateurs. Le traitement est une bataille perdue pour la nature dans son ensemble. Même la vigne est visitée par les abeilles. Encore un fléau pour elles, mais contre le profit immédiat que ne ferons nous pas.

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