Deux semaines après la tempête, les viticulteurs sont inquiets

Vignes submergées, sols chargés en sel marin : la tempête qui a traversé la France il y a deux semaines n’a pas seulement frappé les ostréïculteurs ou les maraîchers. Pour les viticulteurs aussi, le coup est dur.

David Turbé (© Xavier Léoty pour Sud Ouest)

« Il faut nous sortir la tête de l’eau ». David Turbé est viticulteur et cultivateur à La Couarde sur Mer, sur l’île de Ré. Il y produit du pineau, du cognac, mais aussi du vin de pays et du vin de table avec son frère. Sur leurs 25 hectares de vignes, 18 ont été submergées totalement par la mer, pendant presque une semaine après le passage de la tempête. Et pour ses 3 hectares de jeune vigne, il a peu d’espoir. « La jeune vigne a des racines peu profondes, de 20 à 30cm seulement. Elles a donc absorbé une grande quantité d’eau de mer. »

« Si elle crêve, elle crêve et il faudra bien arracher ! » lache t-il, fataliste. « 3 ha de vignes à replanter, ca veut dire 54 000 euros de frais » . Une récolte perdue, des frais supplémentaires. Mais pas seulement. Car avant de pouvoir replanter, il faudra attendre que le sol se soit déchargé de tout le sel marin qu’il a absorbé. Et selon lui, « cela peut prendre deux à trois ans ».

Cela n’aurait jamais du arriver

Les autres vignes ont plus de chance de s’en sortir, même si rien n’est sur. Avec leurs racines plus profondes elles peuvent prendre de l’eau plus profondément dans le sol. « On devrait être fixé d’ici un mois« . Car dans un mois environ, les bourgeons vont commencer à apparaître. « Si le sel a un effet sur ces vignes, on le verra à ce moment là : les bourgeons se mettront à brunir ».

Les vignes de l'île de Ré après le passage de la tempête

Inquiet, David Turbé l’est assurément. Mais il est davantage en colère.  « Dans le pire des cas, pour moi comme pour d’autres, ça peut être la faillite ». Cela n’aurait jamais du arriver selon lui. Aucune leçon n’a été tirée de la tempête de 1999. « C’était un avertissement : la digue avait déjà été endommagée à l’époque. Nous avons tenté  d’avertir les autorités compétentes, mais aucun travaux, aucun entretien n’ont été effectué. S’ils avaient été réalisés, la mer serait quand même passée mais pas à ce point ! »

Son espoir désormais, il le nourrit en regardant du coté des tribunaux « J’attends de pied ferme que justice soit faite. Certains services de l’Etat ont fait preuve d’une incompétence totale et nous ont mis en danger. »

L’entraide permet de se remettre au travail

L’eau s’est retirée des vignes. Et les viticulteurs rétais ont découvert avec stupeur leurs parcelles ravagées. « Il y avait des arbres entiers, des bateaux, des algues partout dans les rangs. Tout le bois de la taille qui était au sol pris dans les fils. On était tous sous le choc ». Alors David Turbé a eu une idée avec quelques amis de La Couarde sur Mer. Prenant exemple sur l’élan d’entraide qui a permis de nettoyer les maisons endommagées, il a demandé de l’aide pour nettoyer les vignes.

Les vignes de l'île de Ré au lendemain de la tempête

Et là encore la solidarité a marché. 300 personnes se sont présentées spontanément pour déblayer les vignes. « En 4 heures, on a nettoyé 25 hectares. Sans cette solidarité ça nous aurait pris des jours et des jours. Et puis, franchement, ça m’a mis un peu de baume au coeur de voir ces gens se mobiliser pour nous aider ! »

La taille est achevée, les vignes sont nettoyées. Les viticulteurs rétais se mettent désormais à broyer le bois taillé et vont commencer le palissage (remplacer les piquets défectueux et remettre en état les supports de la vigne). Un travail normal à coté duquel s’effectuent des prélèvements, pour analyser le taux de sel dans le sol. A la coopérative des viticulteurs rétais, deux techniciens sont à pied d’œuvre depuis le début de la semaine.

Il faut mesurer les dégats causés par la tempête. A la coopérative, on aide les viticulteurs dans la mesure du possible. Car outre les dégats matériels, il y en a qui ont aussi perdus leurs produits phyto sanitaires dans les inondations de leurs hangars ou qui ont des tracteurs et des outils endommagés.

Dernier avertissement

En Gironde, on prend tout cela très au sérieux. De manière générale, les exploitations y ont moins souffert de la tempête qu’en Charente-Maritime. Deux exploitations à Macau ont tout de même été très sévèrement inondées. « C’était un spectacle d’apocalypse » raconte Philippe Bourdens, responsable du service environnement à la Chambre d’agriculture de Gironde.

Vignes de Macau après le passage de Xynthia

« Cela risque fort de se reproduire ». Selon lui, cette tempête et les dégats considérables qu’elle a engendré devraient étre pris comme un dernier avertissement. « Si rien n’est fait, Bordeaux et sa région ne sont pas à l’abris. Les digues ne sont pas assez hautes et on ne peut pas se contenter d’étendre les zones de crues. A terme, ce n’est pas une bonne solution ».

Pour l’instant les viticulteurs se sont remis au travail, ont pour la plupart chiffré l’ensemble des dégats que la tempête leur a causé. Et attendent. Que des leçons soient tirées de cette catastrophe, que les hypothétiques aides évoquées au lendemain de la catastrophe arrivent, mais surtout, que la vigne repousse.

Marthe Henry

A lire pour en savoir plus :

La colère de l’île de Ré dans le Journal Du Dimanche

L’île de Ré au régime sans sel dans Sud Ouest

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